Le cri de colère des Egyptiennes

L’agression d’une étudiante à la faculté de droit du Caire a relancé le débat sur le harcèlement sexuel. Rencontre avec Asma Abdel Rahman, membre du mouvement Basma.

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Le Caire (Egypte)

Cette fille pourrait être ta mère ou ta sœur.» Voilà un argument censé dissuader les auteurs de harcèlement sexuel. Pour Asma Abdel Rahman, 22 ans, membre du mouvement Basma qui agit contre le harcèlement sexuel, cela ne suffit pas. «Lorsque j’anime un atelier de sensibilisation, je rappelle simplement que les femmes sont des êtres humains et c’est pour cette raison qu’elles doivent être respectées.»

Mardi dernier, avec des bénévoles du collectif, Asma a ouvert le premier atelier de sensibilisation au harcèlement sexuel dans une université égyptienne. Après les couloirs du métro et le centre-ville du Caire, le groupe cible un nouveau public : la jeunesse estudiantine.

La campagne a été lancée dans l’université de la ville portuaire de Suez, mais les organisateurs espèrent rapidement reproduire le concept dans plusieurs campus du pays. Pourquoi s’attaquer aux universités ? «Pour nous, il est important de sensibiliser celles et ceux qui éduqueront les générations à venir et rendre ainsi la pensée du mouvement durable», soutient Asma, encore portée par l’énergie du public présent lors de l’atelier organisé à Suez.

Les vraies raisons

Lors du débat avec les étudiants, les interventions n’allaient pourtant pas toujours dans le sens des organisatrices. A la question, «quelles sont les principales causes du harcèlement sexuel ?», certains pouvaient rétorquer «les vêtements de la jeune fille» ou «les femmes aiment être complimentées dans la rue». Mais au bout d’une longue discussion, la majorité d’entre eux arrivait à distinguer les vraies raisons des fausses justifications. Hasard de calendrier, ce premier atelier s’est tenu moins de 48 heures après l’agression d’une étudiante à la faculté de droit du Caire. Dimanche 16 mars, jour de la femme égyptienne, une jeune étudiante a été forcée de se cacher dans les toilettes de la faculté pour échapper à une agression collective.

Ce qui a mis le feu aux poudres, ce sont les réactions qui ont suivi. Notamment celle du président de l’université Gaber Nasser sur la chaîne privée ONTV. Tout en condamnant l’agression sexuelle, le doyen de l’université donne l’impression de la justifier par la tenue vestimentaire de l’étudiante. «Elle est entrée dans l’enceinte de l’université vêtue d’une abaya (robe noire traditionnelle portée par les femmes dans les pays du Golfe) par-dessus ses habits parce que la sécurité ne laisse pas entrer les étudiantes portant des tenues extravagantes.»

Ses propos ont été vivement critiqués sur les réseaux sociaux et dans les milieux associatifs. «Je suis encore en colère. Comment un président d’université, qu’on imagine cultivé, peut-il justifier une telle agression ?», s’insurge Asma. Et un présentateur télévisé ? Au cours de son programme «Min al Akher» diffusé sur la chaîne satellitaire Rotana, l’animateur Tamer Amin est allé plus loin en insultant la jeune étudiante et en incriminant les parents qui l’ont laissée sortir dans cette tenue. Selon lui, les vêtements de la jeune fille sont «provocants» et «dévoilent (le corps) plus qu’ils ne le recouvrent».

Des commentaires qui ont suscité l’ire de nombreux internautes scandalisés. La victime se retrouve encore une fois sur le banc des accusés. Son crime : porter un hijab doré, un pantalon noir, et un pull rose assorti à ses ballerines. En Egypte, 99,3% des femmes affirment avoir déjà subi un harcèlement sexuel «sous quelque forme que ce soit», assurait l’ONU dans un rapport publié en 2013.

http://www.elwatan.com/international/le-cri-de-colere-des-egyptiennes-22-03-2014-250067_112.php

 

 

 

 

 

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