Grogne des travailleurs du port d’Alger

El Watan, 19 août 2013 :

Les promesses non tenues de la direction émiratie DP World concernant l’augmentation des salaires ont exarcerbé la colère des travailleurs du port d’Alger qui menacent de recourir à la grève.

Une semaine. C’est le délai accordé par les travailleurs du port d’Alger à la direction émiratie DP World, qui gère l’établissement portuaire depuis 2009 (pour un contrat de 30 ans), pour mettre fin «aux conditions catastrophiques de travail», selon les termes utilisés par des syndicalistes. La rencontre tenue hier entre les représentants des travailleurs et ceux de la direction n’a pas abouti à une solution.

Les travailleurs, par la voix du syndicat UGTA, réclament le respect des accords signés entre les deux parties concernant l’amélioration des conditions de travail. L’accord signé le 16 avril 2012 fixant le salaire minimum des travailleurs du port est également aux oubliettes, selon le syndicat, sorti bredouille, hier, de la réunion de «négociation». Les travailleurs comptent entamer une grève illimitée dans une semaine. «Nous sommes dans une véritable impasse», explique Youcef Benkhadra, président du syndicat d’entreprise. «Tous les points inclus dans notre plateforme de revendications concernant l’augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail sont restées sans suite. Nos interlocuteurs campent sur leurs positions en répétant les mêmes promesses, sans aucun engagement écrit», explique le même syndicaliste, ajoutant que «la déception des travailleurs a été si grande qu’ils ont décidé d’opter pour une grève dans une semaine. Nous ne comprenons pas la position de la direction émiratie. Veut-on, à travers ce refus, attiser la tension au niveau du port d’Alger ? C’est la seule explication», ajoute le président du syndicat, contacté hier à l’issue de la réunion.

Le rejet par la direction du port de toute augmentation salariale «avant 2014» est justifié par la position «des autres actionnaires qui ne veulent pas revenir sur leur décision». Une réponse perçue comme une provocation par les travailleurs du port d’Alger qui dénoncent «une injustice et un mépris vis-à-vis des travailleurs algériens à la limite du supportable». La différence salariale entre les travailleurs algériens et ceux d’autres ports gérés par le même opérateurs est inacceptable. Entre autres anomalies qui affectent le bon déroulement du travail, le sous-effectif qui a engendré une énorme charge de travail sur le personnel. Plus de 100 000 containers transitent annuellement par cette enceinte portuaire, alors que le nombre de travailleurs est limité à 760.

«Pour l’équipement, les Emirati n’ont rien apporté de plus», selon les travailleurs. DP World n’a effectué aucun investissement depuis sa prise des commandes de l’entreprise. «Rien n’a été fait pour améliorer les conditions de travail. Souvent, les travailleurs se débrouillent avec les moyens du bord. L’absence d’éclairage a engendré plusieurs accidents. Des chutes, des collisions et autres accidents parfois très graves, des amputations ont été enregistrés», explique M.Benkhadra, qui précise qu’hier encore, un accident du travail a été enregistré et qu’en l’absence d’une ambulance, le transfert du blessé vers l’hôpital a été fait par ses collègues. «Où sont les normes d’hygiène et de sécurité ?», s’interroge-t-on également.

En 2012, six accidents graves ont eu lieu dans l’enceinte portuaire, rappelle-t-on également. Le syndicat réclame la révision des horaires de travail. «Nous exigeons la suppression du 3X8, puisque tel qu’il a été mis en place, il ne répond pas aux normes internationales. La direction devrait penser à le revoir ou à le remplacer», expliquent les travailleurs, qui dénoncent les déséquilibres entres les heures de travail et celle de repos. Selon les membres du syndicat, «plusieurs anomalies ont été constatées au niveau de la répartition des rotations, ce qui engendre des déséquilibres dans la répartition des tâches et une mauvaise exploitation de la main-d’œuvre, souvent surexploitée. Les travailleurs réclament le respect de la loi 11-90 qui édicte les relations entre employeurs et employés et le droit des travailleurs».

Les autres exigences des travailleurs sont liées à la majoration des heures supplémentaires, au travail la nuit et les jours fériés ainsi que les primes de performance et de nuisance.

Selon le président du syndicat, «le pire est à craindre». Les travailleurs sont en colère et la direction ne semble pas attentive aux doléances exprimées. Même s’ils sont de plus en plus nombreux à réclamer «le départ des Emiratis qui n’ont rien apporté de nouveau», les syndicalistes prônent le calme et essayent de maintenir le dialogue, mais pour combien de temps encore ?

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