Contre les expulsions des élèves sans papiers

Par Mahamadou Tounkara, 19 ans. 

Le 19 novembre 2013, le JT de France 2 titrait l’un de ses reportages : « Le lycée des clandestins », un titre racoleur qui stigmatise à nouveau les jeunes vivant en situation irrégulière.

Quand on parle des élèves sans papiers, on doit s’imaginer une vie bien différente de celle véhiculée par les idées reçues. Sans ressources financières, avec des galères de logement, il faut lutter à tout moment contre l’isolement social. Le fait d’être sans papiers est un handicap qui joue sur le moral. Avant d’être considéré comme un être humain, on est avant tout une étiquette ou un chiffre dans les statistiques de l’immigration. Lutter pour subvenir à ses besoins n’est pas un délit, ni un crime, nous semble-t-il.

Lorsque France 2 a souhaité illustrer cette problématique au cours d’un reportage, les auteurs n’ont pas hésité à afficher cette image de criminel que nous devons porter chaque jour. Il est difficile de bien se rendre compte des difficultés quotidiennes. Un simple rendez-vous à la préfecture peut être un véritable parcours du combattant. J’ai été trop souvent au centre de réception des étrangers pour obtenir un rendez-vous. Une fois la date obtenue, encore six mois d’attente. Et après ? On te dit d’attendre encore un courrier. À la question « Pourquoi ? » on te répond : « T’as pas de famille en France… » Encore un rendez-vous qui n’a servi à rien.

Nous sommes des victimes de l’injustice sociale. Il faut sortir des clichés. Parmi ces jeunes, certains sont motivés, ne causent jamais de problème et sont là pour réussir et s’intégrer. Ils seront un jour employés dans ce pays qu’ils ont choisi, et on ne leur donne jamais la chance de réussir. De quoi nous briser le cœur. Malgré toutes les mobilisations, le gouvernement ne change pas la loi pour ces lycéens. Et depuis le début de l’année, les OQTF (obligations de quitter le territoire français) pleuvent.

Mais heureusement, des associations nous aident et nous donnent le courage de pouvoir poursuivre nos formations. C’est le cas de RESF (Réseau Éducation sans frontières). Ses membres nous soutiennent et nous permettent de ne pas perdre espoir en organisant des parrainages républicains. L’administration ne ferait-elle pas bien de donner aux jeunes souhaitant se former, un avenir possible en France, puisqu’ils participent eux aussi à la construction de ce pays ? Répondre à cette question fera de la France un pays en accord avec ses principes : liberté, égalité, fraternité.

texte publié dans l’Humanité, 16 décembre 2013

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