Luttes pour les salaires au Liban

L’Orient le Jour, 13 décembre 2012 :

Ils étaient des centaines hier, avec force banderoles, à avoir répondu présent à l’appel à la grève lancé par le comité de coordination intersyndicale pour faire pression sur le gouvernement au sujet du transfert de la grille des salaires au Parlement. « Les grèves ne s’arrêteront pas, nous n’avons plus rien à perdre », scandaient-ils.

« Où avez-vous reçu votre éducation avant de devenir ministres ? » pouvait-on lire hier sur les banderoles des enseignants grévistes.

« Les syndicats ne renonceront pas à leurs revendications et n’hésiteront pas à paralyser le secteur public », a affirmé hier le président du comité de coordination intersyndicale, Hanna Gharib lors de son discours devant le Grand Sérail pour la journée de grève. La marche de protestation organisée par le comité avait démarré à 11 heures, dans le secteur de Barbir, et rassemblé des centaines de manifestants.

Depuis des mois, le secteur public et les enseignants réclament le transfert au Parlement de la nouvelle grille des salaires avalisée par le gouvernement. Mais ce dernier a conditionné ce transfert à la définition des moyens de financement de cette nouvelle grille. « Nous allons les affronter avec détermination grâce à votre soutien, et loin des tensions et des intérêts politiques », a scandé M. Gharib. « Nous resterons unis même si le gouvernement essaie de nous diviser, afin de préserver et protéger vos droits », a-t-il lancé aux manifestants. Hanna Gharib a également appelé tous les partis politiques à soutenir le comité de coordination et à faire pression sur le gouvernement pour que soit transférée la grille des salaires au Parlement sans qu’aucune modification n’y soit apportée. « Nous allons avoir recours à l’escalade, il y aura des grèves à chaque réunion du Conseil des ministres et des manifestations à travers l’ensemble du territoire libanais », a encore averti le leader syndical.

Les enseignants fortement mobilisés

De son côté, le président du syndicat des enseignants des écoles privées, Nehmé Mahfouz, a menacé lors d’un discours d’organiser « chaque semaine » un sit-in devant le Grand Sérail, siège du gouvernement, si la nouvelle grille des salaires n’était pas transférée au Parlement le plus tôt possible. « Nous ne permettrons à aucun gouvernement de diviser les secteurs public et privé », a lancé M. Mahfouz en s’adressant au Premier ministre Nagib Mikati. Et d’ajouter, indigné : « Vous voulez financer la nouvelle grille des salaires à partir de la caisse des retraites ? Vous vous moquez de nous ? Quel était le but des négociations avec les syndicats ? » Répondant à ceux qui critiquent l’impact de la grève sur l’éducation des élèves, M. Mahfouz a indiqué que « pour les enseignants, les élèves sont une priorité, la preuve est que nous avons demandé aux enseignants à Tripoli de ne pas se joindre au mouvement, car la ville est passée par dix jours de guerre ».

En réaction aux diverses interpellations des syndicats, le ministre du Travail, Sélim Jreissati, a déclaré hier dans un entretien radiophonique que « le gouvernement transférera les deux projets de lois, celui de la grille des salaires et celui des moyens de son financement, en même temps au Parlement ». « Les diverses crises qui ont touché le pays cette année nous ont amenés à étudier plus amplement les répercussions que cette grille aura sur l’économie, a poursuivi M. Jreissati, et à demander les avis du gouverneur de la Banque du Liban ainsi que d’institutions internationales comme la Banque mondiale. » Il a assuré aux grévistes que « dès que le financement sera assuré, les fonctionnaires et les enseignants pourront bénéficier des nouveaux grades et salaires qui leur sont dus ». Parmi les propositions avancées lundi en Conseil des ministres par Nagib Mikati, figurent la réduction du montant total de la grille des salaires de quelque 500 milliards de livres (350 millions de dollars), l’augmentation de 10 % de l’exploitation des terrains non construits, la révision à la hausse des factures d’électricité pour les tranches les plus élevées et l’imposition des indemnités des retraités. Des propositions qui ont été accueillies mardi avec beaucoup de réserves par l’ancien ministre des Finances, Jihad Azour, qui les a qualifiées d’« insuffisantes » pour couvrir le coût de la grille, et par les fonctionnaires et retraités qui se disent scandalisés qu’on s’en prenne à leurs indemnités.

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