Le 23 juillet 1888, à Lille, «L’Internationale» résonne pour la première fois

Extraits de La Voix du Nord, 23 juillet 2014 :

« Debout, les damnés de la terre. Debout les forçats de la faim… » Ces vers universels, œuvres du poète Eugène Pottier, ont guidé l’espoir du prolétariat et des opprimés durant des décennies. C’est à Lille, dans un café de l’ancien quartier Saint-Sauveur, que l’Internationale retentit pour la première fois le 23 juillet 1888. Nul ne soupçonne alors l’extraordinaire destin qui va accompagner ce chant.

À l’époque, l’estaminet « À la Liberté » est un lieu de rendez-vous où se réunissent des ouvriers aux idées progressistes. C’est aussi le siège de « La Lyre des Travailleurs », une chorale créée par le Parti ouvrier de France (POF), ancêtre de la SFIO et du PC. Cette chorale, qui comprend notamment le futur maire de Lille, Gustave Delory, n’a pas de chant approprié à sa propagande. Alors que l’été commence, Delory ramène de Paris un petit opuscule publié par le poète roubaisien Gustave Nadaud. Le livret s’appelle – tout un programme – « Chants révolutionnaires » et a été écrit par un obscur inconnu, Eugène Pottier. Gustave Delory est séduit par un texte. L’Internationale, bien sûr. Il demande au directeur de Lyre de lui trouver un musicien capable de composer une musique pour adapter le texte. Ce sera Pierre Degeyter, lui aussi membre de la chorale.

L’histoire locale rapporte alors que Degeyter compose la musique en quelques heures sur un harmonium. Il la teste avec quelques compagnons de travail. Mais c’est donc le 23 juillet, dans l’estaminet de la rue de la Vignette, que l’Internationale est chantée pour la toute première fois à l’occasion d’une fête organisée par le syndicat des marchands de journaux.

 

L’INTERNATIONALE

Couplet 1 :
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Refrain : (2 fois sur deux airs différents)
C’est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale,
Sera le genre humain.

Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

Refrain

Couplet 3 :
L’État comprime et la loi triche,
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche,
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois :
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Refrain

Couplet 4 :
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail,
Ont-ils jamais fait autre chose,
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande,
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.

Refrain

Couplet 5 :
Les Rois nous saoulaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Refrain

Couplet 6 :
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

Refrain

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