L’école pour tous sauf exception

Essonne Info, 5 septembre 2013 :

Deux petites filles roms n’ont pas pu commencer l’année scolaire à Villebon-sur-Yvette, car la mairie anticipe déjà l’expulsion de leurs familles d’une usine désaffectée.

La rentrée scolaire est un moment – pas toujours facile – auquel chaque enfant en France a droit, la loi stipulant que la scolarité y soit gratuite et obligatoire. Une fois validées les formalités administratives – justificatifs d’identité, de domicile, et de vaccinations à jour -, l’élève fraîchement inscrit n’a plus qu’à entrer en classe.

Pourtant la municipalité de Villebon-sur-Yvette ne semble pas de cet avis : deux petites filles d’origine Rom, Maria-Valentina (6 ans) et Rebecca (8 ans), se sont vues refuser l’accès à l’école Les Casseaux en fin de semaine dernière par la mairie.

La raison ? Leurs parents sont attendus au tribunal d’instance d’Évry le 20 septembre prochain en vue d’une expulsion de l’usine désaffectée Galland où plusieurs familles Roms résident actuellement. « Le maire M. Fontenaille et son adjoint M.Gautier considèrent qu’il n’y a pas d’intérêt à scolariser ces enfants pour vingt jours si leur famille est ensuite expulsée, affirme Ophélie Guin, conseillère municipale d’opposition. Mais la décision de justice ne s’appliquera pas du jour au lendemain, ça peut durer plusieurs mois. C’est à se demander s’ils craignent que la scolarisation des enfants remettent en cause la procédure d’expulsion. »

Le choix de l’édile s’avère d’ailleurs être en contradiction avec les déclarations du Ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon le 27 août dernier : « Il faut que tous les enfants soient accueillis scolairement et il ne doit pas y avoir de rupture scolaire. Donc quand il y a des déplacements qui peuvent être tout à fait nécessaires de camps de Roms, il faut avant qu’ils aient lieu s’assurer que les enfants ne vont pas avoir de rupture de leur scolarité ».

Encore deux semaines d’attente

La situation est d’autant plus ubuesque que la sœur de la petite Maria-Valentina, Esmeralda, est elle-même inscrite à l’école depuis l’année dernière. « Le maire ne voulait pas inscrire les enfants Roms arrivés durant l’été il y a un an, mais il a fini par céder, rappelle la conseillère municipale. Cette année, ces enfants ont tous été scolarisés, mais on a refusé les deux fillettes en plus. S’ils étaient 30, je pourrais comprendre qu’il y ait des difficultés d’organisation, mais là, ça n’a rien de logique. »

Dominique Fontenaille, défend néanmoins sa position : «En vue de la comparution des familles Roms devant le tribunal d’Évry le 20 septembre, il ne nous est pas paru intelligent de les intégrer. Si la justice décide de repousser l’expulsion, nous les accepterons à l’école. En attendant, sauf obligation de l’inspection académique, nous nous refusons à les scolariser. » Selon le maire villebonnais, « les deux enfants dont nous avons refusé l’inscription sont arrivées plus tard sur le camp Rom que les douze élèves actuellement scolarisés à Villebon », semblant ignorer qu’une des petites filles a déjà une sœur inscrite dans une école de la ville.

« On ne comprend pas la réaction du maire, qui est pourtant quelqu’un d’attaché à l’éducation, continue Ophélie Guin. Les riverains se plaignent parfois de la présence des Roms à Villebon mais ce n’est pas vraiment lié à la scolarité. En général, les gens sont plutôt sensibles à la situation des enfants. » Pour Claude Peschanski, membre du collectif SAVALFERR (Solidarité à Villebon avec les familles et Roms et Roumaines), ce que fait le maire est « illégal. Si rien ne bouge, on va faire appel au préfet pour faire appliquer les lois. D’autres enfants Roms ont été scolarisés et leurs parents ne comprennent pas ce refus. »

Quelques jours pour rien ?

Les enfants Roms sont intégrés au sein d’une CLIN (Classe d’Initiation pour Non-francophones), destinée aux enfants qui viennent d’arriver en France, qui ne parlent français et qui parfois n’ont jamais été scolarisés. Cette classe d’initiation permet un suivi individuel d’un petit groupe d’élèves et de faciliter leur intégration via des activités avec les autres classes.

Sur les douze enfants de ce groupe, trois font partie d’une famille rom qui a été relogée par la municipalité. « Si les résidents de l’usine Galland sont expulsés, il est probable qu’on ferme cette classe, et que ces trois enfants soient replacés dans des classes traditionnelles, analyse la conseillère municipale.» . Le maire affirme pourtant vouloir pérenniser ce dispositif.

Quant aux autres, impossible de savoir où ils iront. Un terrain pourrait peut-être accueillir une famille entre Villebon et Palaiseau. « Des familles se retrouvent parfois à l’autre bout de l’île-de-France, regrette Ophélie Guin. On a vu des parents faire deux heures de RER pour emmener leurs enfants à l’école où ils sont inscrits, mais souvent ils ne viennent plus. »

Sans savoir quand elles devront quitter Villebon-sur-Yvette – et sans doute pourquoi – ces fillettes restent donc à l’usine Galland, où elles s’occupent du mieux possible. Mais ça ne vaut pas l’école, même pour quelques jours.

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