Alcatel-Lucent : l’amertume des salariés du site d’Orvault

« Je n’ai pas fait des études d’ingénieur pour rester assis sur un bout de bitume ! « Comme ses collègues, Thierry Rambaux est amer. Sonné. Les 510 salariés du site Alcatel d’Orvault, près de Nantes, en Loire-Atlantique, entament leur deuxième journée de grève, mercredi 9 octobre, après avoir reçu la veille un énième coup de massue. Sans doute le dernier.

Les salariés d'Alcatel Lucent du site d'Orvault, le 9 octobre.

Les salariés d’Alcatel Lucent du site d’Orvault, le 9 octobre.

La direction du groupe de télécom Alcatel-Lucent a en effet annoncé la fermeture de deux sites, à Rennes et à Toulouse, et la cession d’ici à fin 2015 de trois autres sites, dont celui d’Orvault. Le plan Shift prévoit au total 10 000 suppressions de poste dans le monde, dont 900 en France.

SIX PLANS SOCIAUX DEPUIS 2007

« Nous avons connu six plans sociaux depuis 2007, on commence à être habitués », se désole Stéphanie Louet, déléguée CFDT, à Orvault depuis vingt ans. Si les salariés étaient nombreux à attendre un « ajustement », peu avaient misé sur une cession pure et simple du site. Cette annonce a donc été vécue comme une véritable « surprise » par tous les salariés, choqués par « l’ampleur d’une l’annonce que rien ne justifie « , mais surtout par « l’incohérence du discours la direction »,explique Gilles Rosse, 50 ans.

Le patron d’Alcatel-Lucent, Michel Combes, a notamment déclaré vouloir concentrer les efforts du groupe franco-américain sur le très haut débit mobile, la 4G. Or, « la moitié des salariés d’Orvault travaillent sur la 4G, que tous les opérateurs français lancent en ce moment même ! », peste Gaël Vincent, délégué CFDT et président de la commission économique du CCE Alcatel-Lucent France.

LE CAMPUS DIGITAL, « UN ÉCRAN DE FUMÉE »

Réseaux IP, 4G, … le site d’Orvault ne concentre que des activités de haute technologie, et compte 95 % de cadres. « Les télécoms sont un marché porteur, c’est incompréhensible que les dirigeants empilent les plans sociaux sans résultats concrets depuis des années ! », ajoute Thierry Rambaux. Environ 200 ingénieurs travaillent sur le site, et une partie d’entre eux pourraient être mutés à Lannion, dans les Côtes-d’Armor, ou à Villarceaux, le bateau amiral, dans le Val-d’Oise. Une perspective qui n’enchante guère les salariés, comme Eric Entressangle, 39 ans, bien « ancré dans la région » depuis son arrivée en 2001.

Les autres employés seraient reclassés dans un « campus digital » évoqué par Michel Combes, avec « l’ouverture du site à de nouvelles activités et investisseurs afin d’y pérenniser l’emploi ». « Un écran de fumée, tranche Stéphanie Louet. Ce sont juste des effets d’annonce, mais il n’y a strictement rien derrière. »  « Rien n’est défini pour l’instant, c’est le flou total », abonde Hubert Lebrin, 58 ans. « Si la direction nous dit que Thalès reprend le site, là ok. Mais ce n’est pas le cas, et cela ne risque pas d’arriver. »

RECLASSEMENT DIFFICILE

A 55 ans, Thierry Rambaux, qui a commencé sa carrière il y a trente-trois ans chez Alcatel, alors « un fleuron de l’industrie », ne pense pas pouvoir se « reclasser facilement »Il se félicite toutefois de la solidarité de tous les salariés du site d’Orvault, ainsi que du soutien unanime des élus locaux, qui ont dénoncé mardi les promesses non tenues des dirigeants d’Alcatel, lesquels s’étaient encore engagés en janvier dernier à « maintenir le site d’Orvault à court et moyen terme ».« On nous a assuré que ce site avait du potentiel, et aujourd’hui il, ne vaut plus rien ! Ça me révolte, ce n’est pas acceptable »a ainsi tempêté le maire PS de Nantes, Patrick Rimbert.

Lire : « Alcatel-Lucent : le bras de fer commence »

Une réunion des syndicats avec la direction est prévue le 23 octobre prochain, mais les salariés souhaitent la repousser à début novembre. Ils rencontreront demain le préfet avant de se rendre à la manifestation nationale prévue le 15 octobre prochain à Paris, en espérant que la mobilisation ne s’essouffle pas chez des salariés peu habitués à battre le bitume. Pour Daniel Rondeau, secrétaire général de la CGT, « il faudra faire l’effort de ne pas travailler ».

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/09/alcatel-lucent-l-amertume-des-salaries-du-site-d-orvault_3492831_3234.html

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