Béjaïa : Le harcèlement moral dénoncé publiquement

L’Expression, 27 septembre 2014 :

Jusque-là tabou, le harcèlement moral sous toutes ses formes fait désormais l’objet de dénonciation publique.

Les travailleurs de la clinique privée «Le Rameau d’olivier» ont observé jeudi matin une grève qui est loin de ressembler à celles qu’on connaît dans le monde du travail. Les chirurgiens, médecins, paramédicaux et ouvriers tout types confondus ont voulu à travers leur action apporter leur soutien à la surveillance générale de l’établissement, victime de harcèlement moral de la part de l’un des associés de la clinique. Ce mouvement de grève s’est également singularisé par la présence, par un pur hasard, du wali de Béjaïa qui était de passage sur les lieux, la présence du président de l’APW et des représentants de la sécurité au niveau de la wilaya.

Le mis en cause, présent sur les lieux, a été conséquemment interpellé par le wali pour connaître sa version. Ce dernier n’a pas reconnu les faits qui lui étaient reprochés allant jusqu’à donner une autre version de la dernière altercation avec la victime, mais c’était sans compter sur les témoignages des agents, médecins et autres infirmiers qui ont pris position publiquement en faveur de la surveillante générale.

Selon les témoignages recueillis sur place, la surveillante générale n’est pas l’unique victime des comportements du mis en cause. Même le directeur de l’établissement n’a pas échappé à ses foudres au même titre que le personnel. Quant au fonctionnement de l’établissement, les travailleurs frondeurs font état de perturbation répétées, qui nuisent fortement à la réputation de cette première clinique privée au niveau national.

La démarche de protestation initiée par la surveillante de cette clinique avec le soutien de ses collègues du travail a le mérite de casser un tabou qui a longtemps pesé comme une épée de Damoclès sur la tête de femmes algériennes travailleuses. Elles sont des milliers à subir des pressions de la part de leurs employeurs sans pouvoir oser les dénoncer. Elles subissent en silence de crainte de scandales qui leur apporteraient un préjudice plutôt qu’un réconfort dans une société où la femme n’a toujours pas raison. En juin dernier, une enquête nationale avait été réalisée. Quant à l’enquête, réalisée au cours du premier trimestre 2014, par la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (Cncppdh) en association avec la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem) elle révélait que 66% des travailleuses du secteur public et 40% des étudiantes affirment subir le harcèlement, notamment sexuel en continu sur leurs lieux de travail ou d’études.

À travers les réponses de 600 travailleuses et 3207 étudiantes (dont 2886 algériennes et 341 étrangères, les enquêteurs, supervisés par les Pr Mustapha Khiati et Abdelkader Sahraoui du Forem et le Dr Sabrina Kahar de la Cncppdh, ont précisé, lors de cette rencontre nationale sur le phénomène des harcèlements sexuels sur les lieux de travail et dans les universités, organisée à la Maison de la culture Taos-Amrouche de Béjaïa, que les premiers auteurs du harcèlement sexuel en Algérie en milieu universitaire sont les enseignants. Sur 40% d’étudiantes ayant affirmé subir continuellement le harcèlement sexuel en milieu estudiantin, 33,4% avouent que le principal harceleur est l’enseignant, également incriminé par 26,8% des étudiantes étrangères.

Pour le cas des femmes travailleuses, dont 60% ont affirmé vivre continuellement sous la pression du harcèlement sexuel, le directeur de l’établissement est considéré comme première source de harcèlement, incriminé dans 30% des cas.

Le chef du bureau est responsable du harcèlement dans 20% des cas, tandis que les agents de sécurité sont mis en cause dans 14% des cas. Pour ce qui est du lieu du harcèlement sexuel sur le lieu de travail, 30% des travailleuses interrogées ont déclaré que les agressions avaient lieu dans le bureau du directeur, tandis que 23% évoquent des lieux divers au sein de leur établissement. 50% des femmes interrogées ont raconté des histoires personnelles émouvantes qui témoignent de leur cauchemar. Plusieurs ont même avoué être contraintes de démissionner en raison des pressions subies. Ces résultats ont permis de lever le voile sur un fléau qui gangrène la société algérienne et qui demeure tabou en raison du caractère conservateur de la société. Mais un tabou qu’on vient enfin de casser et ce publiquement.

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