Une travailleuse domestique condamnée à mort en Arabie saoudite

Equal Times :

Malgré les appels urgents de la communauté internationale, une travailleuse domestique indonésienne de 41 ans condamnée à mort en Arabie Saoudite risque d’être exécutée cette semaine – à moins que le roi ou la famille de la victime n’interviennent pour lui épargner la vie.

Satinah Binti Jumadi Ahmad a avoué l’homicide de son employeuse Nura al-Garib en 2007 mais a toujours maintenu qu’il s’agissait d’auto-défense, ayant été victime pendant des mois de violences physiques et psychologiques de la part de sa patronne. Elle assure que Nura al-Garib a essayé de lui fracasser la tête contre un mur.

La famille de la victime s’est dite prête à accorder la clémence en échange du paiement d’une diya – ou « prix du sang » – d’un montant de 7 millions de riyals (1,9 million USD), une procédure autorisée par la législation saoudienne.

L’exécution a été repoussée à plusieurs reprises et la date limite pour le paiement de la diya est désormais fixée au jeudi 3 avril, déclenchant une course contre la montre pour réunir le montant exigé.

D’après des informations parues dans les médias, le gouvernement indonésien aurait réussi à réunir 4 millions de riyals (soit environ 1 million USD) et demandé à la famille de Nura al-Garib de revoir à la baisse le montant de la diya, mais en vain.

Amnesty International a récemment diffusé une pétition urgente dans laquelle l’ONG appelle le roi d’Arabie saoudite à commuer la peine de mort.

Dans sa pétition, Amnesty a aussi déclaré son inquiétude face à un « recours disproportionné à la peine de mort contre des ressortissants étrangers en Arabie saoudite, notamment des travailleurs migrants de pays pauvres et en développement d’Afrique et d’Asie et le risque énorme que courent pratiquement tous ces migrants s’ils se voient confrontés à votre système de justice pénale ».

Les travailleurs migrants en danger

Dans le dernier rapport d’Amnesty International sur la peine de mort, l’Arabie saoudite occupait, en 2013, le quatrième rang mondial après la Chine, l’Iran et l’Irak en termes du nombre d’exécutions, avec 79 mises à mort cautionnées par l’État.

La moitié d’entre elles environ (37) concernaient des ressortissants étrangers condamnés à l’issue de procès plaidés quasi-exclusivement en arabe, sans services de traduction adéquats pour les prévenus.
En conséquence, une succession d’affaires fortement médiatisées ont braqué les projecteurs sur l’état des droits humains en Arabie saoudite.

Comme le cas de Rizana Nafeek, une ressortissante sri-lankaise qui était âgée de moins de 18 ans au moment de son inculpation et qui a été décapitée en public l’année dernière, en violation flagrante de la Convention relative aux droits de l’enfant.

Dans certains cas, des employées domestiques ont aussi été condamnées à la peine capitale après avoir été accusées de « sorcellerie ». En juin 2011, l’exécution de Ruyati Binti Satubi, une grand-mère indonésienne, a conduit à un moratoire sur la migration des travailleurs domestiques vers l’Arabie saoudite.

En dépit de cette mesure, on estime toujours à environ 1,5 million le nombre de travailleurs domestiques étrangers, principalement en provenance d’Indonésie, du Sri Lanka et du Népal, employés dans ce richissime royaume pétrolier.

Au fil des ans, les histoires d’horreur faisant état de conditions de travail s’apparentant à de l’esclavage se sont multipliées, allant de pratiques courantes comme la surcharge de travail, les salaires impayés ou le confinement dans le lieu de travail aux sévices corporels, à la torture et au viol.
Soucieux d’apaiser les préoccupations grandissantes, le gouvernement saoudien a récemment signé avec l’Indonésie un accord bilatéral qui garantit aux travailleurs domestiques le droit de conserver leur passeport, de communiquer avec leur famille, de bénéficier de jours de repos et de toucher un salaire mensuel.

D’après Human Rights Watch, toutefois : « Ces réformes manquent de s’attaquer au problème de longue date qui se pose lorsque des travailleurs qui portent plainte sont attaqués au moyen de contre-accusations de vol, de sorcellerie ou d’adultère par des employeurs nettement plus influents, bien connectés et généralement nantis. »

L’Arabie saoudite devrait se conformer pleinement à la Convention de l’OIT sur le travail décent pour les travailleurs domestiques et veiller à l’équité de son système judiciaire, selon l’ONG des droits humains.

« Si le nouvel accord entre l’Arabie saoudite et l’Indonésie ouvre la porte à des sauvegardes accrues, des améliorations tangibles dans la vie des travailleurs domestiques constitueront l’épreuve ultime. »

Le gouvernement indonésien semble partager ce point de vue. Un haut fonctionnaire du gouvernement aurait laissé entendre que la levée du moratoire devrait attendre « jusqu’à l’établissement d’un meilleur système de placement, de conditions et de normes pour les contrats d’emploi, afin de garantir une meilleure protection et de meilleures prestations sociales pour les Indonésiens qui y travaillent. »

Il est peu clair, toutefois, dans quelle mesure les relations bilatérales entre les deux pays pourraient se voir affectées si Satinah Binti Jumadi Ahmad est exécutée ce jeudi.

AFP, 3 avril 2014 :

Le gouvernement indonésien a accepté de payer 1,9 million de dollars pour empêcher l’exécution, prévue dans les prochains jours, d’une employée de maison indonésienne condamnée à mort pour le meurtre de sa patronne en Arabie Saoudite, a annoncé jeudi le ministre indonésien de la Sécurité Djoko Suyanto.

Satinah Binti Jumadi Ahmad avait été condamnée à mort en 2011 pour le meurtre de l’épouse de son employeur et le vol d’argent. Elle devait être décapitée dans les prochains jours, une affaire qui a provoqué une forte mobilisation médiatique en Indonésie.

Conformément à la loi islamique en vigueur en Arabie Saoudite, la famille de la victime peut demander de l’argent en échange de l’exécution de l’auteur du crime.

La famille de la victime a demandé sept millions de riyals (5 millions de dollars), mais les contributions d’entrepreneurs et d’une organisation regroupant les agences qui envoient des employés indonésiens à l’étranger n’ont permis de recueillir que quatre millions sur les sept exigés.

 Le ministre a indiqué que le gouvernement avait accepté de verser les trois millions de riyals (1,9 million de dollars) manquants.

«Nous avons décidé» d’accepter la demande de la famille», a-t-il déclaré à la presse à Jakarta.

«Cela permettra de sauver Satinah de la peine capitale», a-t-il souligné.

La famille avait initialement demandé 15 millions de riyals, mais a accepté de revoir cette somme à la baisse, a-t-il expliqué.

Le gouvernement indonésien a livré une longue bataille pour tenter de sauver l’employée de maison et réussi à faire reporter son exécution à cinq reprises.

Les relations entre les deux pays s’étaient déjà tendues après la décapitation d’une domestique indonésienne reconnue coupable d’avoir tué sa patronne, une exécution qui avait suscité la colère des autorités indonésiennes qui n’avaient pas été prévenues au préalable. L’Indonésie avait décidé un moratoire sur l’envoi d’employées de maison en Arabie Saoudite.

Les deux pays ont néanmoins signé en février un accord destiné à mieux protéger les droits des employés de maison dans le royaume.

Environ un million d’employées de maison indonésiennes travaillent en Arabie Saoudite.

Les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent l’exploitation des employées de maison, la plupart asiatiques, dans les monarchies du Golfe.

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