Nouvelles attaques contre les retraites

Interview de Nicolas Dessaux par Stéphane Julien sur les nouvelles attaques contre les retraites, publiée dans « Communisme-Ouvrier n°31« , bulletin de l’Initiative Communiste-Ouvrière.

Que penses-tu des déclarations du premier ministre sur l’âge de la retraite ?

Jean-Marc Ayrault annonce en grandes pompes que le gouvernement ne touchera pas à l’âge légal de départ en retraite, c’est-à-dire aux 62 ans imposés par le gouvernement Sarkozy-Fillon. Élégante manière de cacher l’essentiel, c’est-à-dire que le nombres de trimestres de cotisations va encore augmenter. Autrement dit, à 62 ans vous aurez le droit de partir, mais.. avec une retraite incomplète, pour la plupart des travailleurs. L’autre effet d’annonce, c’est une nouvelle attaque contre les régimes particuliers. Ceux-ci sont une nouvelle fois pointés du doigt comme des privilèges, là où ils devraient représenter des acquis sociaux à étendre à tous les travailleurs. Enfin, pour la première fois, c e sont les retraités eux-mêmes qui vont être mis à contribution. Bien sûr, tout cela est savamment enrobé dans une série de mesures complexes, dont certaines semblent être dirigées contre les actionnaires. La différence est simple : comme le montrent tous les scandales actuels, les riches savent mettre leur argent à l’abris des paradis fiscaux, alors que les salariés sont vulnérables face à ces attaques. C’est un véritable nuage de fumée.

Pourquoi de nouvelles attaques contre les retraites ?

Lors de sa création, l’âge légal de la retraite avait été basé sur l’âge moyen de mortalité des ouvriers. C’est-à-dire que la plupart d’entre eux mourraient avant de l’avoir atteint, du fait des conditions de vie et de travail imposées par le capitalisme, et de nombreux autres mourraient peu de temps après la retraite. Ce calcul cynique permettait de conserver l’équilibre des caisses de retraites.

Malencontreusement pour l’hypocrisie patronale, l’espérance de vie n’a cessé d’augmenter au cours du siècle écoulé. Les conquêtes du mouvement ouvrier, telle que la médecine du travail, les règles d’hygiène et de sécurité, la réduction du temps de travail, les congés payés, l’amélioration de l’habitat, et bien entendu la sécurité sociale, ont joué un rôle essentiel dans cette amélioration de la longévité. Bien sûr, les statistiques d’espérance de vie montrent qu’un cadre de 35 ans a toujours de bonnes chances de vivre six ans de plus qu’un ouvrier du même âge, ou trois ans de plus qu’un cadre : c’est dire à quel point les différences de conditions de travail influent toujours sur la santé.

Le cynique calcul des patrons s’est retourné donc contre eux : les salariés vivent assez vieux pour profiter de leur retraite, d’un « repos bien mérité » selon la formule consacrée. Ils peuvent, par exemple, être des grands-parents en bonne santé comme le montrent toutes les études sur le rôle des ainés dans la vie familiale, ou se livrer aux activités de leur choix sans la contrainte du boulot. Et c’est bien ça que les gouvernement de droite comme de gauche déplorent : ils voudraient mettre les vieux au travail, malgré le fait que les jeunes n’en trouvent pas. Dans l’idéologie capitaliste, l’individu n’existe que s’il est employable.

Mais est-ce que les caisses de retraite ne vont pas couler ?

L’une des forces de l’idéologie actuelle, comme on a déjà pu le constater lors du mouvement sur la réforme des retraites en 2010, c’est que le gouvernement est parvenu à gagner à cette idée les syndicats qui sont impliqués dans la gestion des caisses. Au fond, quelques soient les désaccords sur la méthode pour financer les retraites, ils partagent le même constat et cela les rends hésitants. LA CFDT, qui s’est illustrée récemment en signant l’ANI avec le MEDEF et les centrales minoritaires, a déjà fait savoir qu’elle était prête à négocier sur cette nouvelle attaque. Il faut être clair : nous devons refuser les arguments économiques, qui sont tous des effets du capitalisme, c’est-à-dire d’un système qui ne connait d’autre mesure que l’argent. La question des retraites, c’est d’abord celle du droit des travailleurs à se reposer après une carrière longue et pénible, c’est le droit pour les jeunes de trouver du travail correspondant à leur formation, aussitôt qu’il ont leur diplôme en poche, c’est refuser que nos vies appartiennent toutes entières au patrons publics et privés.

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