Salaires, carrières : les femmes discriminées au sein de l’Education nationale

Une femme enseignante gagne en moyenne 171 euros de moins que ses collègues du sexe masculin et accède moins facilement aux postes les plus courtisés.

"Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. Les femmes doivent faire pencher ce rapport de force en leur faveur", tranche Mariette Sineau.

« Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. Les femmes doivent faire pencher ce rapport de force en leur faveur », tranche Mariette Sineau.

Le métier d’enseignant se féminise, mais les hommes peuvent dormir tranquilles: les meilleures places leur sont toujours réservées.

Voyez plutôt : 66,1% des quelque 775 425 enseignants du secteur public en France sont des femmes, selon les statistiques du ministère pour l’année scolaire 2012-2013. Elles représentent 82,2% des professeurs des écoles et 62% des certifiés du secondaire.  

Elles sont bien moins présentes dans les rangs des agrégés (51,4%) et même minoritaires parmi les professeurs de chaire supérieure (32%), deux fonctions plus prestigieuses et mieux rémunérées. Résultat : tous corps confondus, le traitement indiciaire mensuel -la « base » du salaire d’un fonctionnaire- des femmes est inférieur de 171 euros à celui des hommes (-6,35%).  

>> Infographie : en France, une prof gagne en moyenne 171 euros de moins que ses collègues masculins

Discrimination? Difficile d’être catégorique: « Il y a par exemple des proportions entre certifiés et agrégés qui diffèrent selon les disciplines, nuance Anne Féray, secrétaire nationale du Snes-FSU, syndicat d’enseignants du secondaire. Et les plus favorisées sont aussi les plus masculines : la philosophie, les matières scientifiques… Les professeurs de chaire supérieure, eux, sont un cas un peu particulier puisqu’il s’agit d’agrégés qui exercent en classe préparatoire et là aussi, les sciences sont surreprésentées. »

Ce problème dépasse l’Education nationale, observe Mariette Sineau, directrice de recherche CNRS au CEVIPOF et auteure de travaux sur le genre et la politique: « Cette inégalité face aux postes de pouvoir existe plus largement dans la vie socioéconomique et politique. Par exemple, 35% des conseillers municipaux sont des femmes contre seulement 14% des maires. Les femmes sont socialisées différemment, on les oriente plus largement vers les filières littéraires alors que les filières scientifiques sont plus rémunératrices. » 

Reste que les inégalités s’observent même à poste équivalent. Un professeur certifié gagne ainsi en moyenne 60 euros de plus que ses collègues du sexe féminin. Injuste? « Plus on monte, plus on gagne », nous rétorque-t-on au ministère, qui pointe la relative jeunesse du personnel féminin pour expliquer cette différence de traitement: « Les femmes sont en moyenne plus jeune, ce qui fait baisser la moyenne des salaires. » Problème: le décalage est si mince (42,3 ans d’âge moyen contre 43,4 ans chez les certifiés, par exemple) qu’il ne suffit pas à expliquer les disparités, selon plusieurs sources.

En grattant un peu, d’autres explications apparaissent. « Les jurys de concours sont souvent majoritairement masculins et tendent à reproduire des stéréotypes. Voilà comment on aboutit à une oligarchie dominante d’hommes, analyse Mariette Sineau. Il faut du temps pour faire bouger les lignes. » Et d’avertir: « Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. Les femmes doivent faire pencher ce rapport de force en leur faveur. » 

Les femmes sont par ailleurs moins nombreuses dans les fonctions d’encadrement. En 2012-2013, elle représentent 73,8% des directeurs d’écoles alors qu’elles occupent 82,2% des postes de professeur des écoles. « Les hommes, quand ils se trouvent dans un secteur féminisé, cherchent à occuper les emplois d’encadrement », note Marlaine Cacouault, auteur de La direction des collèges et des lycées: une affaire d’hommes? (L’Harmattan, 2008). « C’est la place des femmes dans la société qui est en jeu et pas seulement dans l’Education nationale », juge cette professeure de sociologie à l’Université de Poitiers

Côté salaires, « les barèmes sont censés assurer une forme d’égalité mais il y a des éléments qui créent des différences, glisse Anne Féray. Les hommes bénéficient d’un avancement plus rapide que les femmes. Des observations partielles sur le terrain tendent à le confirmer, même si nous ne disposons pas d’étude nationale assez précise pour être catégoriques. »

Les mécanismes d’avancement sont par ailleurs pour partie subjectifs: « L’appréciation de la hiérarchie est de plus en plus forte sur les promotions, poursuit la syndicaliste. Les femmes sont plus souvent à temps partiel –à 14,6% contre 4,7%, ndlr, cela s’explique par la maternité et par le besoin d’être disponible pour aider leur famille, notamment à un parent âgé, en fin de carrière. Elles renvoient de ce fait une image de personne moins disponible pour sa carrière qui fausse leur évaluation. »

Au-delà du traitement indiciaire, d’autres modes de rémunérations léseraient les femmes, comme les heures supplémentaires et l’indemnité pour fonctions d’intérêt collectif (IFIC) mise en place en 2011. Ces deux sources de revenus varient d’un enseignant à l’autre mais là aussi, aucune statistique officielle n’existe. Le ministère pourrait cependant publier des données sur les IFIC dès l’année prochaine, selon les syndicats. L’Education nationale, qui prône l’égalité des filles et des garçons à l’école, l’appliquera-t-elle à ses employés?

http://www.lexpress.fr/education/salaires-carrieres-les-femmes-discriminees-au-sein-de-l-education-nationale_1291943.html#mWgU3o62RBRJJg2x.99

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