Burkina Faso : Le 1er Mai à Ouagadougou

Le Pays, 1er Mai 2013 :

Le monde des travailleurs s’est réuni le 1er mai 2013 à la Bourse du travail pour commémorer la fête du travail et rendre hommage aux ouvriers de tous les secteurs qui se sont battus depuis 1886 pour de meilleures conditions de vie et de travail. Pour cette commémoration, les responsables des syndicats et des syndicats autonomes ont remis un message au ministre de la Fonction publique, du travail et de la sécurité sociale, Vincent Zakané, avant de se retrouver à la Bourse du travail pour le grand meeting où des messages ont été livrés. Pour l’essentiel, les enseignants, à travers la F-SYNTER, et le SNESS, ont annoncé une journée de protestation pour le 10 mai prochain et bien d’autres actions fortes.

our la commémoration de 2013 de la fête du travail, le scénario a été presque le même que celui des années dernières. Remise de cahier de doléances de l’année, marche suivie de meeting ont constitué l’essentiel de la fête du travail à Ouagadougou. A la remise du cahier de doléances à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), le président du mois des centrales syndicales, Mamadou Nama a d’abord fait remarquer que, pour cette année, il n’y avait pas en réalité de cahier de doléances. Pourquoi ? « Cette année, le long temps qu’a pris la négociation entre le gouvernement et les syndicats de décembre 2012 à fin mars 2013 d’une part et la mise œuvre de certains engagements pris par le gouvernement ne nous permettent pas de finaliser le cahier de doléances 2013 », a expliqué le président du mois des centrales syndicales. Le manque de cahier de doléances ne signifie pas manque de revendications. A en croire le président du mois, les centrales syndicales et les syndicats autonomes ne sont pas contents de la récente augmentation du prix du gaz et de celle annoncée de certains produits courants, du non-respect des libertés démocratiques en général et de celles syndicales en particulier, du développement de la corruption, de la fraude et de l’impunité, malgré les promesses faites en 2011 par le Premier ministre Luc Adolphe Tiao. En guise de réponse, le ministre de la Fonction publique, du travail et de la sécurité sociale, Vincent Zakané, a d’abord souhaité une bonne fête à l’ensemble des travailleuses et des travailleurs du Burkina Faso. Ensuite, il a salué l’action des organisations syndicales pour l’amélioration des conditions de travail et dit souhaiter que « par la conjugaison des efforts respectifs et par l’engagement commun pour un dialogue social constructif, nous puissions tous contribuer à l’amélioration continue des conditions de vie et de travail des vaillantes populations burkinabè ». Le message des organisations syndicales sera transmis « sans délais à qui de droit », a confié le ministre Vincent Zakané, « afin qu’une suite diligente puisse être donnée ». Pendant que les premiers responsables échangeaient à l’intérieur de la cour de la CNSS, le monde des travailleurs marcheurs scandait des slogans qui appelaient à une gouvernance démocratique, à une lutte sérieuse contre la corruption, la fraude et l’impunité.

Le président du mois des centrales syndicales, Mamadou Nama, n’a pas manqué de confier que le cahier de doléances 2013 serait remis « dans les semaines à venir ». La foule a ensuite pris d’assaut quelques artères de la capitale avec les responsables syndicaux en tête pour ensuite se retrouver à la Bourse du travail pour le meeting. Le porte-parole des syndicats de l’ éducation, la F-SYNTER et le SNESS, a pris la parole au début du meeting pour annoncer que des points de revendication de 2011 restent toujours en l’état. Pour ce faire, les deux syndicats iront en grève le 10 mai prochain pour protester contre la non-prise en compte de leurs revendications. A la suite du message fort applaudi du vice-président de la coalition nationale de lutte contre la vie chère, la corruption et la fraude, l’impunité et pour les libertés (CCVC), Chrysogone Zougmoré qui est revenu sur la récente augmentation du prix du gaz et les augmentations annoncées des prix du riz, du lait et de l’huile alimentaire et du ciment, le président du mois des centrales syndicales, Mamadou Nama, a abondé dans le même sens en faisant remarquer que « les consommateurs sont victimes des augmentations anarchiques de prix des produits ».

