Michelin Algérie : 600 travailleurs licenciés en 5 minutes

Maghreb Émergent, 11 juin 2013 :

C’est sur le parking de l’usine de fabrication de pneumatiques de Bachdjerrah, à l’est d’Alger, que les 600 salariés de Michelin Algérie ont appris la nouvelle. Leur entreprise a été rachetée par Cevital, premier groupe privé algérien spécialisé dans l’agroalimentaire, qui ne poursuivra pas l’activité industrielle pneu. Les bruits couraient dans la presse depuis le début de la matinée mais les supérieurs leur avaient dit de « ne pas s’inquiéter », a confié à Maghreb Emergent un des salariés de la Société Michelin Algérie. Quelques heures plus tard, ils apprennent cependant que l’usine s’arrêtera le 31 octobre 2013 et leur travail avec. L’annonce faite par le directeur général de Michelin, Igor Zyemit, à l’aide d’un haut-parleur aura duré cinq minutes. Cinquante ans de production liquidés en cinq minutes. Six cent personnes remerciées en cinq minutes.

« Les détails » de l’opération ont ensuite été donnés par un autre directeur. « On nous a fait trois propositions », raconte le salarié. « Soit partir avec des indemnités équivalentes à un an de salaires pour les employés de moins de cinq ans d’ancienneté, à un an et demi de salaires pour ceux de plus de cinq ans et à deux ans et demi de salaires pour ceux de plus de dix ans. Soit accepter un poste chez Cevital au sein des unités industrielles actuelles ou en cours de développement en Algérie, pour les quelque 450 employés de la branche industrie. Soit poursuivre le même travail au sein de l’activité pneu chez Cevital, pour les salariés du service groupe rassemblant les métiers administratifs (commerce, logistique, finances, etc.) ».

Les détails passés sous silence

En réalité, les salariés n’ont guère le choix. « Les compétences dont Cevital a besoin seront contraintes de travailler pour Cevital », souligne le salarié de Michelin Algérie « car ceux qui refusent la proposition d’emploi devront partir sans indemnité ce que peu de monde est prêt à accepter ». Or, ni les salaires, ni la nature des postes, ni les conditions de travail n’ont pour l’instant été évoqués. « Nous n’avons aucune garantie de ce qui nous attend chez Cevital car nous n’avons rencontré personne du groupe de Rebrab », poursuit-il. Seule certitude, loin d’être rassurante, la salariés qui continueront d’assurer l’activité commerciale sous les couleurs de Cevital doivent s’engager pour deux ans et ne toucheront qu’une prime, d’environ cinq salaires, à la fin de cette période, indique notre interlocuteur. Autre détail soigneusement évité dans le communiqué : la mise au chômage technique du personnel de l’usine à partir du 4 juillet jusqu’au 17 août.

Les journalistes ont été plus chanceux que les salariés de Michelin. Ils ont entendu Igor Zyemit, directeur général de Michelin Algérie, présent au côté du PDG de Cevital, prendre le temps de leur expliquer les raisons de la fermeture de l’usine. Pendant ce temps, à Bachdjerrah, le discours de la direction est suivi par un long silence. C’est un coup de massue pour les 600 travailleurs, abandonnés du jour au lendemain. Sans même un syndicat pour les défendre.

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