Commission européenne : Les agents contractuels en colère

Le Quotidien, 26 juin 2014 :

Dans leur lutte contre le «dumping social de la Commission européenne», une centaine d’agents contractuels ont montré hier qu’ils resserraient les rangs, brandissant la menace d’une grève si le dialogue social venait à être rompu.

« Si vous êtes luxembourgeois comme moi, vous n’avez pas droit à la prime de dépaysement de 16 %, ni à celle d’expatriation de 4 %. Moi, je tourne à 1 700 euros net. Donc quand j’arrive à une évaluation et qu’on me parle de motivation, j’ai envie de dire : « donnez-moi des gants et une brosse à chiotte. Voilà ma promotion! »» Le ton est donné.

Ils étaient une centaine, hier, à remplir une salle du bâtiment Jean-Monnet, qui abrite les services de la Commission européenne au Kirchberg, lors de la seconde assemblée générale des agents contractuels au Luxembourg.

«Depuis notre première assemblée générale, (NDLR : en début d’année), notre action est devenue concrète aux yeux de l’administration. Les agents contractuels occupent la place et ne vont rien lâcher», clame Jean-Christophe Gleis, un agent contractuel chargé de brosser un état des lieux.

«En 2004, on était à peu près 100 agents contractuels. En 2014, on est 5 fois plus, et la tendance reste à l’augmentation. Les agents contractuels représentent une petite part méconnue du personnel des institutions, souvent en contrat précaire, en CDD, le CDI étant très marginal et bien loin du côté « bling bling » des rémunérations présentées par la presse. On est en quelque sorte l’excès inverse, la face cachée de ce grand rouage administratif.» Or, poursuit-il, «depuis la réforme du statut en 2004, qui a précarisé le personnel non fonctionnaire de la Commission et des autres institutions, on va d’aberration en aberration.»

Il égrène alors une longue liste : «On a des salaires indignes des institutions européennes. Il faut savoir qu’à peu près la moitié de la grille de salaire se situe sous le seuil du minimum social national, en termes de salaire brut. Donc la commission a recours en grande partie à des frontaliers qui, grâce à la prime de 16 % de dépaysement, peuvent à peu près joindre les deux bouts.»

«Il faut savoir que les tickets restaurant n’existent pas, ni le 13e mois, ni la prime de fin d’année. Comme l’indexation des salaires ne suit pas l’évolution nationale, chaque année, on est de plus en plus pauvres.»

Et de dénoncer aussi des promotions qui tourneraient «au ralenti», des «concours internes inexistants», la perte de certains acquis (comme «l’école européenne qui est devenue payante»), une évolution de carrière «quasi inexistante»… «Les contrats restent précaires même si la limite pour les CDD est passée de 3 à 6 ans. Après 6 ans, on les remercie, on perd leur expertise et on reprend un agent non expérimenté et au salaire de base.»

«Rien ne changera si on reste des moutons»

Les agents contractuels ont donc décidé de s’unir : «L’élément déclencheur de ce mouvement a certainement été le passage aux 40 h (NDLR : contre 37,5 h hebdomadaire auparavant), sans aucune compensation financière.»

Suite à la première AG en début d’année, une délégation comprenant cinq délégués, deux suppléants et des volontaires tels que Jean-Christophe Gleis, a été désignée.

Après plusieurs rencontres avec des représentants des ressources humaines, mais aussi des politiques et syndicaux, ils veulent passer à la vitesse supérieure (lire ci-dessous). Car selon Nourredine Sbai, l’un des représentants de la délégation, «des gens souffrent énormément». «Le rêve européen devient un cauchemar, affirme-t-il. La DGRH (NDLR : Direction générale des ressources humaines) nous a dit qu’il n’y avait pas tellement de gens désespérés, puisqu’ils profitent d’un régime soi-disant favorable. Ils n’ont pas fermé la porte à la discussion, mais nous ont demandé d’apporter des arguments. Donc tant qu’on ne dira rien, qu’on restera des gentils moutons, rien ne changera.»

Appel à la grève

D’après les contacts avec les camarades d’autres syndicats, on est convaincus que l’administration ne cèdera pas. Le moment est venu de montrer un peu plus d’élan», estime Miguel Vicente Nuñez, le président de l’Union syndicale Luxembourg.

«Octobre, qui correspondra à la tenue d’un sommet des ministres au Luxembourg, serait un mois très indiqué pour avoir recours à l’instrument majeur en cas de non-succès du dialogue social, à savoir la grève. Il faut introduire un permis de grève à titre conservatoire pour tout le mois d’octobre, en ayant déjà à l’esprit une durée minimale, trois jours, avec les mesures de compensation adéquate pour ne pas léser davantage les agents contractuels.»

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