Les sans-papiers de Lille arrêtent leur grève de la faim

Libération, 14 janvier 2013 :

Les 37 grévistes ont interrompu leur action dimanche après 73 jours, suite à la promesse d’un examen bienveillant des dossiers par la préfecture.

Des piles de couvertures, une montagne de palettes, des bouteilles d’eau, et des paquets de sucre: voilà ce qui reste de la grève de la faim de 73 jours des sans-papiers de Lille, en fin de matinée ce lundi, devant le parvis de l’église Saint-Maurice. Vers midi, balai ou sac poubelle à la main, les soutiens nettoient la tente bleue avant de la démonter, et les 37 sans-papiers, qui ont décidé de se réalimenter, sont à l’hôpital. Victoire? Pas de triomphalisme du côté des sans-papiers, ni des associations qui leur sont proches. «Personne ne dit « youpi, la préfecture a cédé », et on sait que tout n’est pas réglé, répond Annick Batallan, de la Ligue des droits de l’Homme du Nord, mais on a choisi de faire confiance à la volonté de la préfecture du sortir de la crise.»

Après 73 jours de grève de la faim, et quatre personnes à l’hôpital, selon le décompte du Comité des sans-papiers du Nord (CSP59), la sortie de crise devenait urgente. Comme à chaque grève de la faim des sans-papiers à Lille, personne ne doit avoir l’air de céder. Et comme dans la plupart des grèves depuis 1996, des régularisations au compte-gouttes, discrètes, et ne concernant pas tout le monde devraient avoir lieu. Pour l’instant, sur les 161 dossiers portés par le Comité des sans-papiers du Nord (CSP59), la préfecture n’a identifié que 9 régularisés, et 7 régularisables.

Sur les 37 grévistes, elle promet d’examiner tous les dossiers, et de remettre un récépissé en attendant l’examen. Elle promet aussi un calendrier, et un examen bienveillant. Elle a prévenu qu’il y aurait des refus, mais que les personnes concernées pourraient présenter leurs dossiers à la Codrese, la commission consultative départementale de réexamen des situations administratives des étrangers, l’instance paritaire de discussion. La question de la présence du Comité des sans-papiers dans cette commission, dont il a été exclu en 2007, n’est pas tranchée. Selon Annick Batallan, la préfecture accepterait des dossiers «incomplets», c’est-à-dire, par exemple, qui ne contiennent pas de fiche de paie, comme le réclame la circulaire du 28 novembre aux candidats à la régularisation. De fait, très peu de sans-papiers, qui travaillent par définition au noir, obtiennent des fiches de paie de leur employeur.

Aubry discrète pendant la crise

La fédération du Nord du PS a elle-même fait savoir dans un communiqué la semaine passée que les socialistes du Nord sont solidaires. «Nous soutenons la demande de régularisation de ces hommes et de ces femmes qui ont tout fait pour s’intégrer dans notre pays, mais nous désapprouvons la grève de la faim que le CSP 59 a organisée» a écrit la fédération qui trouve les critères de la circulaire de Manuel Valls «trop restricifs», et souhaite qu’elle soit appliquée «avec ouverture et bienveillance». Martine Aubry, elle, s’est faite archidiscrète pendant toute la crise. Mais la fédération fait savoir que «plutôt que des actions de communication», elle a «fait le choix de l’action quotidienne» en lien «étroit» les cabinets du ministre de l’Intérieur, du préfet, et des associations.

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