Houplines: les grévistes d’Hacot&Colombier SA assignés au TGI de Lille

La Voix du Nord, 8 avril 2014 :

En grève depuis le 3 avril, les salariés d’H&C SA s’attendaient ce mardi à quelques avancées, puisque la direction de la holding souhaitait voir les représentants du personnel. Et que l’administrateur judiciaire, Me Mercier, avait annoncé sa visite.

Réunion il y a eu, et face-à-face en soirée devant les grilles de l’usine entre les grévistes et Me Mercier. Mais en prime, les salariés ont surtout eu droit à un passage de l’huissier qui a relevé les identités de tous les présents pour mieux les assigner, ce mercredi après-midi, devant le tribunal de grande instance (TGI) de Lille. La procédure en référé d’heure en heure a été lancée par la direction de la holding H&C Réunis qui avance un « trouble manifestement illicite », une entrave à « la liberté du commerce et de l’industrie » et au « droit de propriété », un manque en chiffre d’affaires de l’ordre de 425 000 euros, etc. et réclame le déblocage du site. « Une façon un peu bizarre de voir la négociation sociale », relève Armando Barata, délégué syndical.

« Il n’y a plus d’argent »

Un représentant du personnel, accompagné de salariés, se rendra donc ce mercredi à 14 h, dans la salle « E » des référés. Et dans le même temps, sur le site de l’usine où la poursuite de la grève a été votée, le reste des grévistes devrait pour alors savoir si la reprise de Lucky textile est validée, ou pas, par le tribunal de commerce. Avec vingt-trois licenciements à la clé.

Oui, vingt-trois, car la seule avancée du jour est que la holding peut reprendre cinq salariés (au lieu de quatre) et un contrat de professionnalisation, en plus des quinze postes gardés par Lucky textile. C’est un peu court car pour le reste, c’est non à la prime extra-légale de licenciement, « il n’y a plus d’argent » lance Me Mercier, et rien de fait pour la cellule de reclassement réclamée par les grévistes qui vont devoir se battre pour l’obtenir. Encore…

Licenciée en 2013, Roberte pensait «sauver les autres»

Son quotidien c’est Pôle emploi et il n’a rien d’un long fleuve tranquille. « Je n’ai plus de conseillère depuis le 2 mars », sourit tristement Roberte devant les grilles d’Hacot&Colombier SA bloquées depuis une semaine par les grévistes. Ce matin-là, elle est venue d’Estaires soutenir ses « copines ». Autour d’elle, ses anciennes collègues font bloc. Et Roberte se dit qu’elle a bien fait de venir, « on a travaillé ensemble, faut être solidaire ».

Car le chemin semé d’embûches qui sera bientôt celui des salariés d’Hacot&Colombier SA, elle le connaît par cœur : Roberte se souvient comme si c’était hier de sa convocation, en juillet dernier, dans le bureau de la direction. « Les filles y allaient une par une, comme à l’abattoir. Moi, on m’a dit que je retrouverai facilement du travail, que j’étais une battante… et on m’a licenciée vite fait bien fait au 1er juillet 2013 ». Pour Roberte comme vingt-neuf autres salariés, c’était le plan social censé « sauver » l’entreprise houplinoise. Aujourd’hui, elle ne comprend pas que les Pakistanais de Lucky textile ne veuillent « garder que des bureaux ». Comprenne qui pourra.

Avec onze petites années d’ancienneté, la prime de licenciement n’allait pas chercher bien loin. L’argent a tout de suite été mis de côté, au chaud, en prévision de temps encore plus difficiles. « Heureusement, mon mari a un travail, tourneur-fraiseur », se console cette maman de deux enfants âgés de 16 et 18 ans.

Une maman qui se décarcasse depuis dix mois pour retrouver un travail. Mais quel travail ? Roberte a commencé à la Confection de l’Allœu en intérim, puis a été reclassée à Houplines. « J’étais en table, comme les filles, mais après un accident du travail, on m’a mise au ménage. »

Le licenciement venu, Roberte se rapproche tout de suite de Pôle emploi.

Pas d’embauche

Depuis dit-elle, « j’ai tout fait : l’atelier CV, lettre de motivation, entretien ». Aussi une formation découverte dans une maison de retraite, à Laventie. « Mais ils n’embauchent pas », soupire-t-elle en ajoutant, « dans quatre mois, mon CSP (contrat de sécurisation professionnelle) s’arrête. Et j’ai 52 ans… »

Roberte n’est pas la seule des licenciés de l’été 2013 à ne pas avoir retrouvé de travail. Ils sont tous dans la même galère, embarqués bien malgré eux dans une sorte de naufrage général qui ce mercredi, au tribunal de commerce Lille métropole, devrait bien arranger les industriels pakistanais de Lucky textile. Mais beaucoup moins les salariés licenciés d’H&C SA.

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