Rromni, féministe et antifasciste : le combat de Borka Vasić

Le Courrier des Balkans, 29 août 2013 :

Être une femme rrom n’est jamais facile : aux discriminations issues de la société environnante, s’ajoutent les difficultés particulières liées aux traditions patriarcales des communautés rroms. Leader des mobilisations contre les expulsions des Rroms de Belgrade, Borka Vasić casse les clichés.

Borka Vasić, au centre, en débat à Douarnenez

Violences conjugales, mariage précoce et forcé des petites filles : d’innombrables exemples renvoient l’image de sociétés figées dans leurs archaïsmes. Ce tableau « folklorique », qui conforte le regard porté sur les Rroms par la société environnante, renvoie pourtant moins à des particularités « ethniques » qu’à la réalité sociale de communautés souvent peu éduquées et socialement défavorisées.

Militante féministe rrom de Belgrade, membre de l’association antifasciste des Femmes en noir (Žene u crnom), Borka Vasić rappelle qu’à l’époque de la Yougoslavie de Tito, de telles discriminations n’avaient pas cours : les mariages « mixtes » étaient naturels, et l’accès à l’éducation était garanti pour tous. C’est avec la montée des nationalismes et l’éclatement de la Fédération que le retour en arrière s’est opéré.

Victime de la violence conjugale dans son second mariage, Borka a pu divorcer en 2006, après avoir rencontré le mouvement féministe serbe, mais elle s’est alors retrouvée à la rue. Une responsable des services sociaux lui avait lancé : « on ne peut rien pour toi, va donc chez les tiens dans les bidonvilles ». Les Rroms du camp de Belvil, à Novi Beograd, les quartiers modernes de la capitale serbe, l’ont alors accueillie. Borka vit toujours dans ce bidonville.

« C’est dans ce camp que j’ai pris conscience qu’il fallait que je me batte pour mes droits et ceux des autres femmes. En effet, je me suis vite aperçue qu’il se passait de drôles de choses dans ce camp. En 2008, un groupe, lié à la mafia mais aussi à la mairie de Belgrade et à l’oligarque Miroslav Mišković, semait la terreur : des jeunes femmes et des enfants disparaissaient, victimes de réseaux de trafiquants. Les rares femmes qui osaient protester étaient menacées de viols collectifs. Borka a réussi à organiser la résistance.

« En 2009 », raconte Borka, « les autorités ont décidé de raser le bidonville, de détruire nos baraques, tout ce que nous avions. Les Femmes en noir, une association de femmes qui ont dénoncé les guerres de Bosnie et du Kosovo, ont été les premières à s’engager pour nous défendre. Depuis je suis devenue moi aussi une Femme en noir. Personne ne pouvait accéder au camp, caché des regards par de grandes barrières, mais nous avons diffusé des photos de la destruction du camp sur YouTube, d’autres ONG nous ont alors aidé, Amnesty International et bien d’autres. Les gens des autres camps sont venus me voir, il y a au moins 160 bidonvilles à Belgrade ».

Aujourd’hui, Borka est une militante des droits des femmes. Si les hommes tentaient de s’opposer à la police, aux vigiles de sécurité ou aux « gros bras » de la mairie de Belgrade, mené par un Rrom du Kosovo, Enver Kovaći, ils risquaient d’être arrêtés. Borka a compris qu’il serait plus facile que les femmes prennent elles-mêmes la tête de la résistance. 53 familles l’ont suivi, et leurs baraques n’ont pas été détruites, même si le relogement promis se fait toujours attendre. La mairie de Belgrade a poursuivi ses programmes d’expulsion en 2012, mais celles-ci n’ont pas touché Borka et ses voisins. L’autodéfense est également nécessaires face aux attaques de hooligans, souvent suscitées en sous-main par la mairie.

Avec les femmes en noir, Borka multiplie les actions. « Nous venons en aide aux femmes Rroms en difficulté. Elle sont souvent illettrées et ne connaissent pas leurs droits. Nous sommes très actives en Voïvodine, où 70% des femmes rroms ont fait des études. Nous intervenons partout en Serbie, à Niš, à Vranje ou à Preševo, dans le sud du pays. Les jeunes femmes sont très réceptives. Nous allons dans les écoles et les lycées pour parler de l’égalité entre hommes et femmes, que cela concerne les Rroms, les Serbes ou les Albanais…

Pour Borka, le combat féministe et celui pour les droits des Rroms sont indissociables. « Les luttes pour les droits des uns et des autres ne doivent pas être séparées », conclut-elle. « Au contraire, elles prennent tout leur sens en se rejoignant, et il y a une chose que la vie m’a apprise : les femmes doivent être fortes parce que les hommes ont peur des femmes fortes ».

Le site des Femmes en noir de Belgrade : http://www.zeneucrnom.org

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