De la provocation en l’air

Pour lui, cette nouvelle augmentation va encore renchérir le coût de la vie. Mamadou Nama y voit, dans cette annonce, « une provocation du mouvement syndical au lendemain de la rencontre gouvernement/syndicats qui, d’après lui, n’a rien apporté au pouvoir d’achat des travailleurs ». Sur le volet de la corruption, Mamadou Nama est revenu sur le cas de l’ex-directeur général des douanes, Ousmane Guiro, et de l’ambassadeur Joseph Paré cité dans le rapport 2011 de l’Autorité supérieure du contrôle d’Etat (ASCE). Sur ces deux dossiers, il a souligné que la population attendait du gouvernement toute la lumière sur ces crimes économiques. Sur ce, il n’a pas manqué d’interpeller le Premier ministre Tiao sur ses engagements pris dans la lutte contre la corruption. Selon Mamadou Nama, les élections couplées du 2 décembre 2012, après publication des résultats, ont laissé un goût amer aux démocrates. Il cite en exemple des installations de maires dans certaines communes qui ont créé de nombreuses tensions sociales à l’image des arrondissements 5 et 4 de la ville de Ouagadougou.

Des licenciements abusifs dans les sociétés minières

27 travailleurs dont des délégués du personnel et des délégués syndicaux ont été licenciés à la mine de Taparko, 300 travailleurs et 76 autres ont également connu le même sort respectivement dans les mines de Kalsaka Mining et Essakane SA. A la Brakina/Sodibo, près de 400 agents travaillant pour le compte des sociétés de prestation de services que sont FASINTER, BCAS, BLICO et ENS ont été mis à la porte pour avoir voulu comprendre les raisons du licenciement d’un des leurs. A cette liste s’ajoute Hage Industries où des travailleurs ont également été licenciés. Parlant de ces licenciements abusifs constatés dans ces sociétés incriminées, Mamadou Nama a souligné que cela était favorisé et encouragé par « les dispositions anti sociales de l’actuel code du travail ». Comme solution, le président du mois des centrales syndicales demande la relecture du code du travail.

SYNATEL et SYNTSHA félicités

L’aboutissement heureux des récentes luttes du Syndicat national des télécommunications (SYNATEL) et du Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) pour l’amélioration des conditions de travail et de vie de leur personnel respectif a été salué par Mamadou Nama. « … Les autorités viennent de décider d’un blanchiment technique qui ne règle aucun des graves problèmes qui sont à la base du chevauchement des années à l’université. Pire, tout indique que si ces problèmes ne sont pas résolus, d’autres blanchiments techniques sont inévitables les années à venir », a mentionné Mamadou Nama à propos de la situation à l’Université de Ouagadougou.

Quelques reproches du CCVC au gouvernement

– Le désengagement de fait de l’Etat des secteurs sociaux essentiels de base que sont la santé, l’éducation et le logement, secteurs vitaux aux mains de prédateurs sans cœur, pour la plupart inféodés au régime et peu soucieux du bien-être de notre peuple ;
– Le pillage des ressources de notre sous-sol par des sociétés minières étrangères avec l’aval des autorités politiques, dans un contexte de pauvreté endémique et généralisée qui frappe la grande majorité des populations de nos villes et campagnes ; L’accaparement des terres des paysans pauvres par des « agro businessmen » ;
– L’impunité de crimes de sang et de crimes économiques consacrée par une justice aux ordres qui protège les dignitaires du régime ;
– La corruption et une banalisation de la délinquance en col blanc, du fait du laxisme et de la complicité tacite des mécanismes de régulation et de contrôle (Cour des comptes, Autorité supérieure du contrôle d’Etat) dont les rapports ne sont suivis d’aucun effet). Sous ce chapitre, les « sanctions exemplaires et sans délais » des personnes épinglées dans les rapports de l’Autorité supérieure du contrôle d’Etat (ASCE) promises par le Premier ministre se font toujours attendre ;
– Des atteintes aux libertés démocratiques et syndicales par des prises de mesures liberticides vécues ces derniers mois à travers les radiations temporaires et définitives de 11 étudiants à Koudougou, les licenciements dans le privé, ainsi que les décisions arbitraires de licenciement de Nongbzanga Kaboré et d’affectation de Francis Aoué, tous deux militants du SYNTSHA ;
– Le renchérissement continu et exponentiel du coût de la vie.

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Une réponse à “Burkina Faso : Le 1er Mai à Ouagadougou

  1. Pingback: Tour d’horizon des mobilisations du 1er Mai 2013 | Solidarité Ouvrière

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