Mali : Mobilisation chez Securicom pour la liberté syndicale

Malijet, 16 mars 2014 :

Depuis quelques semaines rien ne plus entre les travailleurs de Securicom et entre ceux-ci et leur la direction. Pour cause, le licenciement illégal des délégués syndicaux suite à la mise en place par des travailleurs d’un comité syndical au sein de cette société. Face à ce problème qui prend de l’ampleur, un nombre important d’agents de Sécuricom sont allés hier vendredi à une grève de 72 heures. Il s’agit d’une situation qui risque de coûter cher, très cher à cette société qui est considérée comme le leader des sociétés de sécurité et surveillance au Mali.

Securicom est une société de sécurité et de protection des personnes et de leurs biens. Elle est implantée dans plusieurs pays d’Afrique et en France. Depuis 2002 elle est représentée au Mali. Aujourd’hui elle emploie plus de 5000 agents. Securicom s’occupe de la surveillance et de la sécurité au niveau de l’aéroport international de Bamako-Sénou et dans beaucoup d’autres services stratégiques dont des Ambassades.

Aux premières heures de sa création au Mali, aucun comité syndical n’avait pu être créé par les travailleurs. Les premiers agents qui ont tenté cette aventure ont été simplement et purement remerciés par la direction.

Malgré les menaces, certains travailleurs ont décidé de braver cette interdiction en mettant en place le «Comité syndical du Securicom protect», dont le secrétaire général est Aboubacar Ousmane. Son objectif : défendre les intérêts matériels et moraux des travailleurs de Securicom.

En mi-février 2014, les agents Sécuricom chargés de la sureté aéroportuaire ont informé la direction générale de la mise en place d’un autre comité syndical : «comité syndical des agents de la sûreté aéroportuaire». Aussitôt informée, la direction générale de Securicom pas hésité à notifier aux initiateurs de ce comité syndical une décision de leur mutation de l’aéroport de Bamako-Sénou où ils travaillaient. Cela en violation de la législation du travail en matière de mutation des délégués syndicaux. Leur seul crime c’est d’avoir pensé à mettre en place un comité syndical. Pire, la direction de Securicom accuse ces délégués syndicaux du vol de biens des passagers à l’aéroport afin de justifier sa décision. Comme si cela ne suffisait pas, la direction générale licencie, sans autre forme de procès, 13 délégués syndicaux dont les membres du nouveau comité syndical et certains du comité de Securicom protect.

Mais le hic est qu’au moment où la direction de Securicom s’oppose à la mise en place d’un comité syndical, elle finance la création d’un comité syndical parallèle qui a vu le jour, mardi dernier au CICB. Ce comité syndical, selon nos sources, n’est composé que des contrôleurs de Securiocom, donc des proches de la direction, voire des amis du directeur général de Securicom, Mamadou Sidibé. Contrairement aux deux autres comités syndicaux qui sont affiliés à la centrale syndicale CSTM, celui financé par la direction est affilié à l’UNTM.

Plus grave, le patron de Securicom aurait confié à certains délégués syndicaux, qu’il n’est pas contre la mise en place des comités syndicaux, mais qu’il est contre le fait que ces comités syndicaux sont affiliés à la CSTM. «La direction veut qu’on quitte la CSTM pour s’affilier à l’UNTM qui défend les intérêts des employeurs et non ceux des employés », nous a confié un délégué syndical au siège de la CSTM.

Après avoir informé la direction régionale du travail de Bamako et la centrale syndicale CSTM par rapport au licenciement et la mutation «illégale» de leurs délégués syndicaux, les deux comités syndicaux (Comité syndical des agents aéroportuaires et le Comité syndical de securicom protect) déposent, le 4 mars dernier, un préavis de grève de 72 heures. La grève était prévue du 12 au 14 mars. Mais suite à la médiation de la direction régionale du travail de Bamako, les travailleurs et la direction étaient convenus, au cours d’une rencontre de réconciliation le 10 mars derniers, sur l’annulation des licenciements, le respect de la législation du travail en matière de licenciement des délégués du travail, mais aussi et surtout de la levée du préavis de grève.

A l’issue de cette rencontre, un procès-verbal de réconciliation a été même signé. Il est indiqué dans ce PV que la direction de Securicom devait recevoir le 13 mars le comité syndical de la sureté aéroportuaire afin d’ouvrir le dialogue sur les différents points de revendication. Mais il nous est revenu qu’à la dernière minute, la direction de Securicom a changé d’avis. Non seulement, elle a refusé de recevoir les membres du comité syndical, mais elle refuse radicalement d’annuler les décisions de licenciement des délégués syndicaux. Et ce qui devait arriver est arrivé.

Les travailleurs membres des deux comités syndicaux qui sont dans collimateur des responsables de Sécuricom ont décrété depuis vendredi matin une grève de 72 heures. Cela conformément à leur précédent préavis de grève du 4 mars dernier qui indique que «la grève sera immédiatement reconduite dans les jours suivants en cas de non-satisfaction lors des concertations».

A en croire certains délégués syndicaux que nous avions rencontrés au siège du CSTM, la grève a été réussite à soixante-dix pourcent. Ce sont des centaines d’agents de Securicom qui ont abandonné leur poste, depuis vendredi et ce samedi pour se regrouper au siège de la CSTM.

«Nous sommes prêts à reprendre le travail quand la direction serait disposée à nous recevoir et à ouvrir le dialogue sur nos points de revendication », a affirmé le secrétaire général du comité syndical des agents aéroportuaires, Abdourahamane Tabouré.

Le moins que l’on puisse dire c’est que cette situation semble paralyser déjà les activités de Securicom au niveau de plusieurs services stratégiques dont l’aéroport de Senou où elle s’occupe de la surveillance et de la sécurité des personnes et de leurs bien. Cette crise risque de coûter cher à la société Sécuricom, du moins si des mesures ne sont pas prises, urgemment pour la dissiper. Déjà ne sachant plus où mettre de la tête les responsables de Sécuricom seraient en train de recruter des jeunes sans expérience dans la rue pour remplacer les grévistes.

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