Des ouvrières tunisiennes en grève de la faim pour le droit au travail

Depuis plus d’un an et demi, un conflit social se déroule dans l’entreprise LATelec-Fouchana en Tunisie. Dirigée par des femmes, cette lutte est remarquable à plus d’un titre, entre autres par la ténacité des salariées à vouloir rester dans le monde du travail. Avoir un emploi pour une femme en Tunisie et le garder reste une gageure. En effet, le taux d’activité féminin y est faible, soit en 2011 de 24,9 % de la population active totale contre 70,1 % pour les hommes.

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Humanité, 9/07/2014

LATelec est une filiale de l’équipementier aéronautique français Latécoère, un des leaders mondiaux de son secteur, qui fournit de grands noms de l’aviation comme Airbus ou Dassault. Cette entreprise a délocalisé en Tunisie en 2005 une partie de sa production de câblage, réduisant ainsi ses coûts de fabrication : les ouvrières sont payées autour de 150 euros par mois.

Dans les tous derniers mois de la dictature Ben Ali, dans cette entreprise qui emploie 80% femmesles ouvrières créent clandestinement une section syndicale UGTT (Union générale tunisienne du travail). Portées par la dynamique des événements révolutionnaires du début 2011  et la combativité des déléguées de leur section syndicale devenue légale, travailleuses arrachent des augmentations de salaire importantes, les congés légaux, de meilleures conditions de travail, dont la fin des heures supplémentaires abusives et l’arrêt des harcèlements sexuels. Elles commencent à négocier, une reconnaissance des compétences à travers un projet de grille de salaires, l’un des plus ambitieux  de la  Tunisie. En réponse, Latécoère commence à vider l’usine de ses effectifs : 200 postes d’intérimaires sont  supprimés entre octobre 2012 et mars 2013, et 10 ouvrières dont des déléguées syndicales sont licenciées.En effet, la révolution de 2011 a permis l’explosion de revendications ouvrières et la volonté de s’organiser dans les entreprises contre un patronat qui bénéficiait sous Ben Ali de l’étouffement des libertés et qui refuse maintenant ces avancées fondamentales.

La détermination des salarié-es et les soutiens locaux  et  internationaux en France, au Canada, au Mexique où un débrayage a eu lieu dans une usine Latécoère, font reculer la direction de LATelec. En mars 2014 six des employées licenciées sont  réintégrées.

Les syndicalistes ne lâchent rien. Restées mobilisées, elles continuent de revendiquer la réintégration des quatre ouvrières. Devant le silence de la direction de LATelec, elles ont décidé d’entamer une grève de la faim à compter du 19 juin. Depuis 10 jours, des débrayages de plus en plus massifs ont eu lieu dans l’usine pour soutenir les grévistes de la faim. Dans la foulée, les ouvrières ont démarré, le 2 juillet, une grève reconductible suivie à 80%. Un appel au salarié-e-s de LATelec-Fouchana à faire grève pour réclamer la réintégration des quatre salariées a été lancé par L’Union régionale UGTT de Ben Arous.

Nous lançons ici un cri d’alarme : les deux grévistes de la faim, Sonia Jebali sont dans un état critique.

Il est temps pour les directions de Latelec et de Latécoère de négocier réellement.

Comité de soutien aux syndicalistes de Latelec  

(1) Outre les soutiens syndicaux, il y a notamment l’UGET (Union générale des étudiants Tunisie), l’Union des diplômés-chômeurs (UDC), l’ATFD (Association tunisienne des femmes démocrates)

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