Nouvelle audience pour les Chibanis de la SNCF

Contractuels toute leur vie, parce qu’ils n’avaient pas la nationalité française, ces cheminots de seconde zone n’ont jamais eu accès aux examens, aux soins, aux tarifs préférentiels pour voyager…
Il s’agit du 4e groupe de cheminots Chibanis sur 15 à passer devant le tribunal des Prud’hommes du 10e arrondissement de Paris. Au total, ils sont 850 pour une série de procès qui se révèle être sans fin. Cet après-midi, ils étaient 27 sur le banc à réclamer l’égalité des droits dans leur carrière de cheminots. Et aujourd’hui, surtout dans leur retraite.
Ces Chibanis ont été recrutés au Maroc dans les années 70, et pour certains, plus rares, en Algérie. Il existait à l’époque une convention de main d’œuvre entre les deux pays et la France. En signant leur contrat, les cheminots marocains et algériens ne savaient pas encore qu’ils allaient être « condamnés » à rester des contractuels toute leur vie et à ne jamais devenir des cadres permanents.

« Des cheminots de seconde zone, catégorie PS25, parce qu’ils n’avaient pas la nationalité française », explique l’avocat. L’accès aux examens, aux soins, aux tarifs préférentiels pour voyager… tout cela leur était refusé. Des sous-discriminations au cœur de la discrimination.

22 ans sur les voies ferrées du 77

« C’est très simple, c’est une affaire de discrimination », annonce d’emblée Maître Leopold Mendès, qui s’occupe de la totalité des dossiers des cheminots Chibanis. Juste derrière l’avocat, il y a Lahcen Khlifi. Il touche aujourd’hui 1 300 euros nets de retraite alors que ses collègues français, à poste équivalent et ancienneté égale, perçoivent 1 700 euros nets. Non sans humour, il dit avoir « pris le train en marche » puisqu’il a rejoint la procédure il y a deux ans.

22 années passées à entretenir les voies de chemin de fer de la Seine-et-Marne, techniquement, Lahcen Khlifi aurait dû partir à la retraite fin 2013. Mais il a choisi un départ volontaire à la retraite proposée par la SNCF en 2008, qui s’est ensuite révélé être « un licenciement déguisé ». Depuis 3 ans, il a la nationalité française, « trop tard »…

Pas plus d’une demi-heure par plaidoirie…

27 têtes grises écoutent, attentifs et impassibles, leur avocat et celui de la partie adverse parler de leur histoire, de leur vie de travail et de l’inégalité de traitement dont ils ont tous fait l’objet pendant plus de 40 ans pour certains.

L’audience aura duré plus d’une heure et demie pendant laquelle les différents acteurs de ce procès auront tenté de « faire le tour d’un problème complexe ». « Une demi-heure pour chaque partie, pas plus », prévient le président du tribunal, déjà fatigué.

« Une questions de principe »

Alors il faut aller à l’essentiel, ne plus perdre de temps. Les avocats s’écharpent sur l’idée de prescription des faits. L’avocat de la SNCF tourne le dos à son adversaire, ricane puis scrute de temps en temps la salle, avec un air menaçant, comme pour tenter de calmer le mécontentement silencieux des Chibanis.

Certains ne sont d’ailleurs pas là, ils sont depuis décédés. Leurs ayants droit les relaient donc sur le banc du tribunal. La procédure a été engagée en 2001. « Du tribunal administratif, ils se sont ensuite fait balader aux Prud’hommes », analyse Radouane de l’association Droit à la différence, qui « défend les salariés de la SNCF et qui l’ouvre sur des sujets que la direction veut tenter d’étouffer ».

Depuis les Prud’hommes, il y a eu 4 renvois en départage, c’est-à-dire que l’affaire va se retrouver entre les mains d’un juge professionnel. Cette fois encore, c’est la direction que semble prendre le tribunal du 10e arrondissement de Paris. Jugement rendu le 23 mai.

Fatigués, les Chibanis le sont aussi. « On est des vieux schnocks », ironise Lahcen Khlifi, bientôt 63 ans, « mais c’est une question de principe, on ira jusqu’au bout ! ».

Chloé Juhel

http://www.lecourrierdelatlas.com/467630042013Nouvelle-audience-pour-les-Chibanis-de-la-SNCF.html

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