Le Conti Xavier Mathieu licencié

Le Républicain Lorrain, 24 octobre 2013 :

«ils veulent me mettre plus bas que terre. Il n’y a que ça qui compte pour eux. » Xavier Mathieu est remonté, comme souvent. Il est surtout écœuré. Hier après-midi, le leader charismatique était convoqué au siège social de Continental, à Sarreguemines. Pour être (une nouvelle fois) licencié. Mais il n’y a pas mis les pieds.

« Je ne vois pas pourquoi je me déplacerais, lâche, la voix posée, le délégué syndical CGT. On m’a pris mon job en 2011. On ne m’a jamais rendu ni mon contrat de travail ni mes mandats au CE. On marche sur la tête. Avant de nous divorcer, il faudrait peut-être être mariés, non ? »

Dialogue de sourds

La situation est ubuesque. Xavier Mathieu fait partie des 22 salariés protégés pour lesquels le tribunal administratif d’Amiens a invalidé le motif économique du licenciement en février. La direction de Conti a fait appel auprès de la cour de Douai. « La situation juridique est complexe, reconnaît Thierry Thomas, DRH. Le tribunal a remis en cause la décision de l’inspection du travail et a donné aux 22 salariés la possibilité de demander leur réintégration. Xavier Mathieu ne l’a pas fait. » Mais le leader syndical, inscrit aujourd’hui à Pôle emploi, ne l’entend pas de cette oreille. « A quoi sert la justice ? Elle a annulé les licenciements. La loi est faite par et pour les puissants, ça saute aux yeux. »

Deuxième hic : Continental a proposé deux postes en Moselle-Est à Xavier Mathieu… qu’il aurait refusés. « Nous avons échangé avec lui plusieurs courriers, avance le DRH. Comme le site de Clairoix est aujourd’hui fermé, il me fallait lui proposer un autre emploi, dans la société la plus proche (autrement dit à Sarreguemines), sur un poste équivalent. Je lui ai proposé deux emplois de confectionneurs de pneus. Il a répondu qu’il n’était pas intéressé. »

Là non plus, Xavier Mathieu n’est pas d’accord. « C’est du grand n’importe quoi. Je suis venu à Sarreguemines. Je n’ai jamais refusé un poste. Ils m’ont dit que je n’étais pas capable de travailler sur une machine. C’est bizarre. Mes collègues ont été réintégrés à Clairoix. Moi, non. Je paie les pots cassés. »

Affaire de gros sous

Mais derrière ce dialogue de sourds se cache… une affaire de gros sous. Si Xavier Mathieu est licencié pour ce motif, il devra rendre ses indemnités, plus de 80 000 €. « N’est pas créancier qui croit, affirme Thierry Thomas. Nous avons examiné cette situation avec nos avocats. Si nous devons payer les arriérés de salaires, sur deux ans, il devra nous rendre près de 100 000 €. » Le leader CGT prévient : « Je serai le seul ouvrier licencié sans aucune indemnité. Je me retrouve dans la situation d’une femme violée, dont on dit qu’elle était aguicheuse. Mais la victime, c’est moi. Ce sont eux les criminels. Ils ont semé la misère dans toute la région. Pour nous, les petits, la justice ne sert à rien. »

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