Afrique du Sud : La crise sociale dans les mines n’est pas terminée

Press Afrik, 2 novembre 2012 :

Dernière grande compagnie touchée par le mouvement de grève dans le secteur minier sud-africain, Anglo-American Platine (Amplats), n°1 du platine dans le monde, a dû reconnaître que ses sites de Rustenburg et Northam (nord) restent paralysés par la grève qui a débuté il y a maintenant sept semaines.

L’offre d’Anglo-American Platine n’a eu aucun succès auprès des grévistes. Le groupe avait proposé aux mineurs de reprendre le travail mardi contre le paiement d’une prime et la réintégration des 12 000 personnes déjà licenciées suite à ce conflit. Mais il n’est toujours pas question d’augmentation de salaire, la demande clé des grévistes.

Pour le patron d’Anglo-American Platine, le secteur du platine en Afrique du Sud est aujourd’hui en perdition. « On ne peut pas négocier dans l’anarchie », a-t-il ajouté. La compagnie minière estime que de fortes augmentations de salaires risquent de se traduire par des pertes d’emploi.

La plupart des analystes ont déjà prévenu qu’à l’occasion de la crise sociale, plusieurs compagnies pourraient procéder à des restructurations. Graham Herbert, le directeur de Teba, une entreprise créée en 1902 et spécialisée dans le recrutement pour le secteur minier, estime que les compagnies minières ont plus d’employés que nécessaire. Une crise comme celle là leur a donné l’opportunité d’anticiper sur des restructurations qu’elles prévoyaient de faire d’ici un an ou deux. Il craint que beaucoup de mineurs ne perdent leur emploi. Et il s’attend à 10 000 mineurs de moins l’an prochain.

La main d’œuvre bon marché abonde en Afrique du Sud

C’est peut être ce qui frappe le plus quand on évoque la crise que traversent les mines d’Afrique du Sud : le nombre d’employés. Plus de 50 000 pour Anglo-American Platine, le numéro 1 mondial du secteur, 28 000 pour Lonmin, n° 3 mondial, qui exploite le platine notamment dans sa mine de Marikana, et 36 000 employés enfin pour Goldfields, qui exploite des mines d’or dans les provinces du Gauteng et du Free State, et qui vient tout juste de sortir de la grève.

Des dizaines et des dizaines de milliers de personnes qui travaillent dans des conditions très éprouvantes, alors qu’au Canada et en Australie, par exemple, les mines sont très largement mécanisées. Mais avec un taux de chômage officiel à plus de 25%, la main d’œuvre bon marché abonde en Afrique du Sud.

Le recours au travail temporaire est de plus en plus important, avec des mineurs peu formés, peu qualifiés et venus souvent de très loin. Ils sont également soumis à la pression de la production. Aujourd’hui, les mines sud-africaines restent les plus dangereuses du monde industrialisé.

« Cela s’explique par plusieurs facteurs, résume Philip Frankel, un consultant pour plusieurs compagnies minières, la géologie d’abord. Vous travaillez avec des roches très dures et à de grandes profondeurs sous terre. Et puis, bien sûr, les conditions dans les mines de platine, les conditions sociales, les communautés qui vivent alentours et les conditions de travail sont tout sauf idéales ».

Les mineurs réclament plus que de meilleurs salaires

Les mineurs en grève réclament donc plus que de meilleurs salaires. Le malaise est largement plus profond : les conditions de travail dans les mines sont difficiles, les conditions de vie à l’extérieur sont très dures.

Les mineurs et leurs familles ont le choix entre vivre dans des foyers, mais cela coûte cher, ou dans des shacks, des baraquements de tôles, au milieu des bidonvilles. Les services de base manquent. Thumeka est grand-mère, elle vit avec sa fille, dans l’un des bidonvilles de Marikana. Sa fille travaille à la mine.

Après 8 à 9 heures sous terre à compter les explosifs, la jeune femme retrouve son shack. L’eau est un peu plus loin, et les toilettes sont publiques. Une véritable nuisance, explique-t-elle : « Juste derrière chez moi il y a des toilettes. Vous pouvez sentir l’odeur. Ce n’est vraiment pas bon. Ce n’est pas bon. Parfois on ne peut même pas manger à cause de l’odeur et il faut sortir manger dehors ».

Tout cela a nourri la colère des mineurs et cela a débouché sur la tuerie de Marikana en août dernier, 34 personnes tuées par la police. Une commission d’enquête est en cours. Les membres de la commission ont pu voir des vidéos, écouter les premiers témoignages. Cela a provoqué beaucoup d’émotion parmi le public car c’était souvent la première fois que les parents des victimes de Marikana voyaient se qui s’était passé.

Ce sont des familles qui viennent de loin, de la région de l’Eastern Cape, à des centaines de kilomètres de là, elles sont très pauvres et il a fallu régler aussi beaucoup de problèmes de logistique, d’autant que le gouvernement n’avait pas prévu de financer leur déplacement et leur hébergement.

Et puis, depuis le début de l’enquête, les travaux de la commission sont empoisonnés par des accusations de harcèlement policier, voire de torture. Les forces de l’ordre effectuent toujours des raids là où logent les mineurs, ils ont procédé à plusieurs arrestations musclées et les avocats estiment que l’on intimide les témoins, que l’on veut les empêcher de raconter ce qu’il s’est passé.

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