Tunisie : Deux ouvrières de Latécoère en danger de mort.

Tract CGT Latécoère,Toulouse,  5 juillet 2014 :

Tunisie : 2 ouvrières de Latécoère en danger de mort.

Aujourd’hui, samedi 5 juillet 2014, 2 jeunes femmes meurent lentement à Tunis sous l’oeil indifférent de la direction de Latécoère. Elles sont dans leur 17ème jour de grève de la faim.

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Ces 2 jeunes femmes, Sonia Jebali et Houda Thalji, sont d’anciennes ouvrières et syndicalistes de l’usine de Fouchana à Tunis appartenant à la SEA Latelec, filiale de Latelec, elle-même filiale de Latécoère.

Elles ont été licenciées, avec 8 de leurs camarades également syndicalistes, il y a plus d’un an en raison de leurs activités syndicales et en dépit de l’avis négatif de l’inspection du travail tunisienne. Elles combattent, depuis, pour obtenir leur réintégration.

Leurs luttes précédentes, soutenues par l’UGTT, la CGT et des comités de soutien français et tunisien ont abouti à la réintégration de 5 d’entre elles et à l’indemnisation d’une 6ème.

Mais depuis, la direction punit une nouvelle fois nos camarades tunisiennes en laissant sciemment pourrir la situation.

Depuis le 2° semestre 2012, le syndicat CGT Latécoère soutient, autant que nos modestes forces nous le permettent, le combat acharné et exemplaire de nos camarades tunisiennes.

Depuis le début de la grève de la faim, la CGT Latécoère informe quotidiennement la direction de l’évolution – dramatique – de l’état de santé des grévistes.

Depuis plusieurs semaines, la CGT Latécoère exhorte la direction à ouvrir la négociation que nos camarades réclament.

Depuis le début de cette négociation, péniblement obtenue après 12 jours de grève de la faim, la CGT Latécoère exhorte la direction à rompre avec son attitude inflexible et irresponsable.

La CGT Latécoère réaffirme avec la plus grande force son soutien indéfectible à nos camarades tunisiennes.

La CGT Latécoère condamne avec la plus grande fermeté la brutalité aveugle et insensée de la direction.

La CGT Latécoère promet qu’elle luttera, comme nos amies tunisiennes l’ont toujours fait, pour que justice leur soit rendue.

La CGT Latécoère tiendra la direction pour responsable de tout méfait futur dont nos camarades viendraient à être victimes et agira en conséquence.

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Rappel des faits :

1998 : installation, via sa filiale Latelec, de Latécoère en Tunisie sur le site de Charguia (agglomération de Tunis).

2005 : création de l’usine de Fouchana (gouvernorat de Ben Arous, agglomération de Tunis).

mars 2011 : création, peu après la révolution « de jasmin », d’un syndicat UGTT au sein de l’usine de Fouchana ; adhésion massive des salariées (la grande majorité des employés sont des femmes) : la quasi-totalité des salariés, hormis l’encadrement, adhèrent et adhèrent tout de suite.

avril 2011 : 1ère attaque contre la secrétaire du syndicat, Sonia Jebali, par la voie d’une suspension de travail prononcée à son encontre par la direction ; 1ère mobilisation de ses camarades qui obtiennent sa réintégration mais à un poste différent et sur lequel elle est coupée de ses collègues ; nouvelle mobilisation et intervention de l’inspection du travail : elle est finalement réintégrée à son poste initial.

2011 – 2012 : le syndicat engage un travail syndical normal : sur les salaires, sur les congés, sur les conditions de travail, sur l’hygiène et la sécurité, sur le paiement des heures supplémentaires, sur le travail temporaire, sur les comportements de la maîtrise et de la direction, sur le respect de la réglementation tunisienne, sur le respect du droit syndical et du droit de grève, sur la négociation collective et le respect des accords conclus, sur une grille de classification … . Le syndicat remporte plusieurs victoires significatives matérialisées par la signature de plusieurs accords : sur les salaires, sur une grille de classification, sur l’embauche d’intérimaires … .

