Textile : les ouvriers cambodgiens remportent une bataille

Le Monde, 6 septembre 2013 :

Après le Bangladesh, le Cambodge est le théâtre d’importantes manifestations des ouvriers du textile. La dernière a porté ses fruits : 700 ouvriers voient leur licenciement annulé dans une usine fournissant Gap et H & M.

Comme au Bangladesh, le secteur du textile est vital pour le Cambodge. La confection emploie 650.000 personnes, représente 75 % de l’industrie du pays et 85 % de ses exportations. Autant dire que les Cambodgiens en quête de travail n’ont d’autre choix que d’œuvrer dans le textile. Les syndicats y sont certes plus puissants et mieux structurés qu’au Bangladesh. Mais ils n’ont pu éviter, récemment, la menace de licenciement de 720 ouvriers et la suspension de 500 autres décidées par l’usine SL Garment Processing, qui n’est revenue sur sa décision, vendredi, que sous la pression de la rue.

Détenue par le Singapourien SL International Holdings, cette usine, une des plus importante d’Asie, fournit notamment Gap ou H & M. Deux enseignes qui sont les plus grosses acheteuses de textile cambodgien, aux côtés de Levi’s et Zara. Pour protester contre ces licenciements, venus sanctionner des grèves survenues en août, 4000 ouvriers du textile avaient défilé jeudi dans les rues de Phnom Penh. L’objectif des manifestants était d’inciter le gouvernement du royaume à intervenir dans ce conflit. «Après une longue négociation, la compagnie a accepté de renoncer aux licenciements et permet à tous les travailleurs de reprendre leur travail aujourd’hui», a annoncé, victorieux, à l’AFP, un responsable syndical local. Mais ce succès ne suffira peut-être pas à empêcher d’autres manifestations. Au contraire, il pourrait même encourager d’autres travailleurs du textile à clamer leur mécontentement.

Sous-alimentation et évanouissements

61 % des ouvriers du textile cambodgiens travaillent pour des sociétés exportatrices qui fournissent de grandes marques internationales. Et ces dernières n’arrivent pas toujours à contrôler les méthodes managériales et sociales de leurs sous-traitants. Contacté par Le Figaro, H & M, qui ne possède aucune usine mais travaille avec plus de 800 fournisseurs, n’a pas souhaité s’exprimer, jeudi, durant les négociations, affirmant qu’elle n’y est pas impliqué directement.

Les manifestations se multiplient pour dénoncer, en particulier, des évanouissements collectifs, attribués à la sous-alimentation et au surmenage. Le problème est d’autant plus grave que 90 % des ouvriers du secteur sont des femmes, âgées en moyenne de 24 ans. L’Organisation internationale du travail (OIT) a indiqué, en juillet, que les conditions de travail s’étaient de nouveau détériorées. Le royaume a échoué à faire des progrès dans des secteurs clés comme la sécurité des ouvriers, la sécurité incendie et le travail des enfants.

Il y a deux ans, 200.000 personnes avaient été à l’origine d’immenses grèves. Grâce aux syndicats, le salaire minimum a déjà atteint 57 euros en avril contre 47 auparavant, mais bien en deçà des 215 euros dont une ouvrière et sa famille ont besoin pour vivre, rappelle-t-on à l’association Peuples solidaires. Elle a lancé, il y a peu de temps, avec le Collectif Éthique sur l’étiquette, un appel pour qu’un salaire vital soit accordé aux ouvriers cambodgiens.

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