Les bas salaires dans la riche Suisse

UNIA, 28 février 2013 :

Dans la riche Suisse, plus d’un(e) travailleur/travailleuse sur dix (11,8 %) doit travailler pour un bas salaire. Même en cas d’emploi à plein temps, ces salaires ne permettent souvent pas de vivre décemment. C’est ce que montre une nouvelle étude réalisée par l’Université de Genève pour l’Union syndicale suisse (USS). Les 140 premières annonces faites sur l’« Épingleur de bas salaires » du syndicat Unia confirment les nouveaux chiffres de l’USS.

Le chiffre de l’étude de l’Université de Genève donne le vertige: 437 000 travailleurs/euses gagnent en Suisse de très bas salaires, guère suffisants pour mener une vie digne avec un emploi à plein temps. 144 000 d’entre eux ont achevé un apprentissage. Autrement dit, même la main-d’œuvre qualifiée n’est pas épargnée.

Les très bas salaires concernent (presque) toutes les branches. On en dénombre:

  • 95 000 dans le commerce de détail et le commerce de gros;
  • 50 000 dans les services aux entreprises (activités de nettoyage, etc.);
  • 50 000 dans les services personnels (coiffure, instituts de beauté) et le service de maison;
  • de même, 50 000 dans le secteur de l’industrie;
  • 20 000 dans les professions de la santé et du social.

Ces chiffres sont un scandale pour un pays aussi riche que la Suisse – où les top managers se remplissent davantage les poches que partout ailleurs en Europe et où l’on recense la plus forte proportion de millionnaires au monde.

Epingleur de bas salaires

Pour mettre en lumière ce scandale, Unia a publié en début d’année, dans le cadre de sa campagne pour l’initiative sur les salaires minimums, un épingleur de bas salaires en ligne. Très vite, 140 travailleurs/euses y ont signalé une rémunération inférieure à 22 francs par heure. Nous prenons contact avec ces personnes, pour savoir comment elles font pour s’en sortir. Leurs récits sont souvent bouleversants. J’ai choisi, afin de vous donner une idée concrète de l’ampleur du problème, de vous présenter quelques exemples de bas salaires, parmi les nombreux témoignages recueillis.

La vente constitue un secteur problématique :

Un vendeur d’électronique de loisirs travaillant dans l’agglomération zurichoise ne gagne p. ex. que 3500 francs par mois.

Dans le shop d’une station-service argovienne – où le travail de nuit et en fin de semaine est monnaie courante – une vendeuse touche seulement 20 francs par heure.

Les magasins d’habits et de chaussures sont connus pour verser de bas salaires dans toute la Suisse: dans une succursale jurassienne de l’enseigne à petits prix La Halle aux Chaussures, le personnel de vente doit se contenter de 3500 francs, en travaillant jusqu’à 45 heures par semaine. Une employée gagne même moins de 17 francs par heure.

Dernier exemple dans la vente: une boulangerie zurichoise verse à sa gérante de succursale 21 francs par heure. Engagée à temps partiel, cette vendeuse qualifiée a souvent travaillé à 100%. Or elle ne peut pas compter sur une occupation à plein temps. «Pour travailler et gagner davantage, je dois encore donner un coup de main dans d’autres succursales».

De très nombreuses inscriptions dans l’épingleur de bas salaires émanent de coiffeuses qui – tout en ayant achevé un apprentissage de trois ans et en possédant parfois une longue expérience professionnelle –, reçoivent presque sans exception de très bas salaires.

A l’instar de cette coiffeuse bernoise qui ne gagne que 3500 francs par mois, pour un job à 100 %. Elle n’a pas droit à un 13e salaire. Comme par ailleurs elle forme et encadre des apprentis, elle reçoit 100 francs de plus – un montant absolument insuffisant, compte tenu de la responsabilité liée à cette tâche. Son rêve d’ouvrir son propre salon de coiffure reste dès lors inaccessible. «Je n’ai pas le capital de départ», regrette-t-elle.

Plusieurs assistantes en pharmacie ont signalé leur bas salaire. Un apprentissage de trois ans et un travail astreignant en pharmacie leur rapportent moins de 4000 francs par mois.

Une assistante en pharmacie avec CFC travaille depuis 13 ans dans la même pharmacie en Bas-Valais. Son salaire se monte à 3790 francs par mois. Elle ne touche pas de 13e salaire, et s’estime sous-payée.

Une assistante dentaire du canton de Zurich est encore plus mal lotie: elle ne reçoit que 3450 francs par mois.

A côté d’autres professions des services, les branches artisanales ne sont pas épargnées:

  • Les employé-e-s d’un voyagiste de Suisse orientale vendent au quotidien des vacances de luxe à leur clientèle – tout en gagnant un salaire de 3500 francs seulement.
  • Une entreprise zurichoise rémunère 3000 francs par mois, pour 42 heures de travail, un technicien en énergie solaire.
  • Une horticultrice saint-galloise a signalé que ses 45 heures hebdomadaires d’un travail physiquement pénible ne lui rapportent à la fin du mois que 3350 francs.

Enfin, Unia a découvert des cas effrayants dans l’industrie aussi:

  • Une entreprise d’optique de Suisse orientale vante à sa clientèle une qualité mondialement réputée et une précision sans compromis. Quand il s’agit du salaire de ses collaborateurs/trices, elle oublie par contre que la qualité a un prix: un employé sous contrat de durée indéterminée gagne ainsi 3000 francs par mois, et il lui faut travailler sur appel.
  • Autre exemple tiré de l’industrie alimentaire: une entreprise fribourgeoise paie son personnel env. 3000 francs par mois. Une employée gagne 2900 francs, allocations pour enfants comprises. Pour nourrir sa famille – car elle a une fille –, elle est obligée d’avoir à côté un second job.
  • Dans une société industrielle de Suisse du Nord-Ouest (systèmes de canalisations), une employée non qualifiée de 29 ans gagne 3800 francs par mois, alors qu’à Berne une entreprise d’emballage verse à sa main-d’œuvre occupée à plein temps entre 3500 et 3700 francs.
  • Au Tessin, une entreprise de la branche MEM verse même à un travailleur auxiliaire 2500 francs seulement.

Il reste énormément à faire

Unia n’est pas seulement, avec près de 200 000 membres, de loin le plus grand syndicat de Suisse. Nous sommes également surreprésentés dans les branches à bas salaires. Nos secrétaires savent à quel point les personnes touchant des salaires de misère et leur famille ont la vie difficile. Notre bilan est sans appel: les bas salaires constituent un des principaux problèmes sociaux de la Suisse. Il reste énormément à faire. Grâce à notre initiative, une bonne proposition est enfin sur la table.

(Sauf mention contraire, il s’agit de salaires bruts, correspondant à une activité à 100 %)

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