Les féministes chinoises donnent de la voix

Libération, 26 juin 2014 :

L’annulation de la condamnation à mort d’une femme battue qui avait tué son mari est une victoire pour ces militantes peu nombreuses mais mobilisées.

Les féministes chinoises ont remporté une victoire assez inattendue cette semaine. La cour suprême chinoise a annoncé, lundi, qu’elle cassait la condamnation à mort prononcée en 2011 contre Li Yan, une femme battue qui a assassiné son mari. Le cas de Li Yan, 43 ans, était devenu emblématique du problème de la violence conjugale en Chine, qui touche une femme sur quatre selon les statistiques officielles. Durant de longues années, Li Yan avait subi les sévices de son mari qui la frappait fréquemment, lui écrasait des cigarettes sur le corps et la laissait parfois toute une nuit sur un balcon en plein hiver. Les circonstances du meurtre de son mari furent toutefois d’une rare cruauté, puisque Li Yan découpa son cadavre en morceaux et fit bouillir certaines parties de son corps, apparemment dans l’intention de le faire disparaître.

Plusieurs associations féministes, dont le Réseau anti violence conjugale (RAVC) se mobilisèrent sur son cas, arguant du fait que le tribunal de Zhiyang (province du Sichuan), qui jugea Li Yan en 2011, n’avait pas assez pris en compte certaines circonstances atténuantes, en particulier les mauvais traitements infligés par son mari. Son geste désespéré est, selon le RAVC, imputable au «syndrome de la femme battue». Des militantes féministes organisèrent plusieurs sit-in devant le tribunal de Zhiyang avec des banderoles portant le slogan «je ne veux pas devenir la prochaine Li Yan». Li Yan devrait désormais être rejugée, mais la date de son procès n’a pas encore été annoncée.

DISCRIMINATION À L’EMPLOI

A titre comparatif, en France, une trentaine d’hommes qui abusaient leurs conjointes ont été assassinées par celles-ci (statistiques de 2006). Mais en Chine, c’est un véritable problème de société. Certaines prisons pour femmes sont remplies d’épouses qui ont blessé ou tué leurs conjoints violents. C’est le cas pour 60% des détenues de la prison d’Anshan, dans la province du Liaoning (nord-est), et pour 80% des femmes purgeant de longues peines à la prison de Fuzhou, dans la province méridionale du Fujian, selon le RAVC.

Relativement peu nombreuses, mais très mobilisées, les féministes chinoises ont manifesté l’an dernier à Pékin lors de la Saint-Valentin, affublées de robes de mariées tachées en rouge pour symboliser la violence conjugale. Pour le RAVC, les pouvoirs publics doivent s’impliquer davantage dans la répression et la prévention de ce phénomène social. Les féministes chinoises s’élèvent aussi – parfois en manifestant les seins nus – contre la discrimination à l’emploi qui touche les femmes, et les quotas plus favorables au sexe masculin instaurés, en toute illégalité, par certaines administrations, notamment les universités. La proportion de femmes occupant un emploi dans les villes est passée de 77% il y a 20 ans à 61% de nos jours.

Le slogan de Mao Zedong – «les femmes sont la moitié du ciel» – est encore fréquemment brandi par les autorités. Mais dans la réalité, les femmes occupent rarement des postes de responsabilité au sein des administrations, très largement dominées par les hommes. Par ailleurs, déplorent les féministes, la télévision officielle et les publicités véhiculent une image rétrograde des femmes, qui soit sont confinées aux tâches ménagères, soit chassent un mari pour son argent, soit se pomponnent le visage à longueur de journée.

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