Luttes de classes en Birmanie

France 24, 9 août 2013 :

La Birmanie a beau faire quelques pas vers la démocratie et s’ouvrir aux investissements étrangers depuis mars 2011, les réformes entreprises ont encore peu d’impact sur la vie des travailleurs. Si les ouvriers ont désormais un plus de latitude pour manifester ou faire grève, leurs mouvements de revendication restent vains.

En mai, 2 000 ouvriers travaillant dans une entreprise de fabrique de perruques ont manifesté à Rangoun.

Les ouvriers birmans sont parmi les moins bien payés du monde : le salaire moyen se situe entre 50 000 kyats et 80 000 kyats [entre 38 et 61 euros] par mois. Le 22 mars, l’assemblée birmane a adopté une nouvelle loi qui porte le salaire minimum à 43 000 kyats [33 euros]. Un coup de pouce qui reste dérisoire.

Même exploités, les employés birmans n’avaient pas pour habitude de se révolter. Mais depuis l’ouverture progressive du pays, certaines scènes impensables il y a un an, des grèves et des manifestations, se multiplient dans le pays.

En février dernier, l’un des premiers rassemblements avait réuni des milliers d’employés d’une usine de textile dans la zone industrielle de Hlaing Tharar, à Rangoon, pour réclamer un meilleur salaire. Durant le seul mois de mai, 45 employés d’une entreprise d’acier ont par ailleurs mené une grève de la faim et 2 000 personnes d’une fabrique de perruques ont protesté ouvertement contre leurs conditions de travail. Les manifestations ont abouti à des négociations et des promesses d’augmentation de salaire, mais qui n’ont pas été suivies d’effet.

Dernier rassemblement en date, le 2 août, lorsque 35 travailleurs de l’industrie textile Delta Industrial Group (DIG), dans l’État d’Irrawaddy, se sont mis en grève pour protester contre la décision de leur employeur de ne les payer que 60.000 kyats par mois. Une grève à laquelle a participé notre Observatrice.

« On se tait, on est exploité, si on se plaint, on est mis à la porte »
Shwe Zin travaille pour l’entreprise DIG et a participé aux manifestations du 2 aout à Pathein.

L’entreprise avait accepté de verser un salaire fixe de 60 000 kyats (42€) et une prime de 10 000 kyats (7€) supplémentaires si nous avions de l’ancienneté dans l’entreprise. Je pensais donc être payée 70 000 kyats par mois au total. Mais mes collègues et moi n’avons reçu que 60 000 kyats.

Une femme et son mari transportent du bois dans la périphérie de Rangoun.

À cause de notre mobilisation de vendredi [2 aout], nous n’avons pas été autorisés à retourner travailler la semaine suivante. Notre chef de service nous a expliqué qu’il attendait une décision du comité directeur de l’entreprise pour savoir si nous allions être licenciés ou pas. Une semaine après, nous attendons toujours leur décision.

Nous sommes très inquiets à l’idée de perdre notre travail, car il est très dur d’en retrouver un dans l’État d’Irrawaddy [le taux de chômage en Birmanie est officiellement de 4%]. Nous travaillons six jours par semaine, du lundi au samedi, de 8 heures à 16 heures, soit 7 heures par jour [pour 1,3€ la journée]. Malgré les réformes économiques de la Birmanie, rien n’a changé dans notre quotidien. Nous devons travailler dur pour être payés très peu.

Des ouvriers sur un chantier près du fleuve Yangon.

À cause des conditions de travail difficiles et du peu de protection sociale, la plupart des Birmans migrent vers la Thaïlande, la Malaisie ou la Chine. Ils traversent souvent la frontière illégalement et risquent la prison s’ils se font attraper. Mais le jeu en vaut la chandelle. Ils sont environ deux millions à avoir fait ce choix rien que pour la Thaïlande.

Mes 34 collègues et moi avons fait des études à l’université, et même avec ça, il est très difficile d’avoir un travail décent et bien payé. Quoi qu’on fasse, qu’on se batte pour nos droits ou pas, la situation ne s’améliore pas : si on se tait, on est exploité, si on se plaint, on est mis à la porte.

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