Malgré les pressions, des lycéens continuent à réclamer le retour de Leonarda

Raison d’état oblige, il fallait cesser de voir et d’entendre Leonarda.  Et ce pour que le président socialiste François Hollande, élu sur un  programme bien différent, puisse continuer « l’oeuvre » de son prédécesseur Nicolas Sarkozy en matière d’expulsions à tour de bras de  jeunes étrangers scolarisés en France vers des pays aussi « sûrs » que le Kosovo.

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Après un engouement médiatique exagéré, presse, télévisions et radios se sont détournées tout aussi brutalement de l’adolescente Rom, expulsée vers un pays qu’elle ne connait pas et qui a été créée de toute pièce à coups d’interventions armées internationales.

Qui se souvient encore aujourd’hui de Leonarda ? Le chef de l’Etat sans doute et son ministre de l’Intérieur Manuel Valls dans leurs cauchemars. L’affaire Leonarda est « définitivement derrière nous », a martelé le 23 octobre la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.
 Mais des lycéens, des jeunes à peine plus âgés que Leonarda, ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont repris les manifestations pour son retour après les vacances scolaires. Et ce, malgré la pression du ministère de l’Education, des proviseurs et malgré les médias qui écrivent avant même toute manifestation que le mouvement « s’essouffle ».

Inlassablement, des lycéens continuent à demander le retour de Leonarda Dibrani, 15 ans, expulsée le 9 octobre du Doubs vers le Kosovo après avoir été interpellée par la police lors d’une sortie scolaire, et de Khatchik Kachatryan, 19 ans, lycéen à Paris, expulsé le 12 octobre vers l’Arménie.

A Paris, le 7 novembre, de  600 (selon la police) à un millier de lycéens selon le syndicat lycéen Fidl, ont défilé sans incident aux cris de « nous sommes tous des enfants d’immigrés » et de « lycéens en colère, on va pas se laisser faire ». Dans les cortèges, les jeunes disent avec leurs mots ce que certains adultes peuvent ressentir viscéralement: « c’est dégueulasse d’arracher comme ça des jeunes à la vie qu’ils avaient construit ici ».

Des militants du Parti de gauche, du syndicat d’enseignants Snes et du Réseau éducation sans frontières (collectifs de parents, enseignants, associations…) ont également continué à appeler à la mobilisation.       Selon le rectorat de Paris, le 7 novembre, une dizaine de lycées – sur une centaine – ont été temporairement perturbés.

Les manifestations réunissent quelques centaines de lycéens, contre quelques milliers avant les vacances de la Toussaint. Mais elles sont aussi plus fortement réprimées.    A Saint-Ouen, au nord-ouest de Paris, un accrochage devant le lycée Auguste Blanqui a opposé jeunes et policiers qui voulaient retirer des barrières dont la position avait été « jugée dangereuse ». Des élèves, qui cherchaient à les en empêcher, ont été aspergés de gaz lacrymogène, et l’un d’eux a été brièvement hospitalisé après avoir perdu connaissance. Une enquête « sur les conditions d’intervention des forces de police et d’usage de gaz lacrymogène » a été confiée par le parquet à la délégation parisienne de l’IGPN, la « police des polices ».

En province, quelques centaines de lycéens ont manifesté dans le centre ville de Rennes. A Albi, selon la police, des élèves du lycée Rascol ont fait le tour des autres lycées albigeois pour former un cortège d’environ 300-400 personnes.
A Besançon, capitale de la région Franche-Comté où Leonarda habitait, une centaine d’étudiants et de lycéens ont défilé avec des banderoles proclamant « Sabotons la Valls des expulsions ».     Le 5 novembre, d’autres manifestations avaient eu lieu à travers la France. De 1000 à 2000 personnes s’étaient notamment réunies à Paris sous une forte pluie et entourée d’une imposante présence policière. « C’est pas énorme, mais il y a des raisons: répression des proviseurs, bac de sport, inscription au bac… », a avancé Lucas Ravaud, du mouvement interlycéen indépendant. 
   Au niveau national, 10.000 lycéens se sont mobilisés « par solidarité sous différentes formes d’actions » selon la Fidl.
   Des manifestants portaient un autocollant rouge en forme de coeur « L’humain d’abord », slogan du Front de gauche, tandis que les jeunes scandaient « 1ère, 2e, 3e génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés ».
     Selon le rectorat de Paris, 18 lycées – sur une centaine – ont été « perturbés ». mardi 5 novembre tandis que la Fidl a recensé 30 lycées « lourdement perturbés » dans la capitale et d’autres en banlieue.
A l’entrée du lycée Turgot, des élèves scandaient « Non aux expulsions » ou « On veut quoi? Le changement maintenant », allusion ironique au slogan de campagne de François Hollande.
   La veille, le lundi 4 novembre,  le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, qui avait dans un premier temps soutenu le mouvement d’indignation causé par les conditions d’arrestation de Leonarda, avait appelé les jeunes à éviter de recourir à « la violence et au blocus », affirmant que « leur émotion légitime » avait été « entendue » avec une circulaire permettant de « sanctuariser l’école et le périscolaire ».
   Mais les manifestants continuent à réclamer une loi moins répressive à l’égard des jeunes étrangers scolarisés en France et notamment leur régularisation.
« Il y a l’école qui reprend en France, donc j’ai envie de rentrer (…). Avec ma soeur si je reviens, au moins je serai dans une famille d’accueil », a déclaré le même jour Leonarda après avoir beaucoup hésité à rentrer sans sa famille.
   Placée dans une situation intenable pour une jeune fille de 15 ans par la proposition controversée du chef de l’Etat, elle avait auparavant assuré de ne pas vouloir regagner la France sans ses parents, qui ont déposé un recours pour obtenir un titre de séjour. 
 Le 24 octobre, le Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF) a par ailleurs déposé plainte contre Manuel Valls devant la Cour de justice de la République (CJR) dans l’affaire Leonarda pour « mise en péril de mineurs ».

http://www.depechestsiganes.fr/?p=8279

 

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