Déclaration sur la situation en Ukraine du Syndicat Autonome des Travailleurs

Au delà des divergences, il nous semble intéressant de publier ce que peuvent écrire des groupes d’extrême-gauche, marxistes ou anarchistes, sur la situation qu’ils vivent dans leurs pays. Aussi, nous publions ici une déclaration du groupe de Kiev du Syndicat Autonome des Travailleurs, organisation anarcho-syndicaliste, sur les récents événements en Ukraine. Sans forcément en partager tous les points, ce texte nous semble intéressant pour tenter de comprendre la situation politique en Ukraine, alors qu’une bonne partie de l’extrême-gauche occidentale soit développe des théories dignes de celles des staliniens pendant la guerre froide, favorables au régime ukrainien actuel et à Poutine, soit fait preuve d’un optimisme démesuré en saluant une « révolution démocratique » alors qu’on ne voit aucune intervention de la classe ouvrière en tant que telle (voir à ce propos l’interview, en anglais, d’un syndicaliste révolutionnaire ukrainien).

Déclaration sur la situation en Ukraine du Syndicat Autonome des Travailleurs, 19 février 2014 :

La guerre civile a commencé hier en Ukraine. Une manifestation pas si pacifique s’est confrontée aux forces de défense de l’Etat et à des divisions formées par les partisans de l’actuel gouvernement à côté de la  Vekhovna Rada (Parlement).Le 18 février, la police, ainsi que des paramilitaires, ont commis un bain de sang dans le quartier gouvernemental au cours duquel de nombreux manifestants ont été tués. Les bouchers des divisions spéciales ont achevé des personnes arrêtées. Les députés du parti au pouvoir, le Parti des Régions, et leurs laquais bourgeois du Parti « Communiste » d’Ukraine ont fuit le parlement par un tunnel sous-terrain. Le vote d’amendements constitutionnels, dont le but était de limiter le pouvoir présidentiel, n’a pas pu avoir lieu. Après leur défaite, les manifestants se sont retirés à Maidan. A 18 heures, le ministère des affaires intérieures et le Bureau de la Sécurité Interne (BSI) ont déclaré un ultimatum aux manifestants, leur demandant de se disperser. A 20 heures, les forces de police spéciales et les paramilitaires, équipés de canons à eau et de véhicules blindées, ont commencé leur raid contre les barricades. La police, les divisions spéciale du BSI, ainsi que les troupes pro-gouvernementales, ont utilisé leurs armes à feu. Cependant, les manifestants ont réussi à incendier un véhicule blindé de la police, et on s’est rendu compte que les forces gouvernementales n’étaient pas les seules à avoir des armes. Selon le communiqué publié par la police (le 19 février à 16 heures), 24 personnes ont été tuées : 14 manifestants et 10 policiers. 31 policiers ont été blessés par balles. Même si leur estimation du nombre de pertes du côté de la police est réel, celui des victimes parmi les manifestants est clairement minimisé. Les soignants de Maidan cite au minimum 30 tués.

On a l’impression que le président Yanoukovich était certain que dans la matinée, la résistance serait écrasée, et c’est ainsi qu’il a arrangé une rencontre avec les leaders de l’opposition le 19 février à 11 heures. Comme les négociations n’ont pas eu lieu, on peut conclure que le plan du gouvernement a été un échec. Lors de l’opération qui a échoué de nettoyer Maidan , les citoyens de plusieurs régions occidentales ont occupé les bâtiments administratifs et repoussé la police. A ce moment, la police, en tant qu’institution, n’existe pas à Lvov. Selon le BSI, les manifestants ont pris possession de 1500 armes à feu. En moins de 24 heures, le gouvernement a perdu le contrôle d’une partie du pays. Actuellement, la seule solution pourrait être la démission du président, mais cela signifierait que lui, sa famille, et leurs nombreux acolytes et vassaux, qui forment le plus grand groupe dans le gouvernement au pouvoir, perdraient leurs sources de profits. Et il est probable qu’ils ne l’accepteront pas.

En cas de victoire de Yanoukovich, il deviendra dirigeant à vie et le reste de la population sera condamnée à une vie où elle devra subir la pauvreté, la corruption et l’abolition des droits et libertés. Les régions rebelles font actuellement l’expérience de la restauration de « l’ordre constitutionnel ». Et il n’est pas improbable que la répression des « groupes terroristes » en Galicie aura le caractère d’une épuration ethnique. Les fous extrémistes orthodoxes du Parti des Régions considèrent, depuis longtemps, les catholiques grecs comme les défenseurs de « l’Europe de Sodom ». Une telle « opération anti-terroriste » sera menée avec l’aide de l’armée comme l’a annoncé Lebedev, le ministre de la défense.

