Raymond, grand-père, oncle, ami…

Lettre ouverte de Saimir Mile, président de la Voix des Rroms, suite à l’agression de Raymond Gurême par la police :

RR

Raymond, grand-père, oncle, ami…

Lorsque j’ai appris ce qui t’est arrivé, je me suis demandé : qu’aurais-je fait si cet après-midi du 23 septembre j’étais à côté de toi, en train de t’entendre raconter ton passé ou tout simplement des blagues, comme tu sais si bien le faire ? Comment aurais-je réagi en voyant un policier qui, de par son âge aurait pu être ton petit fils, te frapper ?

Raymond, grand-père, oncle, ami… ta parole si douce et si forte en a inspiré plus d’un, depuis que tu l’as libérée après l’avoir enfouie pendant 70 ans en regardant chaque matin la colline où tu avais été interné avec ta famille.

Cet été, parmi le millier de jeunes réunis à Cracovie et à Auschwitz-Birkenau, elle a rempli beaucoup de cœurs et d’esprits d’énergie et de rage de vivre debout. Elle a aussi grandi la soif de justice de ces jeunes venus de partout pour l’entendre, avec celle d’autres survivants de ce génocide que peu ont compris et que beaucoup ignorent, pendant que certains le mentionnent pour en regretter l’échec.

Ta parole, douce et forte, est un exemple pour beaucoup. Pour moi aussi. Mais cet après-midi du 23 septembre, si j’avais été assis sur les marches de ta verdine comme l’autre jour, aurais-je su me limiter à la parole? Si oui, aurais-je pu la maîtriser ?

Je ne sais pas ce que ces policiers cherchaient chez toi ce 23 septembre, ni n’ai besoin de le savoir. Ce que je sais, c’est que tu es un de ceux qui, par les armes, avez fait en sorte que ces policiers ne soient pas sous les ordres des nazis ou de leurs collaborateurs. Pour moi, comme pour toi et, j’espère pour une grande majorité, ça compte. Ce que je sais, c’est que à Birkenau tu as refusé de monter en voiture et, sous un soleil de plomb, tu as marché à pied avec nous jusqu’à l’emplacement du camp des familles tziganes. Car tu as une force admirable. C’est sans doute cette force là que ces lâches individus ont aperçue confusément et avec horreur. C’est sans doute cette force-là qu’ils ont cru pouvoir anéantir à coups de matraque.

Pauvres lâches en uniforme !

Cette force-là, ils ne peuvent pas la saisir. Ils ne sont pas équipés pour. Elle leur échappe tout comme l’esprit qui lui sert de support et la parole qui lui sert de conduit. C’est pourquoi ils se sont pris à toi physiquement Raymond, car autrement que craignaient-ils d’un homme de presque 90 ans, pesant moins de 40 kilos ? On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Ils ont des muscles, des matraques et le monopole de la violence. C’est effectivement beaucoup, pour leur regard de myope. Mais ce n’est rien face à la force que tu possèdes et que tu transmets Raymond ! Contrairement à leur brutalité, elle est d’autant plus redoutable que la brutalité ne l’entame pas

Saimir MILE
Président de La voix des Rroms

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s