Le Méridien Tahiti : les salariés grévistes expriment leur ras-le-bol

Tahiti Infos, 15 avril 2014 :

Ils ont installé deux tentes contre le mur d’enceinte de l’hôtel pour profiter d’un peu d’ombre sur une portion de bitume longeant la route de ceinture. Ce mardi matin, les salariés grévistes du Méridien entament leur deuxième jour de piquet de grève avec la même motivation chevillée au corps que la veille. Certains d’ailleurs ont dormi sur place pour tenir le siège. C’est la motivation d’un personnel, souvent embauché depuis l’ouverture de l’hôtel -16 ans pour les plus anciens- et qui en a marre de se faire berner par des discours de restrictions.

 

« Moi je suis ici depuis le début et je fais partie du Comité d’entreprise, je suis bien placée pour savoir. Chaque fois que le personnel demande quelque chose on nous répond que ce n’est pas possible ou bien on nous pose d’autres questions », Vaitiare du service de la lingerie évoque des sous-effectifs chroniques de l’hôtel avec des « filles pas remplacées, d’autres fatiguées » que l’on fait revenir sur les temps de repos pour faire face au travail à effectuer. « On a été souples et conciliants parce qu’on nous disait que l’hôtel perdait de l’argent, que c’était la crise. Mais là, c’est bon » poursuit-t-elle. Depuis lundi une trentaine de salariés sur les 140 que compte l’établissement suit ce mouvement de protestation.

D’autant que dans le même temps, les salaires -le plus souvent calés sur le SMIC- n’ont pas bougé. Au contraire, il y a eu durant plusieurs années des mesures de réductions du temps de travail (et du salaire avec) et depuis 2009 un gel des salaires. « On nous a demandé une solidarité totale, mais en réalité cette solidarité ne s’est exprimée de que de notre côté » renchérit un agent de la maintenance qui constate que les effectifs de ce service sont passés de 14 à 9 personnes aujourd’hui pour le même nombre de chambres (150 avec les bungalows sur pilotis). La liste des revendications posées par l’intersyndicale (O Oe Te Rima, Otahi et CSIP) expose, entre autres, une demande d’audit, exige une augmentation de 5% des salaires (1% par année depuis 2009), un reclassement des fonctions des salariés, réclame l’embauche de nouveaux personnels et la transformation des CDD en CDI. « Certains ici font des extras depuis 8 ans, ça ne peut plus durer » constate Mireille Faatau, déléguée syndicale du Méridien Tahiti.

Visiblement, au-delà des questions des rémunérations, on perçoit un vrai ras-le-bol des salariés envers leur direction, un manque de reconnaissance généralisé alors que les agents ont l’impression d’avoir fait leur possible pour maintenir le rang et la notoriété de leur établissement. Au milieu de la quinzaine de grévistes qui tient le piquet à l’entrée de l’établissement, Patrick, directeur technique adjoint depuis 14 ans au Méridien exprime le même ressenti. « Je suis solidaire des employés et je suis là pour tirer la sonnette d’alarme. Il y a visiblement ici deux poids et deux mesures » avec des revalorisations salariales, admises pour les cadres dirigeants, qui n’existent pas pour les salariés. Un sentiment de mise à l’écart qui colle mal avec le fait que Le Méridien tourne plutôt bien, surtout depuis la fermeture du Sofitel et même si les extensions prévues (ouverture d’une salle de fitness notamment) ont pris du retard.

Ce mardi en fin d’après-midi, la direction a accepté de recevoir, pour la première fois, les grévistes pour une réunion de négociation qui démarrera à 17 heures. Il fallait en effet attendre que le directeur des ressources humaines revienne de Bora Bora, où là aussi, des grévistes handicapent la marche normale de l’hôtel depuis plusieurs semaines. « Notre volonté n’était pas de bloquer la situation, mais personne n’est venu discuter avec nous durant le préavis de grève. Maintenant, si les négociations n’avancent pas, on peut toujours aller plus loin. Les employés sont tellement découragés » conclut Mireille Faatau, la déléguée syndicale. A partir de ce mercredi, environ 250 touristes américains en croisière sont censés faire escale durant quelques jours au Méridien Tahiti, « c’est sûr ils vont avoir besoin de personnel » souligne encore Mireille Faatau.

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