Aujourd’hui, l’Ukraine vit une tragédie, mais la véritable horreur commencera lorsque le gouvernement aura briser l’opposition et « stabiliser » la situation. Les signes de la préparation d’une opération de nettoyage de masse sont devenus visibles dès début février avec des poursuites criminelles à l’encontre des divisions d’auto-défense de Maidan en tant de formations militaires illégales. Selon l’article 260 du Code Criminel, les membres de telles divisions sont passibles de 2 à 15 ans de prison. Cela veut dire que le gouvernement prévoit de mettre plus de 10.000 citoyens derrière les barreaux. Dans les régions, comme dans la capitale, des escadrons de la mort agissent comme supplétifs des forces de police habituelles. Par exemple, un tel escadron de la mort, qui se fait appelé « les fantômes de Sébastopol » a revendiqué d’avoir brûlé vif un militant de Maidan originaire de Zaporijia. Ils ont annoncé qu’ils étaient près à faire subir le même traitement à des participants de Maidan à l’Est.

En cas de victoire de l’opposition, la vie sera aussi loin d’être parfaite. Même si les fascistes forment une minorité des manifestants, ils sont particulièrement actifs et ne sont pas les moins bien armés. Après quelques jours de trêve à la mi-février, des conflits entre groupes de droite ont conduit à plusieurs affrontements violents ainsi qu’à des agressions contre des « hérétiques » idéologiques. Derrière les fascistes, les anciens membres expérimentés de l’opposition font aussi tenter de prendre le pouvoir. Parmi eux, ils sont nombreux à avoir travaillé au sein du gouvernement et ne sont pas étrangers à la corruption, au favoritisme et à l’utilisation de fonds publics pour leurs intérêts personnels.

Les « concessions » que l’opposition demande au parlement sont pitoyables. Même la constitution de 2004, qu’ils veulent rétablir, donne trop de pouvoir au président (le contrôle de la police anti-émeute et des forces spéciales n’est qu’un exemple), et le système électoral à la proportionnelle, avec des listes fermées, met le parlement entre les mains de leaders dictatoriaux qui peuvent être comptés sur les doigts d’une main. Avec le président, ils dirigeront sans la moindre limite.

La seconde revendication, la mise en place d’un cabinet de ministres composés des leaders de l’opposition, est tout aussi honteuse. Est-ce que les gens risquent leur santé, leur liberté et leur vie pour que quelqu’un devienne premier ministre et que quelqu’un d’autre puisse profiter des flux monétaires de la corruption ? C’est la conclusion logique des discours pathologiques sur « la nation » et la défense des même structures verticales des politiciens haïs au lieu de développer des organisations de base pour la défense des intérêts financiers et matériels. C’est la principale leçon que doit apprendre Maidan. Mais cette leçon ne pourra être apprise en pratique que si l’actuel gouvernement perd la bataille.

L’opposition, au sein comme à l’extérieur du parlement, est divisée entre de multiples fractions hostiles. En cas de victoire, son régime sera instable et manquera de cohérence. Il sera tout aussi bourgeois et répressif que celui du Parti des Régions avant sa première épreuve de force en novembre contre les manifestants.

La responsabilité de sang versé revient aussi en partie à l’Union Européenne qui reçoit volontiers l’argent des salauds corrompus d’Ukraine, de Russie et de plusieurs pays d’Afrique, en négligeant l’origine de tels « investissements ». Ce n’est qu’après avoir vu les corps des victimes de ces « investisseurs » qu’ils versent des larmes de crocodiles sentimentales et humanitaires.

Ce n’est pas notre guerre, mais la victoire du gouvernement sera une défaite pour les travailleurs. La victoire de l’opposition n’annonce, elle aussi, rien de bon. Nous ne pouvons pas appeler le prolétariat à se sacrifier pour le bien et les intérêts de l’opposition. Nous pensons que la participation aux affrontement est une question de choix personnel. Cependant, nous encourageons à refuser de servir dans les forces militaires contrôlées par Yanoukovich et à saboter par tous les moyens possibles les actions du gouvernement.

Ni dieu, ni maître, ni nations ni frontières !

Organisation de Kiev du Syndicat Autonome des Travailleurs

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