Aux Etats-Unis, 15 000 dockers menacent de se mettre en grève

Le Monde, 28 décembre 2012 :

Après trois mois de négociations et malgré une médiation fédérale, les 15 000 dockers américains des quatorze principaux ports de l’Atlantique et du golfe du Mexique, qui représentent 48,5 % du trafic portuaire du pays, pourraient se mettre en grève lundi 31 décembre.

L’International Longshoremen’s Association (ILA), qui regroupe 50 000 salariés, récuse l’exigence des autorités portuaires et du syndicat des armateurs, l’United States Maritime Alliance (USMX), pour que les dockers réduisent leurs avantages sociaux (couverture maladie, retraite).

Et qu’ils renoncent à une prime annuelle de 15 500 dollars (11 700 euros) en moyenne par docker syndiqué — allouée depuis 1960, elle compense la robotisation de leur activité. Les deux parties avaient fixé au 30 décembre la finalisation d’un nouveau contrat collectif.

Si les dockers concernés cessaient le travail, ce serait la première grève sectorielle aux Etats-Unis depuis 2007 quand le syndicat de l’automobile avait lancé les salariés du constructeur General Motors dans une action qui avait vite imposé un accord collectif.

Le pays connaît depuis quelques mois une recrudescence des arrêts de travail — même si leur nombre reste en recul de 90 % sur un demi-siècle. Ils visent généralement à résister à l’abaissement des coûts du travail, des salaires et surtout du financement patronal des coûts sociaux (santé, retraite). Il s’agit parfois aussi de défendre des prérogatives syndicales : un mouvement touche notamment le Michigan, où le gouverneur républicain tente de les rogner.

L’impact d’une grève de dockers serait important. Jeff Humphreys, économiste à l’université de Géorgie, estime que 8 % des emplois et 10 % des échanges dans son Etat « dépendent directement de l’activité portuaire ». Pièces détachées pour l’automobile, informatique, surgelés, textile, ameublement, tous les secteurs sont concernés.

Les importateurs de l’Est s’attendent à une forte hausse de l’activité à l’avenir. En 2014, la première tranche d’élargissement du canal de Panama sera achevée. Les exportateurs asiatiques, qui débarquent leurs chargements sur la côte pacifique, seront tentés de poursuivre leur route pour livrer directement des terminaux de la Côte Est New York Correspondant — notamment New York-New Jersey, Baltimore (Maryland) ou Savannah (Géorgie).

Début décembre, la Maison Blanche était déjà intervenue pour mettre fin à une grève dure des dockers de la zone portuaire de Los Angeles-Long Beach (Californie), devenue la première des Etats-Unis. Celle-ci coûtait 1 milliard de dollars par jour à l’économie américaine. Mais des arrêts de travail sur les ports atlantiques coûteraient encore plus cher au pays.

Dès lors, comme Rick Scott, le gouverneur républicain de Floride, une centaine de lobbies industriels et des services ont écrit à Barack Obama pour lui demander d’empêcher la grève, y compris, si besoin, en décrétant son illégalité en vertu d’une loi de 1947, dite « Taft-Hartley ».

Celle-ci stipule que s’il invoque la « sécurité nationale », l’Etat peut imposer un « délai de réflexion » de 90 jours aux protagonistes, durant lesquels grève et licenciements sont interdits. Richard Nixon en 1971 et George Bush en 2002 y ont eu recours contre les dockers.

Le 21 décembre, l’USMX a menacé : une grève « aurait des conséquences graves pour l’économie du pays et pour les membres de l’ILA ». Comprendre : ce syndicat, qui a perdu 80 % de ses effectifs en cinquante ans mais préservé son monopole à l’embauche des dockers à contrat fixe, ne s’en relèverait pas.

La grève arrive au « mauvais » moment pour la Maison Blanche. M. Obama, est engagé dans un bras de fer sur le franchissement de la « falaise budgétaire » avec l’opposition républicaine ; il peut difficilement se permettre une grève coûteuse. Mais il peut encore moins envoyer un message négatif aux dockers, alors qu’il fait de la préservation des acquis syndicaux et de l’amélioration de la situation des classes moyennes des points-clés de sa stratégie de sortie de crise.

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