Colombie : la force de la grève nationale agraire

Le Journal International, 1 septembre 2013 :

Des milliers de personnes se sont rassemblées sur les places de plusieurs villes colombiennes pour apporter leur soutien à la grève nationale agraire. Jeudi 29 août, à Bogota, la manifestation a commencé dans le calme avant de dégénérer dans le centre-ville, donnant lieu à des affrontements entre quelques manifestants et la police antiémeute. Les négociations entre le gouvernement et le secteur agricole ont débouché sur le déblocage de certains axes du pays.

La grève nationale agraire, qui a débuté le 19 août, a bloqué plusieurs routes de Colombie. Des négociations ont été proposées par le gouvernement du président Juan Manuel Santos et des représentants paysans afin de trouver un accord. Parmi les revendications, le secteur agricole exige le soutien de la grève nationale agraire, l’annulation de l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre la Colombie et les États-Unis (TLC), et la reconnaissance de la non-conformité de la Résolution 970. Cette résolution, approuvée en 2010 par l’Institut Colombien de l’Agriculture, limite le droit des paysans à cultiver leurs propres semences pour les réutiliser et, au contraire, les autorise à utiliser les semences « légales » qui peuvent être génétiquement contrôlées par des multinationales comme Monsanto, Dupont et Sygenta.

Voilà quelques exemples des revendications sociales auxquelles le gouvernement colombien doit aujourd’hui faire face. Fortes du soutien des étudiants et des enseignants, les exigences des secteurs du riz, du papier, des transports routiers, du café, de la santé et des industries laitières et minières ont investi les rues de la capitale colombienne.

MOBILISATION À BOGOTA

La manifestation de jeudi a démarré dans le calme avant de finir par des affrontements dans le centre-ville de Bogota. Sur les réseaux sociaux, les citoyens se sont fortement mobilisés.

Dans la matinée, quelques universités ont suspendu les cours. Ainsi, les manifestants étaient majoritairement des étudiants qui, brandissant des pancartes anti-impérialistes, parfois vêtus de ponchos (tenue caractéristique des paysans), se mobilisaient avec ferveur dans les rues de Bogota jusqu’à arriver sur la place Bolivar, dans le centre historique de la capitale. Dans un état d’esprit pacifique, ils ont pu apprécier des danses, des chants et des spectacles. De plus, ils ont scandé quelques revendications : « Ne reste pas indifférent, rejoins le défilé, ton grand-père est paysan, et tu es ouvrier », « (…) et oui nous la réclamons, et oui nous la revendiquons, une Colombie libre et souveraine », « La grève nationale agraire est une réalité », démentant les affirmations du chef d’État qui assurait quelques jours auparavant : « La grève nationale agraire n’existe pas ».

La manifestation est arrivée sur la place Bolivar, qui a accueilli quelque 8 000 personnes. Là, des leaders des secteurs présents ont prononcé quelques discours. De leur côté, les porte-paroles de la Table élargie nationale étudiante (MANE) ont souligné l’importance de la mobilisation étudiante dans le mouvement. « Le mouvement étudiant soutient les revendications des camarades paysans, des ouvriers dans les industries de pétrole et de transport routier, et de tous les secteurs qui se mobilisent en Colombie. Nous, la jeunesse, serons au cœur du changement. La MANE présente une nouvelle Loi alternative d’Éducation Supérieure qui reconnaît l’éducation en tant que droit », a affirmé Álvaro Forero.

Un paysan explique sa position au Journal International. « Aujourd’hui, nous nous mobilisons parce que le gouvernement du président Santos détruit nos campagnes, et que les paysans doivent payer trop cher pour cultiver les produits de la terre. C’est une révolte contre tous les propriétaires fonciers, qui ont tous les droits sur nos terres, pour qu’une réforme agraire voie vraiment le jour en Colombie. Il y a beaucoup de paysans pauvres qui ne possèdent même par un centimètre carré de terrain » affirme José Romero, ouvrier dans l’industrie du papier dans le département de Cundinamarca. « Les étudiants luttent pour une éducation gratuite, pas pour une intensification de la guerre. Dans les campagnes, la faim, l’inanition et la violence tuent les paysans », ajoute-t-il.

Dans l’après-midi, près de la place Bolivar, la violence des affrontements entre des personnes cagoulées et la police antiémeute a pris au piège les manifestants. Une pluie de gaz lacrymogènes a suivi. La majorité des personnes présentes a fui la place pour se mettre à l’abri. Des dégâts ont été causés sur le mobilier urbain, les locaux commerciaux et sur le réseau de transport en commun, le Transmilenio. Selon le maire de Bogota, Gustavo Petro, le bilan dans la capitale est de 2 morts et 200 blessés.

Au cours de la journée, la grève a également trouvé un écho sur les réseaux sociaux. De nombreux citoyens, connectés à Internet, ont partagé leur opinion et leurs photos sur Twitter avec les hashtags : #19A (#19août), #YoMePongoLaRuana (#JePorteUnPoncho), #LoQueEsConLosCampesinosEsConmigo (#AvecLesPaysansDoncAvecMoi), #ParoAgrarioNacional (#GrèveNationaleAgraire), #ElParoNoHaMuerto (#LaGrèveNEstPasFinie). Sur Facebook, des groupes de mobilisation et de collectifs ont publié des vidéos et des caricatures représentant la colère des manifestants contre la police antiémeute, accusée d’avoir agressé plusieurs personnes.

DÉBLOCAGE DES AXES

Vendredi, le centre-ville de Bogota portait encore les stigmates de la veille. Soacha, une commune de la banlieue de la capitale, a été éprouvée par les débordements des manifestations. Face à la grogne, le président Juan Manuel Santos a décidé de renforcer la sécurité à Bogota et sur les grands axes, en mobilisant 50 000 militaires. De plus, des récompenses ont été promises à toute personne en mesure de fournir des informations sur les casseurs.

Dans la soirée, une manifestation bruyante a été organisée. Quelque 1 000 personnes sont sorties dans la rue en chantant, munies de cymbales, de sifflets et de pancartes, pour reprendre de façon pacifique, du parc national jusqu’à la place Bolivar, les revendications du jeudi.

Pendant ce temps, le gouvernement et le secteur agricole n’ont pas trouvé d’issue à la grève nationale agraire. Dans la matinée, les négociations ont permis le déblocage des axes occupés, afin de pouvoir acheminer dans les autres régions les aliments qui n’ont pas pu circuler ces deux dernières semaines.

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