Turquie : le bilan définitif s’élève à 301 morts

Le Parisien, 17 mai 2014 :

Devant les familles en pleurs, de nouveaux corps sans vie ont été extirpés samedi de la mine de Soma (Turquie), où une violente explosion est survenue ce mardi alors que 787 employés se trouvaient à l’intérieur.

Plus tard, le ministre de l’Energie Taner Yildiz a annoncé un bilan définitif, s’élevant à 301 victimes. «La mission de sauvetage a été menée jusqu’à son terme. Il n’y a désormais plus aucun mineur au fond de la mine», a-t-il déclaré.

Au terme de quatre jours d’opérations rendues difficiles par les incendies et la présence de gaz toxique, les dépouilles des deux «gueules noires» encore bloquées sous terre ont été remontées à la surface par des sauveteurs et les mineurs, qui ont dans la foulée commencé à déserter les abords du puits dévasté.

L’entreprise mise en cause

L’accident de mardi, le plus meurtrier de l’histoire minière de la Turquie, a déclenché une vague d’indignation contre l’entreprise Soma Kömür Isletmeleri, accusée d’avoir privilégié la rentabilité au détriment de la sécurité de ses salariés, et relancé la colère contre le régime islamo-conservateur, soupçonné d’avoir couvert cette course au profit.

«Le charbon ne pourra pas réconforter le cœur des enfants de ceux qui sont morts à la mine» proclamait une banderole déployée vendredi par les milliers de manifestants qui ont envahi les rues de Soma, et qui ont été violemment dispersés par les forces de l’ordre, à grand renfort de gaz lacrymogènes et de canons à eau.

La gronde envers le gouvernement s’amplifie

Même s’il a promis de faire «toute la lumière» sur ses causes, le Premier ministre Erdogan a d’ores et déjà imputé cette catastrophe d’un autre âge à la seule fatalité, balayant d’un revers de main toutes les accusations de négligence. «Les accidents sont dans la nature-même des mines», a-t-il notamment estimé.

Mais à quinze jours du premier anniversaire de la vague de contestation antigouvernementale de juin 2013, cette ligne de défense a alimenté une nouvelle fronde contre le Premier ministre, dans un climat de tensions politiques exacerbé.

Samedi, la situation était toujours tendue à Soma, quadrillée par d’importants effectifs de police. Selon l’Association des avocats, au moins 36 personnes, dont 8 avocats, ont été interpellées dans la journée pour avoir tenté de faire une déclaration publique, en violation d’un ordre du gouverneur interdisant tout rassemblement.

Les dérapages du gouvernement

Plusieurs incidents survenus pendant sa visite mouvementée jeudi sur les lieux de la catastrophe ont relancé les critiques sur la dérive autoritaire du Premier ministre Erdogan, l’homme qui règne sans partage sur la Turquie depuis 2012.

Une vidéo largement diffusée vendredi sur les réseaux sociaux a montré le Premier ministre, connu pour ses coups de colères, s’en prenant à un habitant de Soma en l’agrippant par le cou et en le traitant d’«espèce de sperme d’Israël». Des photos, dévoilées la veille, d’un de ses conseillers assénant des coups de pied à un manifestant retenu à terre par deux gendarmes ont également provoqué l’indignation.

Malgré un scandale de corruption sans précédent visant des dizaines de ses proches, le parti d’Erdogan a remporté haut-la main les municipales du 30 mars. Il s’apprête désormais à se présenter à la présidentielle des 10 et 24 août.

«Cette fois, même les partisans d’Erdogan se posent des questions», a indiqué Rasit Kaya, professeur de sciences politiques à l’université technique du Moyen-Orient d’Ankara. «Mais il est difficile d’évaluer le tort que cela va lui causer», a-t-il ajouté.

Enquête sur l’origine de la catastrophe

«Nous n’avons commis aucune négligence», a affirmé son directeur d’exploitation de la mine, Akin Celik, lors d’une conférence de presse très tendue. Pressés de questions, ces dirigeants ont été contraints de concéder que la mine ne disposait d’aucune chambre de sécurité susceptible de protéger les mineurs des émanations de monoxyde de carbone à l’origine de la mort de la plupart des victimes.

Dans son édition de samedi, le quotidien Milliyet affirme qu’un rapport préliminaire sur les causes de la catastrophe a ainsi pointé du doigt de nombreux manquements aux mesures de sécurité dans le puits accidenté, notamment un manque de détecteurs de monoxyde de carbone. Mis en cause dans la presse pour sa proximité avec le pouvoir, le PDG de la compagnie, Alp Gürkan, s’était vanté en 2012 d’être parvenu à réduire de 130 à 24 dollars la tonne les coûts de production dans sa mine.

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