Rapport sur la grève générale du 18 octobre en Grèce

Rapport de la grève générale grecque du 18 Octobre 2012 par l’internationale des services publics, 22 octobre :

« Les feux de Grèce se répandent maintenant dans toute l’Europe. » Avant la grève générale du 18 Octobre contre les coupes budgétaires du gouvernement grec, Ilias Iliopoulos, secrétaire général d’ADEDY, la confédération des syndicats du secteur public, reste ferme sur ses positions.

Il dénonce la perte potentielle de 150.000 emplois de fonctionnaires grecs dans les trois prochaines années en raison de la politique d’austérité du gouvernement. Il est conscient que le mécontentement exprimé dans les rues de la Grèce se fait l’écho à travers l’Europe.

Les syndicats estiment que plus de 200.000 personnes ont participé aux manifestations à Athènes, Thessalonique et d’autres villes en Grèce.

La presse rapporte que les ports grecs étaient fermés ; les hôpitaux n’ont répondu qu’aux urgences ; les ministères étaient fermés ; les transports publics étaient seulement ouvert une partie de la journée (pour permettre aux manifestants d’arriver à la manifestation dans le centre d’Athènes) ; les commerces et les entreprises étaient fermés dans tout le pays et même les contrôleurs de la circulation aérienne étaient en grève. Le trafic était fluide à Athènes et le centre a été bloqué par plusieurs milliers de manifestants.

C’était la deuxième grève générale en un mois en Grèce. Convoquée par les deux principales confédérations syndicales, ADEDY pour le personnel du gouvernement et de la GSEE pour les salariés du secteur privé.

Les grecs luttent contre les coupes dans les prestations sociales et l’emploi, et contre d’autres mesures d’austérité imposées par la «troïka» – l’Union européenne, le Fonds Monétaire International et la Banque Centrale Européenne- . La «troïka» est actuellement en négociations avec la Grèce pour la coupure de 13,5 milliards d’euros dans le budget national grec. Alors que le pays était paralysé, Antonis Samaras, le Premier ministre grec, qui était au sommet de l’Union Européenne à Bruxelles, a déclaré avec un cynisme considérable: « Les gens vont devoir souffrir ».

Ilias Iliopoulos établit une liste des résultats de la politiques d’austérité en Grèce: deux millions de chômeurs, sur environ sept millions de personnes en âge de travailler ; des milliers de petites entreprises ont fermées et continuent de fermer; 17 pour cent de la population qui vit dans la pauvreté; et environ 500,000 familles qui survivent sans aucun revenu – « même pas un euro par mois». Au même moment la dette de la Grèce augmente au lieu de diminuer. Ilias Iliopoulos maintient que le gouvernement essaie de renvoyer les fonctionnaires afin de préparer le secteur public à être découpé et vendu en sections.

Mais il fait remarquer que les flammes du mécontentement en Grèce se répandent dans les manifestations et les actions de toute l’Europe, avec les syndicats travaillant ensemble pour lutter contre les politiques d’austérité. Il ajoute: «Le message des peuples est le suivant: la nourriture, l’énergie et l’eau que les autorités veulent venir chercher et nous prendre, ne se produira pas car les gens résisteront. » Le gouvernement grec n’a pas le droit de d’apposer sa signature et de vendre nos biens nationaux, il insiste.

Pendant la manifestation, Dimitris Zervas, un ambulancier du Centre National des Soins d’Urgence (EKAB) et qui est aussi un pompier bénévole pendant son temps libre, explique pourquoi, lui et ses collègues sont en grève et protestent sur la place Syntagma: ‘’C’est la ‘troïka’. Les salaires sont coupés ; les heures supplémentaires ne sont pas payées : ils n’ont pas payé les heures supplémentaires de Décembre 2011, et aussi de Mars, Juillet et Août.’’

Un de ses collègues l’interrompt abruptement: ‘’Les salaires ont déjà été réduits de 30 pour cent. Je ramène à la maison € 900 avec deux enfants … Nous, les Grecs, on veut être en Europe, mais comment?  »

Dimitris Zervas explique qu’en raison des coupures, les ambulances font trop de kilomètres, nécessitant plus d’entretien donc qui réduit leur disponibilité. A Athènes, il devrait y avoir une ambulance pour 25.000 personnes, le chiffre réel est une ambulance pour 70.000 personnes. Cela signifie des retards dangereux, jusqu’à une demi-heure pour certains patients.

Un peu plus tard, comme l’intensité de la démonstration diminue, une manifestante jeune diplômée en sciences, parle sobrement sur la place vidée: « Nous n’avons aucun espoir. Il n’y aura pas de changement si les gens n’ont pas d’espoir. Nous avons des étudiants qui n’auront pas de travail dans le futur. Nous vivons avec nos parents. Mon salaire est de 300 euros par mois. Après six mois sans être payée, j’ai reçu 300 euros … Nous n’avons pas d’avenir … Nous devrions résister ensemble [car des avocats, des médecins et des ingénieurs ont manifestés la veille]. Je me sens mal à l’aise face au peu de participants. Nous avons besoin de trois millions de manifestants ici. »

L’entretien est brusquement interrompu par une rafale de gaz lacrymogène qui nous fait tous fuir et nous éparpiller en toussant et cherchant du Maalox (un antiacide liquide utilisé pour atténuer l’effet des gaz lacrymogènes) à verser sur nos visages brulants. Nous avions sottement enlevé nos masques à gaz pour parler, nous sentant en sécurité par une démonstration tirant à sa fin.

Le jour de la grève un site Web d’informations a rapporté les propos de Joseph Stiglitz, le prix Nobel d’économie, en disant: « L’Espagne et la Grèce sont en dépression et non pas en récession. Cela provient de l’austérité.  »

En ce qui concerne les licenciements des employés du secteur public, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a déclaré dans un rapport de 2011: ‘’La Grèce possède l’un des taux les plus faibles de l’emploi public des pays de l’OCDE, avec un gouvernement employant seulement 7,9 pour cent de la population active totale en 2008.  »

Mais la troïka demande plus d’austérité et plus de suppressions d’emplois dans le secteur public dans le cadre des coupes de 13,5 milliards d’euros du budget national.

Ceux qui accusent les Grecs de la crise qu’ils subissent, ont besoin de se demander ce que signifie vraiment l’austérité en Grèce. Ceux qui souhaitent exprimer leur solidarité devraient envisager d’envoyer une délégation de leur organisation pour soutenir les Grecs dans leur prochaine grève.

Ce sera un hiver, long et chaud, en Grèce.

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