Révolte sociale contre les dirigeants nationalistes

L’Humanité, 10 février 2014 :

Parti d’une manifestation de chômeurs, un mouvement qui traduit un immense ras-le-bol de la précarité, la mal-vie, des privatisations, déferle sur un pays ravagé par les orientations nationalistes et libérales de ses gouvernants.

Sous les symboles nationaux bosniaques, croates et serbes : "Un même but, une vie meilleure. Stop au nationalisme ! Les voleurs ne nous alièneront plus !

Sous les symboles nationaux bosniaques, croates et serbes :
« Un même but, une vie meilleure.
Stop au nationalisme !
Les voleurs ne nous alièneront plus !

Bosnie-Herzégovine, correspondance. «Qu’ils s’en aillent tous ! » Ce slogan fédère les dizaines de milliers de personnes qui manifestent depuis vendredi dans toute la Bosnie-Herzégovine. «Cela fait vingt ans que nous dormons, il est temps de se réveiller», expliquent des chômeurs de Tuzla. D’autres brandissent des pancartes : «Nous voulons le droit de nous soigner, le droit de manger, le droit de vivre.» Après les violents affrontements de vendredi, qui ont transformé les centres de Sarajevo et de Tuzla en véritables champs de bataille, des rassemblements pacifiques ont eu lieu durant le week-end, y compris dans de petites villes comme Konjic, Travnik, Bugojno ou Gornji-Vakuf. Partout, la revendication centrale est la même : la démission de l’ensemble des dirigeants du pays, à tous les échelons de pouvoir, des communes à l’État central.

Tout a commencé mercredi dernier, à Tuzla, une grande ville industrielle du centre du pays, avec la manifestation de 600 chômeurs vite rejoints par les travailleurs d’usines privatisées au cours de la dernière décennie et placées en liquidation par leurs repreneurs. L’appel à la mobilisation a aussi couru sur les réseaux sociaux, rameutant des milliers de jeunes révoltés : le chômage touche officiellement plus de 40 % de la population active – encore plus chez les jeunes, qui n’ont souvent pas d’autre option que de s’exiler à l’étranger.

Les manifestants dénoncent des dirigeants politiques corrompus et totalement discrédités, quels que soient les partis politiques. Ils dénoncent les vols commis au nom de la « transition » économique et l’accaparement des ressources publiques par quelques-uns, réclamant une remise à plat de toutes les privatisations menées depuis vingt ans. Jamais un tel programme social n’avait été formulé par un mouvement aussi puissant dans tout l’espace post-yougoslave.

Le mouvement dépasse les barrières ethniques.

Les dirigeants politiques semblent débordés et la plupart sont aux abonnés absents depuis plusieurs jours. Vendredi, les gouvernements des cantons de Tuzla et de Zenica-Doboj ont démissionné, tandis que le premier ministre du canton d’Una-Sava s’enfuyait à l’étranger avec sa famille… Samedi, le haut représentant international en Bosnie, l’Autrichien Valentin Inzko – sorte de gouverneur chargé de veiller au respect des accords de Dayton –, a évoqué la possibilité de faire sortir les troupes de la mission européenne Eufor si la situation « échappait à tout contrôle », mais cette perspective pourrait plutôt radicaliser le mouvement.

Alors que quelques timides manifestations ont aussi eu lieu en Republika Sprska, l’entité serbe du pays, notamment à Prijedor et à Banja Luka, le mouvement en cours dépasse toutes les barrières nationales et ethniques. Les manifestants réclament d’ailleurs l’abolition des cantons et des divisions administratives – une revendication qui inquiète beaucoup les nationalistes de tous les camps, notamment les dirigeants de Republika Srpska, qui étaient convoqués ce dimanche à Belgrade. Sur les murs incendiés du siège du canton de Tuzla, un slogan est apparu vendredi : « Mort au nationalisme ! »

Depuis ce week-end, l’hypothèse d’un « printemps des Balkans » prend même corps. Un groupe Facebook intitulé « La Bosnie a commencé, allons-y aussi » appelle à des manifestations en Croatie, pays qui a connu de puissants mouvements sociaux ces dernières années. C’est en Croatie que l’on trouve les syndicats indépendants les plus forts et la gauche radicale la plus structurée de la région. Un appel à un « rassemblement de solidarité avec le peuple de Bosnie-Herzégovine », lundi midi, à Belgrade, court également sur les réseaux sociaux.

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