Luttes des ouvriers de l’automobile en Inde

Le Monde, 22 avril 2014 :

Les ouvriers de deux usines Toyota de l’Etat du Karnataka, dans le sud de l’Inde, ont repris le travail, mardi 22 avril, après un mois de grève.

Plus de 4 200 d’entre eux, sur les 6 400 que comptent les sites, avaient cessé le travail pour réclamer une augmentation mensuelle de 4 000 roupies (48 euros), alors que la direction ne leur proposait que 3 050 roupies (36,5 euros).

Les deux parties ont accepté de porter leurs différends devant un tribunal. Syndicats et direction doivent poursuivre les négociations sur la réintégration des ouvriers licenciés pendant le conflit.

Cette grève est la dernière d’une longue liste dans le secteur automobile. En 2013, le constructeur indien Bajaj avait été touché par un arrêt de travail de plusieurs semaines et, en 2012, un conflit avait tourné à l’émeute dans l’usine du constructeur Maruti Suzuki à Manesar, en banlieue de Delhi, où un responsable des ressources humaines avait trouvé la mort.

Les conflits portent souvent sur l’intégration des intérimaires auxquels les entreprises ont souvent recours pour contourner des lois du travail qu’elles jugent trop rigides. Une usine qui emploie plus de 100 ouvriers doit obtenir une autorisation administrative avant de procéder à un licenciement. Contrairement aux salariés, les intérimaires, qui sont moins bien payés que leurs collègues, Tn’ont droit à aucune protection sociale.

RECOURS À L’INTÉRIM

Dans ce contexte, des géants de l’intérim ont vu le jour, faisant travailler leurs centaines de milliers d’employés aux quatre coins du pays. Dans le seul secteur automobile, la part des intérimaires dans la force de travail atteint 47 %.

Cette main-d’œuvre affaiblit les syndicats et crée des tensions dans les usines. La direction de Toyota a pu ainsi ordonner une mise à l’écart des salariés grévistes dans ses deux usines grâce à l’embauche de 1 000 ouvriers intérimaires, forçant les syndicats à revoir à la baisse leurs revendications.

Au début des années 2000, certains Etats comme le Tamil Nadu, où l’alliance Renault Nissan possède des usines, et le Karnataka, ont accordé à l’industrie automobile le statut de « services d’utilité générale » limitant le droit de grève et facilitant le recours au travail intérimaire de longue durée.

En Inde, seuls 10 % des ouvriers travaillent dans le secteur formel et bénéficient d’une protection sociale ou d’un salaire minimum. La majorité des 10 à 15 millions de travailleurs qui rentrent chaque année sur le marché du travail vont gonfler le secteur informel.

Les organisations patronales accusent les lois du travail, trop nombreuses et rigides selon eux, d’empêcher la croissance de l’industrie qui ne dépasse pas 16 % du produit intérieur brut en Inde.

A l’été 2013, le commissariat au plan indien a proposé de réformer le droit du travail. Il préconise le vote à bulletin secret et l’adhésion d’au moins 70 % des ouvriers pour autoriser une grève, une plus grande flexibilité dans les licenciements et les embauches, et la suppression du plafond journalier de temps de travail. Aucune de ces réformes n’a vu le jour.

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