Inde : Funérailles sous haute tension pour l’étudiante violée

Le Point, 30 décembre 2012 :

La mort violente de la jeune femme de 23 ans a suscité une explosion de colère devant des crimes jugés trop fréquents dans le pays.

Manifestation à New Delhi, le 29 décembre 2012, à la mémoire de l’étudiante indienne violée et battue à mort.

La cérémonie de crémation de l’étudiante victime d’un viol collectif mi-décembre en Inde, emblématique des violences faites aux femmes en toute impunité dans ce pays, s’est tenue dimanche à New Delhi, où les autorités craignaient de nouvelles manifestations. La dépouille meurtrie de l’étudiante en kinésithérapie de 23 ans a été brûlée sur un bûcher funéraire, conformément à la tradition hindoue, en présence de sa famille et de responsables politiques, dans le district de Dwarka, dans le sud-ouest de la capitale indienne. La courte cérémonie s’est déroulée sous haute protection policière quelques heures après l’arrivée du corps, placé dans un cercueil doré, à l’aéroport de Delhi, où les parents de la jeune femme ont été accueillis par le Premier ministre, Manmohan Singh, et la présidente du parti du Congrès au pouvoir, Sonia Gandhi.

« Je suis venue parce que j’aimais vraiment cette fille. Elle était la plus brillante de toutes les filles de notre quartier », a confié Meena Rai, une amie et voisine de la victime, à l’issue des funérailles. Le Premier ministre Singh a été le premier dans la classe politique à rendre hommage à la jeune femme, dont on ignore le nom et qui a été surnommée « la fille de l’Inde » (« India’s Daughter »). L’étudiante est décédée samedi soir à l’hôpital Mount Elizabeth de Singapour, où elle avait été transférée jeudi dans un état critique après trois interventions chirurgicales. Elle présentait notamment d’importantes lésions à l’intestin et au cerveau et avait fait un arrêt cardiaque en Inde.

À Jantar Mantar, un quartier de New Delhi, les manifestations ont eu lieu sous haute surveillance

Le 16 décembre, après être montée dans un autobus, elle avait été attaquée par six hommes qui l’avaient emmenée au fond du véhicule pour la violer à plusieurs reprises et l’agresser sexuellement avec une barre de fer rouillée. Elle avait été jetée ensuite hors du véhicule avec son compagnon. « Ils avaient fait tous les préparatifs pour se marier et avaient prévu de fêter leurs noces à Delhi », selon Meena Rai qui avait accompagné son amie pour l’aider à choisir ses habits nuptiaux. Selon une autre amie, Usha Rai, le couple devait s’unir au mois de février.

Tragédie ordinaire

Les viols et viols collectifs, souvent perpétrés en toute impunité, sont fréquents en Inde, où près de 90 des 256 329 crimes violents enregistrés en 2011 ont une ou des femmes pour victime(s), selon les chiffres officiels. Mais la nature particulièrement violente de l’attaque a fait exploser la colère jusque-là contenue. New Delhi, dont le centre-ville a été depuis en partie bouclé par les forces de l’ordre, a été le théâtre de vastes manifestations qui ont fait au moins un mort. Répondant à l’appel au calme du gouvernement, des milliers de personnes se sont rassemblées samedi soir à New Delhi pour participer à des veillées aux chandelles.

L’arrêt de bus de Munirka Flyover

« Ce n’est pas le premier ni le dernier cas de viol collectif, mais il est clair que nous tolérerons plus les crimes sexuels », a déclaré Bela Rana, une avocate venue exprimer sa solidarité sur une grande place de la capitale. « Que fera exactement le gouvernement pour rendre le pays plus sûr pour toutes les femmes ? Et que fera chacun d’entre nous pour lutter contre les préjugés et la misogynie profondément ancrés dans notre société ? » s’interrogeait dimanche le grand quotidien The Times of India dans un éditorial.

Rassemblement à Jantar Mantar à New Delhi

Manmohan Singh s’est engagé à alourdir les peines prévues pour les auteurs de crimes sexuels. Les photos, noms et adresses des violeurs condamnés seront désormais publiés sur des sites internet de l’administration fédérale. La mesure concernera d’abord New Delhi, dont l’insécurité lui a valu le surnom de « capitale du viol ».

Rassemblement à Jantar Mantar à New Delhi

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