Afrique du Sud : la police n’a pas dit toute la vérité sur la tuerie de Marikana

RFI, 20 septembre 2013 :

En Afrique du Sud, la police aurait menti au sujet des circonstances de la « tuerie de Marikana » en août 2012. A l’époque, la police avait tiré sur des mineurs qui manifestaient à Marikana pour une hausse de leur salaire. Trente-quatre mineurs étaient morts. La police avait invoqué la légitime défense, accusant certains mineurs d’être armés. Depuis, une commission d’enquête, mise sur pied par le gouvernement, est chargée de faire la lumière sur cet incident et d’établir les responsabilités. Et après des mois d’audiences, jeudi, cette même commission a fait savoir qu’elle avait de nouveaux documents indiquant que la police n’a pas dit toute la vérité.

La commission dit avoir obtenu l’accès informatique à des disques durs appartenant à des membres de la police. Sur ces disques durs, elle a pu récupérer des documents que la police affirmait ne pas détenir. Mais aussi des pièces qui sembleraient avoir été falsifiées et même fabriquées après les événements. On n’a pas accès à ces documents, mais apparemment il s’agirait de vidéos et de photos qui incrimineraient les forces de sécurité.

Par exemple, une vidéo avec des mineurs morts et les mains attachées dans le dos. Il y aurait également des photos de victimes allongées par terre sans armes, et quelques heures plus tard, les mêmes photos sont prises avec des armes autour des corps. Bref, des documents qui, pour la commission, « prouvent que la version de la police sur les événements de Marikana ne correspond pas à la vérité ». La commission n’utilise pas le mot mentir, mais on n’en est pas loin.

La police affirme avoir agi en légitime défense…

La police a accusé certains mineurs d’être armés de couteaux et de machettes. La chef de la police nationale Riah Phiyega n’a jamais admis la moindre responsabilité des forces de sécurité. Et à ce jour, aucun policier n’a été inquiété pour la mort de ces 34 mineurs. Et pourtant les premières auditions avaient déjà révélé que certaines victimes avaient été poursuivies et abattues dans le dos par des policiers.

… et regrette la méthode utilisée par la commission

Ce vendredi matin, la police a simplement publié un communiqué regrettant de ne pas avoir pu clarifier ces informations avant qu’elles ne soient rendues publiques. Elle regrette la méthode utilisée par la commission. Et rappelle que cette commission est censée être neutre. La police ajoute qu’elle sera prête à répondre à toutes les questions mercredi prochain quand la commission reprendra ses audiences.

Le mutisme de la classe politique

Ce qui est plus étonnant, c’est le manque de réaction du monde politique. Il n’y aucune réaction du gouvernement, du parti au pouvoir, l’ANC, de la Cosatu, la principale confédération syndicale. Ni même du parti de Julius Malema, que RFI a eu en ligne cet après-midi. Il y a un silence total sur cette affaire.

Ce qui dérange, ce sont les liens entre la police et la compagnie minière Lonmin qui détient le site de Marikana et le gouvernement et donc l’ANC. Le gouvernement paye les avocats qui représentent la police auprès de la commission. Les mineurs, qui n’ont pas les moyens d’avoir une représentation légale, accusent le gouvernement de prendre parti. Donc, il y a un conflit entre les deux et la Cosatu est déchirée entre son alliance avec le gouvernement et son devoir de défendre les travailleurs. RFI a également tenté de joindre tout au long de la journée AMCU (Association des mineurs et du bâtiment), le petit syndicat radical à qui appartenaient les mineurs, en vain. Seule l’Alliance démocratique de Hellen Zille, la maire blanche du Cap, s’est exprimée, disant qu’il s’agissait d’ « une des révélations les plus choquantes de notre démocratie ».

Quelles implications ces révélations vont-elles avoir ?

On est passé d’un débat sur « y a-t-il eu légitime défense ? » à « y a-t-il eu tentative de dissimulation ? Et si c’est le cas, qui en a donné l’ordre ? Jusqu’où remonte la responsabilité ? »

Cette affaire met en cause l’intégrité et l’honnêteté du haut commandement de la police sud-africaine. La semaine dernière, la commission a auditionné le lieutenant-colonel Duncan Scott, qui était chargé des opérations policières pour contenir la manifestation de Marikana. Lors de son contre-interrogatoire, il a proposé le disque dur de son ordinateur à la commission. Et c’est là qu’auraient été trouvés certains documents qui n’avaient pas été apportés au dossier auparavant. Il semblerait qu’en faisant cela le lieutenant-colonel ait cherché à impliquer sa hiérarchie et de montrer que si manipulation il y a, cela vient de bien plus haut. La commission d’enquête va reprendre ses audiences la semaine prochaine.

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