Espagne – avortement : une loi insensée et inéluctable

Malgré les manifestations en Espagne et les protestations en Europe, le projet de loi criminalisant l’avortement devrait être adopté sans difficulté.

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Bien malin qui pourra mettre un terme à la très polémique réforme de l’avortement lancée par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Un avant-projet de loi qui prohibe l’IVG (interruption volontaire de grossesse) fait de cette pratique un crime, y compris en cas de malformation du foetus. On croyait que le ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardón allait corriger le tir, après deux manifestations monstres à Madrid début février, les protestations de plusieurs pays européens (dont la France, Marine Le Pen incluse) et les cris d’orfraie de l’ensemble des formations parlementaires espagnoles. 

Même au sein du Parti populaire (PP), au pouvoir à la majorité absolue, plusieurs voix discordantes se sont élevées pour édulcorer cette réforme. À l’instar de Celia Villalobos, vice-présidente des Cortes (la chambre basse du Parlement), qui s’est déclarée « opposée à priver les femmes d’un droit », alors que depuis 2010, à l’initiative du socialiste José Luis Zapatero, l’IVG avait été légalisée jusqu’à la 14e semaine de gestation.

« L’Espagne est une démocratie militaire »

Alberto Ruiz-Gallardón, qui ne fait pas mystère de ses accointances avec l’épiscopat, sort plus que jamais renforcé après une série de bras de fer. Mardi, après qu’un vote à bulletin secret avait été exigé par le Parti socialiste (PSOE), tous les députés du PP ont appuyé l’initiative de Ruiz-Gallardón. Rebelote jeudi, où une motion contre l’avant-projet de loi, déposée par la Gauche unie (IU), a été rejetée grâce à la majorité absolue des Populares.

« L’Espagne est une démocratie militaire, a ironisé Iñaki Gabilondo, journaliste vedette de la chaîne de télévision Cuatro. La discipline de parti semble bien plus importante que le contenu de la loi, alors même, ce n’est un secret pour personne, que de nombreux membres du PP – les femmes en particulier – trouvent cette loi honteuse. » Mercredi soir, l’ultra-conservateur et sulfureux ministre de la Justice, fils d’un avocat proche du régime franquiste, a déclaré : « Au terme du vote à bulletin secret, je me sens pleinement légitimé pour mettre en place cette réforme. Le Parlement est le siège de la souveraineté populaire. »

« Retour à l’obscurantisme franquiste »

Sauf qu’en la matière l’immense majorité des Espagnols se rebiffent. Un récent sondage de l’institut Demoscopia indique que 86 % d’entre eux (65 % des votants du PP) s’opposent à l’esprit de la loi. « Cette réforme ampute un des droits fondamentaux de la femme, s’est étranglé un maire conservateur de Galice. Si elle est approuvée, notre pays ferait un bond en arrière de trente ans et nous placerait à la queue des nations européennes en matière de libertés civiques et individuelles. » Aux yeux du politologue Josep Ramoneda, « ce projet de loi est d’une gravité considérable ; il démontre que les partis politiques sont des groupes fermés, opaques et hiérarchisés, sourds aux cris de la société civile ».

Cette réforme invoque au premier chef le « droit des non-nés », « les êtres faibles de la société », selon les dires de Ruiz-Gallardón. Selon le texte, une femme enceinte souhaitant avorter pourra certes invoquer « un dommage psychologique ». Mais, dans la pratique, le parcours du combattant est tel qu’il risque fort de décourager les meilleures volontés : deux consultations obligatoires avec le médecin traitant, les avis favorables de deux psychiatres, un rendez-vous avec une assistante sociale vantant les « joies de la maternité » ; au total, calculent les experts, cela signifiera un retard d’un mois, voire d’un mois et demi. « Conséquence : les femmes ayant de l’argent iront à l’étranger ; les autres consulteront des cliniques clandestines dans les pires conditions sanitaires, estime le chirurgien Diego Fernandez, 58 ans, directeur de la clinique Dator, à Madrid. C’est un retour à l’obscurantisme franquiste. »

L’avant-projet de loi, ce train qui semble ne pas pouvoir être arrêté, est actuellement en suspens, puisque sa bonne marche requiert des rapports des régions et du Conseil de la magistrature, de simples formalités. Selon toute vraisemblance, son vote au Parlement aura lieu après les élections européennes de mai. Dès lors, sauf dans le cas d’une mobilisation européenne d’importance, aucun obstacle ne pourra empêcher son approbation.

http://www.lepoint.fr/monde/espagne-avortement-une-loi-insensee-et-ineluctable-13-02-2014-1791356_24.php

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