8 mars 2014 : La nécessaire lutte pour l’égalité

Article publié dans Communisme-Ouvrier n°41, bulletin de l’Initiative Communiste-Ouvrière :

En 2012, selon les chiffres officiels, 148 femmes sont mortes de violences conjugales. Ce sont presque toujours des femmes qui meurent de cette manière, et lorsque ce sont des hommes, il s’agit le plus souvent de femmes qui tuent pour se protéger. Au moins une femme sur 10 est victime de violences, toujours selon les chiffres officiels. 16% des femmes déclarent avoir déjà subi un viol ou une tentative de viol au cours de leur vie. 154 000 femmes en ont été victimes en 2010-2011, mais seule une sur cinq ose aller porter plainte – et ces plaintes ne sont pas toujours suivies d’un procès, ni d’une condamnation, loin de là. Ce ne sont pas des affaires « privées », mais un phénomène social qui a un nom, le patriarcat. Il s’agit encore moins, comme les médias tendent à le dire, de « faits divers » isolés, mais de la manifestation la plus odieuse de ce patriarcat.

Que fait vraiment le gouvernement pour l’égalité hommes-femmes ?

Le gouvernement a annoncé, comme tous ses prédécesseurs, un plan pour lutter contre les violences faites aux femmes. Les moyens proposés sont ridicules par rapport à l’urgence. L’un des objectifs est d’atteindre 1650 places d’hébergement en 2017, alors que le gouvernement compte 400 000 femmes victimes de violences en deux ans. De toute façon, cette loi qui était supposée passer avant l’été n’est toujours pas inscrit à l’ordre du jour du Sénat, bouclé jusque juin. On voit quelles sont les priorités de la classe politique, majoritairement masculine !

Les femmes étrangères victimes de violence risquent toujours l’expulsion lorsqu’elles quittent le domicile de leur mari, puisqu’elles perdent le droit au titre de séjour. Sur ce point, le gouvernement n’a pas changé depuis les promesses non tenues de Sarkozy.

Les hommes touchent en moyenne 31% de plus, les écarts les plus importants étant constatés chez les femmes cadres et les ouvrières. Ils sont plus réduits chez les employés, tout simplement parce qu’ils s’agit déjà de métiers largement féminisés. Contre ces inégalités salariales entre hommes et femmes, il y a eu de nombreuses lois. Depuis 1983, trois lois sont restées lettre morte, car l’État n’a jamais cherché à les faire appliquer. Le nouveau gouvernement a bien fait un effet d’annonce pour indiquer qu’il avait sanctionné 350 entreprises, premier pas bien timide face à l’importance du problème.

L’inégalité des salaires et des pensions de retraite

Il faut dire que les inégalités salariales sont complexes, car elles reposent sur des mécanismes vicieux. Les femmes sont majoritairement orientées vers les filières les moins bien payées. Même si au sein de chaque filière l’égalité existait, il en résulte tout de même une inégalité flagrante. 80% des temps partiels et 78% des emplois non-qualifiés sont occupés par des femmes. De plus, 31% des femmes contre 7% des hommes qui travaillent à temps partiel – et il est bien difficile de faire la part entre temps partiel » subi » ou « consenti ». Ce chiffre est bien évidemment à comparer avec celui du travail domestique : les femmes effectuent toujours 50% de travail en plus que les hommes. Pour beaucoup de femmes, il vaut mieux rester à la maison plutôt que de percevoir un salaire de misère et de devoir payer une garde pour les enfants.

L’effet se fait sentir non seulement sur le salaire, mais aussi sur la retraite : 883€ bruts en moyenne pour les femmes, contre 1743€ pour les hommes, et ces chiffres ne concernent pas les nombreuses femmes « au foyer » qui n’ont jamais cotisé. Seules 45% des femmes partent à la retraite avec une pension complète, contre 75% des hommes. Une femme seule à la retraite est conduite à la misère…

Cela fait beaucoup de chiffres, mais il montrent bien la réalité des faits aujourd’hui : l’égalité des droits ne se retrouve pas dans les faits. De nombreux dispositifs légaux ne sont pas appliqués. Les associations de planning familial perdent les subventions qui leur permettent de fonctionner, tandis que les départements ne mettent pas en œuvre la politique qu’ils doivent mener sur ce terrain de la prévention. La spécialité gynécologie est supprimée en médecine au profit de l’obstétrique. On envoie les CRS contre les sages-femmes qui manifestent pour que leur compétence soit reconnue. Pendant ce temps, les intégristes attaquent les centres d’IVG en toute impunité. Toute cette politique tend, malgré les beaux discours, à ramener les femmes dans un rôle de simples reproductrices.

Les forces réactionnaires contre les femmes

En Espagne, le gouvernement supprime le droit à l’avortement, ou en tout cas, le subordonne à de telles conditions qu’il cesse d’être un droit pour les femmes. C’est le résultat de l’alliance gouvernementale de la droite classique et de l’extrême droite catholique. Cette configuration politique n’est pas isolée en Europe, elle s’est déjà produite dans plusieurs pays, et les rapprochements entre une partie de la droite et le Front national sur la question du mariage homosexuel montre qu’une telle alliance est loin d’être impossible en France. Les droits qui semblent acquis sont toujours fragiles et susceptibles d’être menacés par la coalition des réactionnaires.

La loi sur le mariage homosexuel, qui garantit un certain nombre de droits aux couples de femmes et d’hommes, a fait l’objet d’un déferlement de violences, pas uniquement verbales. Ce mouvement réactionnaire a favorisé le rapprochement de réseaux qu’on retrouve à l’œuvre dans des initiatives comme le soi-disant « jour de colère », où s’étalent impunément le sexisme, l’homophobie et l’antisémitisme.

Aujourd’hui, c’est la l’idée même d’égalité qui est sous les feux croisés de ces réactionnaires, qui s’attaquent aux initiatives officielles pourtant timides d’expliquer l’égalité hommes-femmes et donner des bases d’éducation sexuelle aux adolescents. C’est l’attaque la plus violente depuis des années contre le mouvement pour l’égalité et le gouvernement a plié très vite là-dessus. N’oublions pas que la loi n’autorise pas le mariage au couples homosexuels pour les ressortissants de certains pays comme la Pologne ou l’Algérie. L’égalité cède le pas à la raison d’Etat…

Face à cette mollesse politique et à ces pressions réactionnaires, il faut à la fois se battre pour défendre les droits acquis et pour que ceux-ci soient réellement mis en œuvre. Il ne s’agit pas d’attendre que le gouvernement « socialiste » le fasse, mais de combattre à tous les niveaux, dans les entreprises, dans les communes, dans les associations, pour que pour que l’égalité de droit se transforme en égalité réelle.

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