Des travailleurs du site gazier de Tiguentourine dénoncent l’injustice

La Tribune, 27 mai 2013 :

Des travailleurs du site gazier de Tiguentourine (In Amenas) se sont rassemblés hier, devant le siège de la direction générale de Sonatrach à Alger.

Ils réclament leur intégration au sein de la société nationale après qu’ils eurent «constaté qu’il n’y a aucune volonté des responsables actuels» de rendre effective, de manière juste et transparente, la décision de l’ancien P-dg, Nordine Cherouati, d’intégrer tout le personnel sous-traitant.

Une décision qui remonte à deux ans et qui a été suivie d’effet, pendant quelques mois, faisant profiter 16 associations (associations de compagnies pétrolières algérienne et étrangères) sur un ensemble de 17 des avantages de l’intégration mais ignorée, par la suite, après l’arrivée du nouveau P-dg Abdelhamid Zerguine, selon les dires des travailleurs protestataires. «Ça a bien marché pour 16 associations sur un ensemble de 17 sauf la nôtre. Nous les travailleurs du site de Tiguentourine, nous sommes lésés dans notre droit à l’intégration pour des raisons que nous ignorons. Certains de nos collègues, environ 40% du personnel, ont été intégrés mais rien ne se profile à l’horizon pour les autres», rapporte Mohamed Birem, un des travailleurs protestataires présents au sit-in d’hier.

«Nous ne comprenons pas pourquoi cette exclusion surtout que d’autres recrutements au sein de l’entreprise ont eu lieu, plusieurs fois, durant ces deux années.» Avant de venir exprimer leur colère devant le siège de la direction générale à Alger, ces mêmes travailleurs ont eu à le faire sur le site, à quelques 1 500 km d’Alger. «Nous avons écrit aux responsables, organisé des marches à l’intérieur du site et observé une grève de trois mois. Nous l’avons suspendue et entamé des discussions avec des responsables de l’entreprise nationale qui nous ont promis notre intégration dans les mois à venir. Promesse non tenue.» Plus indigné, son collègue Karim Acheraiou, insiste : «Lors de l’attaque terroriste, nous avons caché des otages étrangers, fait face au danger avec courage. 80% de ces travailleurs sont des ex-otages. Nous avons vécu des moments trop durs. Après l’attaque, nous avons tous participé à la remise en service de l’usine. Nous l’avons fait avec beaucoup de sérieux, d’engagement.» Et de poursuivre : «C’était de notre devoir de réagir ainsi mais, tout de même, après tout ce que nous avons vécu, nous avons espéré un geste de reconnaissance. Nous ne demandons pas plus que notre intégration qui est pourtant notre droit. Nous avons attendu qu’ils nous l’annoncent le 24 février, le 1er mai, des dates symboliques, mais rien n’a eu lieu. Nous attendons notre intégration depuis deux ans mais rien ne vient. Nous ne comprenons pas les raisons de cette exclusion.» L’ex-otage Karim rapporte que leur contrat expire le 30 juin prochain. Un contrat signé avec une entreprise de sous-traitance, pas avec l’association des compagnies pétrolières ou l’une d’elles : «C’est cela le drame. C’est l’association qui se charge de faire l’entretien au candidat et c’est elle qui le paye mais pas directement. C’est par le biais de l’entreprise sous-traitante, qui joue un rôle d’intermédiaire. Bien évidemment, elle prend une commission pour chaque travailleur. On ne sait pas quel est le montant de cette commission, c’est tenu confidentiel. Une chose est sûre, nous sommes exploités. En termes plus justes, loués. Ces entreprises de sous-traitance louent les travailleurs. Une pratique que l’ancien P-dg, Nordine Cherouati, a considéré que c’est une honte. C’est lui qui a d’ailleurs donné l’ordre de nous intégrer tous au sein de l’entreprise nationale. Le nouveau P-dg ne voit pas les choses de la même manière.» Un autre manifestant assure : «Nous sommes des travailleurs qualifiés. Des trilingues. Nous travaillons avec des sociétés étrangères et nous avons donc acquis l’expérience et le savoir-faire nécessaire. Nous pouvons travailler là où nous voudrions. Ici en Algérie et à l’étranger. Au Qatar, par exemple. Ce n’est pas ce que nous voulons. Nous voulons rester ici. En plus, c’est une affaire de principe.»

Des agents de surveillance, anciens employés de Sonatrach, dans la rue

Autres victimes de cette gestion qualifiée d’opaque de l’entreprise nationale Sonatrach, ces travailleurs qui continuent de se rassembler, à quelques mètres du siège de la direction générale de la compagnie, à Hydra, tous les dimanches et mercredis. Recrutés au sein de la Sonatrach en 1990, comme agents de surveillance, la compagnie nationale a décidé de se passer de leurs services en 2004. Après maintes démarches pour réintégrer la compagnie, ils ont engagé des poursuites judiciaires pour faire aboutir leur revendication. Ils ont droit à une indemnité de 200 000 DA. Sans plus. Entre temps, ils ont réussi à se procurer un emploi dans d’autres entreprises ou établissements : «L’un est à Saidal, l’autre à la mairie, l’autre a lancé un petit projet… » En 2010, Nordine Cherouati donne l’ordre de les rappeler pour reprendre leur travail au sein de l’entreprise. Ils abandonnent alors leur nouveau travail et reprennent l’ancien mais seulement pour une durée d’une année. «Encore une fois, ils ont décidé de se passer de nos services, sur décision du P-dg, Zerguine. Ce dernier refuse tout dialogue avec nous. Nous avons pris contact avec notre syndicat et la centrale syndicale Ugta mais ces derniers n’ont rien fait pour nous. Nous sommes ici depuis près de neuf mois», raconte un de ces anciens employés de la direction générale de Sonatrach.

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