Vandamme : un nouveau squat de 12 000 m2 pour les migrants de Calais

nordlittoral.fr, 12/07/2014

Le nouveau squat Vandamme : un coup de force des No Borders dans l’espoir d’ouvrir un nouveau dialogue concernant l’accueil des migrants. Mercredi soir, les activistes affirmaient y passer leur première nuit.

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Minuit trente, dans la nuit de mercredi à jeudi. Une berline foncée, avec quatre No Borders à bord, et un membre associatif calaisien, prend la direction du centre-ville. L’associatif va assister à l’installation du squat Vandamme, ancien site de recyclage de ferraille Gallo Littoral, en vue de rédiger une attestation servant aux No Borders pour justifier qu’ils occupent la maison depuis plus de 48 heures afin d’éviter l’expulsion d’office (lire ci-desous). Après ce délai, la demande d’expulsion doit passer par voie de justice. « Même q uand on fournit un contrat EDF en preuve comme pour le dernier squat rue Colbert, on nous vire ! », peste une activiste. Ce mercredi soir, l’équipe s’apprête donc à y dormir, à prendre ses quartiers pour de bon dans ce nouveau squat ouvert depuis plusieurs semaines. « c’était notre plan de repli après l’évacuation des deux campements le 28 mai. Les gars ont voulu s’installer sur l’aire de distribution. On n’impose rien. Là, c’est la situation d’urgence… »

Toutes les clés en poche

Pendant le trajet, dernier briefing. « Je sors en premier, vous ne me suivez pas, vous vous mettrez sur le côté le temps que j’ouvre la porte. Ensuite il faudra courir un peu. Pensez à couper les téléphones, enlever les puces… », précise un activiste, les clés à la main. A l’intérieur, il expliquera comment il a eu les clés : « Tout était dans un tableau à clés ! » sourit-il, concédant : « Je ne suis pas sur toutes les ouvertures ici, mais à Calais, c’est la première ou deuxième fois que ça m’arrive ! » A l’arrière du véhicule, un jeune homme d’origine anglaise, son sac à dos sur les genoux. Avec une allure de campeur, un tapis de sol roulé et attaché au sac, ce No Border passera sa première nuit dans cette ancienne entreprise inoccupée depuis un an. C’est lui qui sera l’occupant officiel du squat.

Ils prennent toutes les précautions pour ne pas être vus. A proximité de la rue des Salines, à deux pas de l’usine de dentelle Noyon, chacun guette. « Il y a une voiture derrière, on va refaire un tour. »

Un squat immense

Quelques minutes plus tard, la voiture s’engouffre dans l’impasse, fait demi tour et en très peu de temps, les voilà tous à l’intérieur de la cour de l’ancienne entreprise. La porte de fer se referme. Il s’apprête à faire le tour de la propriété, qui semble être un vrai blockhaus, avec des barbelés au dessus des murs, des portes en fer gigantesques… L’espace est énorme. «Et là, c’est rien. Il y a trois hangars, et la maison… »

A la lumière de lampes frontales et de torches, les voilà à arpenter les lieux, laissés tels quels mais encore en bon état… Trois hangars, avec encore l’odeur de l’ancienne activité. « On ne pense pas tout ouvrir. Et comme nous avons les clés, on peut laisser fermer », précise un activiste. Dans une pièce qui devient sa chambre, le militant anglais « qui n’a vraiment pas de logement », assure un jeune calaisien, dépose son sac de couchage, quelques livres, un jeu de cartes. « Pendant 48 heures, il faut être discret. On va lire… Et ensuite, ça pourra devenir officiel. » Direction la cuisine, où ils ont déposé un peu de matériel.

Les No Border jouent avec les lois, surfent sur les délais de flagrant délit, tentent de ne pas commettre de dégradations pour entrer dans les lieux pour ne pas être poursuivis au pénal, et contestent la façon dont les expulsions sont menées. Les squats, ils les choisissent et rappellent : « On ne vise jamais des maisons habitées, ou en devenir ! » Et précisent : «Souvent, les maisons sont déjà ouvertes par des mecs qui cherchent du cuivre. On pousse simplement la porte… » « On n’a pas le choix ! », lâche un autre activiste expliquant pourquoi ils agissent de la sorte.

Des lieux d’accueil

« C’est la situation qui crée ça. Il est hors de question que les gens retournent dans les jungles, se fassent massacrer ! » Jusque là, le mouvement No Border visait essentiellement de petits logements inhabités de la mairie, de l’OPH… « Il y a 600 gars à la rue ! Quand on ouvre de petites maisons, on se fait virer. Et des bâtiments, on en a à la pelle... », prévient l’activiste avouant agir pour mettre à l’abri les migrants et préférer de petits lieux.

Un squat de 12 000 m2, la volonté est d’interpeller. Ils pointent du doigt les évacuations, coup sur coup, fin mai et début juillet, mettant les associations face à de nombreuses difficultés. « Ils ne nous ont jamais autant entubés que maintenant… » Ils fustigent les discussions avec l’Etat, l’annonce d’Emmanuel Valls en fin d’année concernant le projet de création de maisons de migrants et font le bilan : le néant actuel, les évacuations. Ce squat «c’est un levier pour aller dialoguer avec les autorités. On est obligés d’entrer dans un rapport de force. On est prêts à partir de cet endroit, s’il y a d’autres terrains, avec des conditions sanitaires dignes… » Des terrains pour « aller doucement vers les maisons de migrants ».

Leurs méthodes sont répréhensibles, mais ils prônent le droit au logement, à la sécurité, «les besoins primaires ». Ils mettent l’humain en première ligne. « Calais, c’est une bataille de politiciens. Je ne suis pas là pour taper ni sur Natacha Bouchart, ni sur le préfet… J’en ai rien à faire. Il y a des gens qui souffrent, les Calaisiens souffrent aussi. J’ai honte ! »

L’avenir à court terme du squat ? « On va l’investir, c’est un lieu privé à construire collectivement. Ce n’est pas une rupture du dialogue, on va le construire avec les assos, les migrants, les Calaisiens… Il pourrait y avoir des activités, des cours de français etc. » Ils comptent en faire un lieu de vie pour les migrants, un lieu d’accueil, et l’aménager progressivement, tout en espérant que l’Etat propose des solutions. Trois heures du matin, la berline empruntée à un proche « qui ne sait pas forcément à quoi elle sert », sourit doucement un activiste, revient chercher l’associatif. Dans le squat, les quatre No Border referment la porte derrière eux. Cette nuit-là, deux y dormiront et resteront discrets pendant 48 heures, le délai légal du flagrant délit.

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