Argentine : Les représentants syndicaux d’extrême gauche, la nouvelle inquiétude des patrons

Article traduit de Clarin, quotidien national, 1er juin 2014, et transmis par un camarade.

Changements dans le paysage syndical argentin. Les centrales péronistes se font sortir des grandes entreprises comme chez Kraft ou Pepsi.

Le syndicalisme combatif [d’extrême] gauche est en train d’obtenir ce dont il rêvait depuis plusieurs années : battre en retraite le tout-puissant syndicalisme péroniste. De 2009, avec une victoire dans l’entreprise de Mondelez (ex Kraft), à aujourd’hui, les listes syndicales de gauche, surtout liées au PTS, ont pris le contrôle des commissions internes de plusieurs grandes entreprises et en particulier, celle de l’agro-industrie. Le phénomène a rapidement déclenché des inquiétudes dans le secteur du patronat. « Ce sont des cellules qui échappent totalement au contrôle de la relation traditionnelle entreprise-syndicat. Ils agissent comme si c’était eux, les maîtres de l’entreprise », met en garde le directeur d’une compagnie.

Dans le secteur industriel, la gauche lutte de classe tient les commissions internes de Mondelez, de Felfort, Pepsico, Femsa (embouteilleur de Coca-cola), Frigorifique Rioplatense, Fate, l’usine automobile Lear et les industries graphiques de WordColor, Printback et de RR Donneley, parmi d’autres. Ailleurs, bien qu’elle n’en contrôle pas les commissions internes, le PTS compte cependant un certain nombre de délégués syndicaux chez Procter Gamble, et à la sucrerie de Ledesma.

Et ils ont pesé dans le conflit à Gestamp qui a paralysé les usines automobiles.
« On a gagné parce que nous avons fait la démonstration que nous sommes conséquents concernant les revendications des travailleurs et que nous nous battons contre la trahison des dirigeants syndicaux », explique Javier Hermosilla, membre de la commission interne de Mondelez et militant du PTS.
Eduardo Ayala, délégué pour RR Donneley, ajoute : « Notre première conquête a été qu’entre 2005 et 2011, il n’y a pas eu de licenciements dans l’entreprise. Et en 2011, quand ils mirent à la porte 19 travailleurs en plein période de revendications de revalorisation salariale, nous sommes parvenus à ce qu’ils soient tous réintégrés. »

Du point du vue des patrons, les plaintes sont nombreuses. « Aujourd’hui, les entreprises ont des marges de manœuvre très limitées pour faire valoir ces droits », explique un patron du secteur de l’alimentaire. Dans d’autres entreprises, on entend : « le dialogue social qui se faisait de manière naturel, et qui est nécessaire pour assurer la pérennité de l’entreprise, devient de plus en plus difficile ». Le directeur d’une multinationale va dans le même sens : « Sous la couverture des commissions internes, l’absentéisme a augmenté et à la fin, c’est la productivité qui en pâtit. La seule solution sera de délocaliser les usines vers des sites moins conflictuels ».

De même, il est courant que les usines soient paralysées pour des événements qui ne concernent pas le syndicat. L’usine de Mondelez, par exemple, s’est arrêtée de tourner le jour où le militant Mariano Ferreyra a été assassiné. De même chez RR Donneley, le jour où a été rendu public le jugement des pétroliers de Las Heras. Vendredi dernier, également, la production a été stoppée pendant deux heures et demi, pour « discuter du soutien aux camarades de Gestamp », explique Ayala.

« Une assemblée générale de deux heures représente un coût énorme », se plaignent les entreprises. « Le problème est qu’on y discute pas tant des revendications syndicales que de politique. A cela, les entreprises ne sont pas préparées »,reconnaît un cadre. Et il ajoute que le syndicalisme péroniste n’a pas pris « conscience » que l’avancée de l’extrême gauche pourrait bien également les déposséder du contrôle des syndicats. « Ils se consacrent aux relations avec le pouvoir politique et les organisations patronales, mais, avec les travailleurs, ils n’y arrivent plus » souligne-t-il.

Il y a deux ans, la liste de gauche a remporté 40% des voix sur le district de Buenos Aires pour le syndicat de l’Alimentaire. « Nous travaillons à ce qu’en 2016, les travailleurs obtiennent gain de cause contre ces bureaucrates qui dirigent le syndicat et qui ont signé des accords favorables au patronat », anticipe Hermosilla.

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