Les murs de la honte de l’Union Européenne

Article publié par l’Initiative Communiste-Ouvrière :

Selon les ONG, 20.000 réfugiés et migrants sont morts ces vingt dernières années en tentant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Union Européenne. Généralement, on ne trouve pas la moindre ligne sur ces morts dans les journaux, et voilà, qu’après les drames récents survenus aux larges de Lampedusa et de Malte, politiciens de droite et de gauche s’émeuvent et versent des larmes de crocodile sur ce qu’ils appellent un « drame de l’immigration ». Comme le notait déjà Rosa Luxembourg, « Le prolétaire ne peut attirer sur lui l’attention de la société qu’en tant que masse qui porte à bout de bras le poids de sa misère. Même le dernier d’entre eux, le vagabond, devient une force publique quand il forme masse, et ne formerait-il qu’un monceau de cadavres. ».

Mais les larmes de crocodile ne sont pas encore séchées que les discours aux relents humanistes redeviennent la froide et inhumaine politique raciste de l’Union Européenne et de sa guerre contre les migrants et les réfugiés. Grand prince, l’Etat italien va accorder la nationalité italienne aux victimes du naufrage de Lampedusa, et même leur offrir ce qu’il refuse aux migrants vivants, un petit coin de terre pour les enterrer. Il est vrai que cette généreuse symbolique vis à vis de cadavres revient moins cher que de rapatrier les corps auprès de leurs familles restées sur la corne de l’Afrique. Pour les survivants, par contre, c’est la matraque des politiques xénophobes : une amende pour immigration illégale suivie de l’expulsion.

Rarement un régime n’aura autant érigé l’hypocrisie comme principe politique que les démocraties bourgeoises d’Europe. C’est l’hypocrisie de la dame patronnesse qui verse aux bonnes œuvres pour les pauvres tout en vivant dans un luxe insolent obtenu grâce à l’exploitation des ouvriers, aux salaires qui ne permettent pas de survivre, et aux licenciements de milliers de travailleurs jugés « pas assez rentables ». C’est l’hypocrisie des envolées lyriques des campagnes électorales qui n’ont pas plus d’application réelle que les mensonges publicitaires. C’est l’hypocrisie des beaux discours contre la misère tout en menant des politiques qui condamnent chaque jour des milliers de familles ouvrières au chômage et à la pauvreté. C’est l’hypocrisie des « guerres pour la démocratie », alors que les Etats européens, non seulement vendaient encore hier des armes aux pires dictatures, s’émeuvent ensuite qu’elles soient utilisées pour réprimer, mais ont aussi, par exemple, financé le régime Khadafi pour qu’il ouvre des camps de concentration pour les migrants refoulés aux frontières de l’Europe ; l’hypocrisie des gouvernants français qui dénoncent par la parole les crimes d’Al-Assad mais refusent d’accueillir ne serait-ce qu’un millier de réfugiés syriens. Et c’est encore cette hypocrisie qui s’étale jusqu’à la nausée sur les cadavres de Lampedusa et de Malte.

Car les drames des naufrages au large de Lampedusa et de Malte, comme tous les autres drames qui transforment la Méditerranée en cimetière, ne sont pas des « tragiques fatalités », c’est le résultat d’une politique délibérée qui vise à faire de la Méditerranée, qui a toujours été un carrefour d’échange entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie, une frontière infranchissable.

C’est une politique délibérée que de condamner pour « aide à l’immigration irrégulière » les pêcheurs et autres marins qui portent secours aux sans-papiers naufragés au large de la Sicile. C’est une politique délibérée que de multiplier par quinze en cinq ans le budget de Frontex (le système de surveillance aux frontières européennes) alors que, partout en Europe, on baisse les budgets pour l’éducation, la santé, les services sociaux et autres services publics utiles à la population. C’est encore une politique délibérée de criminaliser l’immigration, d’aller chasser les enfants sans-papiers dans les écoles, et de laisser, dans la plupart des villes de France, des centaines de réfugiés et demandeurs d’asile crever de froid ou de faim.

C’est, enfin, une politique délibérée de surfer sur les discours racistes du Front National comme Valls récemment vis-à-vis des Rroms ou cette vieille phrase de Rocard comme quoi « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Ces discours nationalistes n’empêchent pas, par ailleurs, les capitalistes français de profiter de la force de travail bon marché (comme les nombreux centres d’appels situés au Maghreb), des richesses minières (comme Areva pour l’uranium ou Total pour le pétrole) des pays d’Afrique ou d’Asie. Et, en France comme ailleurs, ils servent à diviser notre classe sociale entre « nationaux » et « immigrés », voir entre immigrés de la deuxième et de la troisième génération, entre « légaux » et « illégaux », comme ils cherchent par ailleurs à nous diviser entre travailleurs au chômage et travailleurs en activité ou entre salariés du public et salariés du privé.

Au même titre que les sans-abris qui meurent de misère chaque hivers au pied des boutiques de luxe des capitales européennes, des travailleurs, avec ou sans emploi, qui se suicident n’en pouvant plus de leurs conditions de vie et de travail, des victimes d’accidents de travail, les naufragés de Lampedusa et de Malte sont bien victimes d’un même système, celui d’un régime, le capitalisme, qui n’a que faire des êtres humains tant qu’il peut assurer son taux de profit. L’odieux régime responsable de ces horreurs doit être détruit, la classe bourgeoise et l’Etat à son service doivent être renversé. Et c’est à la classe ouvrière qu’il revient de mener cette révolution pour créer une société où chaque être humain, où qu’il vive et où qu’il soit né, puisse bénéficier des formidables progrès techniques, scientifiques et culturels dont dispose l’humanité.

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Une réponse à “Les murs de la honte de l’Union Européenne

  1. C’est bien de s’émouvoir devant cette misère et ces catastrophes ,mais ce serait mieux de proposer des solutions .

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