été 2012 : un nouveau directeur est nommé à la tête du site de Fouchana. Au retour des congés, les salariés constatent la création d’un nouveau « syndicat » – le syndicat CGTT – sorti de nulle part et manifestement créé de toute pièce pour tailler des croupières au syndicat UGTT.

fin 2012 : 21 septembre, 1er lock-out de la direction pour imposer la signature de ce nouveau « syndicat » au bas d’un accord à la négociation duquel il a pourtant nullement participé. 24 septembre, la direction propose très officiellement et devant l’inspection du travail de mettre fin au lock-out à condition que les leaders du syndicat UGTT s’en aillent. Le 7 octobre, un accord est conclu entre la direction du groupe Latécoère et les responsables de l’UGTT Ben Arous prévoyant la reprise du travail. Le lendemain, jour de reprise du travail, violente agression physique contre le secrétaire général de l’UGTT Ben Arous (par des membres de la CGTT ?) et ce dans l’enceinte de l’usine et en présence du directeur général de Latelec Tunisie et du gouverneur. Nouveau lock-out de la direction, pendant 10 jours, et nouvel accord de reprise du travail.

fin 2012 – début 2013 : le groupe Latécoère organise, le temps de faire place nette dans l’usine, un transfert temporaire de l’essentiel de l‘activité du site de Fouchana vers les sites français de Latelec et vers des concurrents de Latelec. L’opération aura coûté 20 millions € au groupe Latécoère selon ses dires et près de 200 emplois aux travailleurs tunisiens de l’usine de Fouchana ; tous les travailleurs temporaires sont congédiés ainsi que 7 ouvrières en CDI très défavorablement connues de la direction pour leur soutien actif au syndicat UGTT.

avril 2013 : les 3 animatrices du syndicat (Sonia Jebali, Monia Dridi et Rim Sboui), dont sa secrétaire (Sonia Jebali), sont à leur tour licenciées ; l’inspection du travail tunisienne refuse ces licenciements mais la direction passe outre : le syndicat UGTT de Fouchana est décapité.

septembre 2013 : à l’initiative d’un comité de soutien français composé de nombre d’organisations politiques, syndicales et citoyennes, Sonia et Monia passent quelques semaines en France au cours desquelles elles participent à plusieurs réunions publiques à Paris, Toulouse et Amiens ; au cours desquelles elles rencontrent le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem ; au cours desquelles elles donnent beaucoup d’interviews, multiplient les rencontres et consolident leur réseau de soutien.

décembre 2013 : parution dans l’Humanité d’une tribune signée par une pléiade d’intellectuels, d’artistes, de responsables politiques, syndicaux ou associatifs issus des 2 rives de la Méditerranée.

début 2014 : depuis le printemps 2013, l’UGTT Ben Arous dépose tous les mois un préavis de grève contraignant ainsi la direction à négocier (c’est la loi tunisienne : préavis de grève = négociation). Mais cette dernière se borne à ne proposer que des indemnités que les 10 jeunes femmes refusent catégoriquement car seule vaut leur réintégration. Constatant que la situation est bloquée, Sonia et Monia impulsent, avec l’assistance de l’UGTT Ben Arous, plusieurs grèves dans l’usine de Fouchana.

mars 2014 : devant l’obstination de la direction, l’UGTT prépare une grève de grande ampleur affectant plusieurs dizaines d’entreprises du bassin économique de Ben Arous dont d’autres entreprises françaises dans lesquelles des syndicalistes ont été pareillement renvoyés (chez Léman Industrie notamment, entreprise haut-savoyarde). Face à ce projet de grève « générale », le ministre tunisien du travail intervient, convoque une réunion de négociation et, la veille du jour prévu pour cette grande grève, un accord est enfin conclu qui permet la réintégration de 6 des 10 licenciées et renvoie le sort des 4 autres à une négociation ultérieure. Des 3 leaders du syndicat, seule Rim Sboui est, dans un 1er temps, réintégrée mais, dans un 2° temps, contre toute attente et sous la pression qu’on imagine, elle renonce à sa réintégration et accepte les indemnités de licenciement. In fine aucune des 3 animatrices du syndicat n’est effectivement réintégrée et 4 jeunes femmes restent sur le carreau.

19 juin 2014 : la négociation concernant le sort de ces 4 ne venant pas, Sonia Jebali et Houda Thalji débutent une grève de la faim.

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