Grèce : « Le verdict de la honte »

Mediapart, 1 août 2014 :

A Manolada dans le Péloponnèse, c’est la consternation parmi les migrants, travailleurs originaires du Bangladesh, associations anti-racistes et parti d’opposition de la gauche radicale Syriza. A la Cour d’appel de Patras, le verdict vient de tomber : contre toute attente, le propriétaire néo-esclavagiste de la ferme productive de fraises M. Vaggelatos vient d’être acquitté à l’unanimité de l’accusation d’agression et d’emploi illégal de migrants. Le contremaître, Costas Haloulas, a lui aussi été acquitté. Les deux autres surveillants ont été condamnés, l’un pour coups et blessures graves volontaires et l’autre, pour simple complicité en coups et blessures graves.

Les faits remontent au mercredi 17 avril 2013 au soir, lorsque des hommes armés et chargés de superviser le travail des immigrés, ont ouvert le feu sur ces derniers. Les surveillants, ont utilisé des carabines pour disperser les travailleurs immigrés, deux cent personnes environ ainsi rassemblés réclamant leurs soldes. Temps de crise, aussi vécu et pratiqué via ses… authentiques rapports entre le capital et le travail, en passant par le racisme récurent, ce dernier, notons-le, n’aura pas attendu la crise pour agir… comme un grand.

Le média Elefterotypia écrit : « Des scènes de tentative d’assassinat en masse se sont déroulées mercredi, dans un champ pour esclaves à Manolada, dans la région d’Ilia, lorsque trois surveillants-argousins, pour le compte d’un propriétaire-producteur des fraise de la région, ont ouvert le feu sur des dizaines de travailleurs originaires du Bangladesh, ces derniers, exigeaient le versement de leurs salaires qui n’ont pas été versées depuis de six mois. Au moins 34 travailleurs ont été hospitalisés, tandis que deux hommes ont été arrêtés ce matin dans le village d’Ilia Pineias, pour avoir abrité et ainsi leur fournir une cachette, à deux des gardiens recherchés et auteurs présumés des faits.

Sept travailleurs étrangers restent hospitalisés dans les hôpitaux de Pyrgos et de Patras, portant des blessures causées par de coups de feu qui étaient hier, dont un, en état critique mais stable. Trois immigrés légèrement blessés, restent sous observation à l’hôpital universitaire de Patras pour des raisons purement préventives.

Ces ouvriers agricoles, n’avaient pas été payés pendant six mois, c’est ainsi qu’ils ont exigé leurs soldes auprès de leur employeur mercredi après-midi, sur le lieu de leur travail, près de la rocade entre Pyrgos et Patras. Mais au lieu d’argent, ils ont essuyé les tirs des fusils de chasse de leurs surveillants.

Les journalistes de la presse locale ont rapporté que les sommes réclamées par les travailleurs immigrés, iraient de 150.000 à 200.000 euros pour 200 personnes, ou plus exactement, elles correspondent à 750 à 1000 euros par travailleur. Selon un communiqué de la police, le propriétaire de l’exploitation a été arrêté, mais les trois auteurs présumés des coups de feu, lesquels d’après certains témoignages auraient pris la fuite à bord d’un véhicule en direction de Patras, sont toujours recherchés »

A un moment où le niveau de vie s’est considérablement détérioré après six années de récession, l’affaire avait déclenché l’indignation générale nous rapporte Le Guardian, les médias ont mené plusieurs enquêtes où sont apparu les conditions de travail inhumaines des migrants, sans même l’accès à une bonne hygiène de vie basique. Un mouvement de soutien aux migrants avait pris forme sur les réseaux sociaux ainsi qu’une tentative de boycott des fraises de Manolada.

Les politiciens qui ont pris fait et cause pour les travailleurs migrants telle que Vassiliki Katrivanou du parti de la gauche radicale Syriza (ci-dessous) déclare : « Le tribunal envoie le message qu’un travailleur étranger peut mourir comme un chien dans le verger » et d’ajouter que dans un pays où les cueilleurs de fruits sont souvent des étrangers, l’attaque en Manolada est loin d’être un cas isolé.

« Il laisse la place à de nouvelles victimes en fermant les yeux sur le caractère brutal, inhumain et raciste de l’exploitation subie par les travailleurs sur le terrain, » a-t-elle dit, soulignant que la décision avait été prise lors de la Journée mondiale contre la traite des personnes.

Les organisations antiracistes dénoncent le jugement scandaleux et soulèvent des questions quant à l’impartialité du système judiciaire. Petros Constantinou, coordinateur du Mouvement contre le racisme en appelle à des actions de protestation contre cette décision et je suppose un appel à la Ligue des Droits de l’homme.

Depuis la grave crise financière et le chômage massif qui s’en est suivi, une minorité de Grecs ne perçoit plus les immigrés comme des prolétaires utiles mais comme des parasites, et l’extrême-droite est sortie de la marginalité avec le parti Aube dorée.

Le 19 Mars 2014, le ministre de l’Intérieur Giannis Michelakis a présenté un amendement au projet du code de l’immigration prévoyant l’arrestation, la poursuite et l’expulsion des migrants qui accusent des employés du gouvernement de recourir à la violence contre eux, si un procureur détermine que les accusations sont fausses ou que la preuve est insuffisante pour porter ces accusations. L’amendement controversé a été retiré à deux reprises dans le projet de loi la semaine dernière au milieu des critiques des partis de l’opposition et du PASOK, partenaire de la coalition gouvernementale.

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