L’équipementier français Latécoère embarrassé par la grève de la faim de deux salariées de sa filiale tunisienne

C’est une affaire de femmes. Alitées dans le local de l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), Sonia Jebali, 36 ans, et Houda Thalji, 29 ans, ont entamé, samedi 12 juillet, leur vingt-quatrième jour de grève de la faim.

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Ce conflit social est une des conséquences du « printemps de Tunis ». Au crépuscule de la dictature de Ben Ali, les ouvrières de Latelec avaient créé dans l’usine une section syndicale affiliée à l’UGTT. | AFP/LIONEL BONAVENTURE

Les deux ouvrières, qui avaient été brutalement licenciées le 15 avril 2013 avec huit autres salariées, réclament leur réintégration dans l’usine de la SEA Latelec.

Cette société, installée depuis 2005 à Fouchana dans la banlieue de Tunis, filiale à 100 % de l’équipementier français pour l’aéronautique Latécoère, fabrique des cablages électriques pour les avions. Elle emploie 80 % de jeunes femmes aux doigts et aux salaires plus fins que ceux des hommes : autour de 120 euros par mois.

Vendredi 11 juillet, Mme Jebali a aussi décidé d’arrêter de boire. Alarmé par cette décision, Houcien Abassi, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) a souhaité rencontrer d’urgence la direction.

« HARCÈLEMENT SEXUEL »

Ce conflit social est une des conséquences du « printemps de Tunis ». Au crépuscule de la dictature de Ben Ali, les ouvrières de Latelec avaient créé dans l’usine une section syndicale affiliée à l’UGTT. D’abord clandestine, elle est apparue au grand jour après la fuite du dictateur, en janvier 2011. Outre de classiques revendications salariales, les ouvrières dénoncent des pratiques de « harcèlement sexuel » que la direction dément mais qu’elles maintiennent.

Exaspérée, « par le blocage de la production du site », et les revendications des ouvrières, la direction de Latelec avait répliqué, à l’automne 2012, en se séparant d’un coup de près de 200 intérimaires sur 400 salariées. Dans le même mouvement, elle avait rapatrié à Toulouse une partie de la production pour «respecter les commandes » d’Airbus. Ce lock-out avait duré plusieurs mois. Au printemps 2013, Latelec a encore licencié dix ouvrières, dont plusieurs déléguées syndicales. Six finiront pas être réintégrées. Mais pas Monia Dridi, Rachida Salem, Sonia Jebali et Houda Thalji. Deux d’entre elles sont déléguées syndicales UGTT.

La direction de Latelec leur reproche « des altérations de la production » mais également « un certain nombre de débordements très graves ». Faux, répond Monia Dridi. Selon elle, « le vrai motif de notre licenciement c’est d’être allé manifester devant l’ambassade de France » à Tunis à la fin du mois de mars, en 2013 et d’avoir médiatisé leur lutte. A l’époque, explique-t-elle, la direction nous a accusés de « diffamation de l’image de marque » de la société.

LATELEC A FAIT « UNE AVANCÉE »

Depuis lors, c’est le blocage. Désespérées, Sonia Jebali et Houda Thalji ont décidé, le 19 juin, de ne plus s’alimenter pour obtenir leur réintégration. Il faudra que la santé d’Houda Thalji menace de se dégrader pour que la direction, poussée par Latécoère, accepte de négocier. Mais elle refuse de « discuter directement avec ces personnes ». C’est l’Union régionale de l’UGTT qui fait office de médiateur. En France et en Tunisie, la lutte des jeunes femmes suscite un élan de solidarité, relayé par les réseaux sociaux.

Désormais « préoccupée par la situation extrême à laquelle sont arrivées » les deux grévistes de la faim, Latelec a fait « une avancée ». Elle dit accepter de reprendre deux ouvrières, mais refuse de « discuter de la réintégration » des deux déléguées syndicales.

Latelec leur propose une indemnité de départ mais la négociation bute sur le montant. La direction proposerait 30 000 dinars (environ 15 000 euros), les deux déléguées exigent le double et un engagement ferme et écrit de la direction. Alors que ces pourparlers semblent proches d’aboutir, le patronat tunisien refuserait une telle sortie de crise. Selon lui, elle ferait la part trop belle aux salariées. Il redouterait un effet de contagion sur les multiples sites de production en Tunisie.

Guy Dutheil , Journaliste au Monde, 12/07/2014

 

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