Contre l’avis de la bureaucratie syndicale, les grèves en Afrique du Sud font tâche d’huile

L’Usine Nouvelle, 4 octobre 2012 :

Les grèves qui affectent la production de platine et d’or en Afrique du Sud s’enveniment. Elles touchent désormais les mines à ciel ouvert de minerai de fer, de charbon et de diamants.

Travailleurs en grève des mines Gold Field

A mi-août, juste après le massacre de Marikana, tant les experts du mouvement social en Afrique du Sud que les dirigeants des compagnies aurifères niaient la possibilité d’une extension des grèves en dehors des mines de platine. Aujourd’hui, non seulement plus de la moitié des mines d’or du pays sont arrêtées par des grèves, mais le mouvement a débordé vers les mines de charbon, de fer et même de diamants. Le premier constructeur automobile local, Toyota, a lui aussi été touché par des débrayages d’ouvriers réclamant de fortes augmentations de salaire. Sans oublier une grève massive des camionneurs qui commence à peser sur l’économie sud-africaine.

Dans le platine, le plus important producteur mondial, Amplats, a beau menacer de sanctions sévères les grévistes, quatre de ses cinq mines situées dans la région de Rustenburg sont stoppées. Une grève non protégée touche également sa mine d’Union Platinum, dans une autre région, le Bushveld, et ce sont près de la moitié de ses 58 000 salariés qui ont posé les outils. La direction du groupe a qualifié la revendication d’un salaire de 16 000 rands d’ « irrationnelle et n’entrant dans aucune forme de négociations collectives ». Le numéro deux du secteur, Impala Platinum, qui avait craqué sous la pression d’une grève de six semaines en début d’année, accordant des augmentations en dehors de la convention collective avec le syndicat, vient de nouveau d’accepter de nouvelles hausses de salaires qui ajouteront 4,8% à sa masse salariale.

Une seule grande compagnie aurifère était jusqu’à présent préservée de la vague de grève. A son tour Harmony Gold subit un arrêt de travail des 5 400 mineurs de son site de Kusalethu. Le directeur général du groupe, Graham Briggs, a demandé aux grévistes de respecter les accords signés. Grève également à la mine de Ezulwini, appartenant à Gold One. Gold Fields a tenté d’utiliser la manière forte contre ses 24 000 travailleurs en grève sur deux sites, Beatrix et KDC. Il a fait expulser 2 000 travailleurs de leurs baraquements qui lui appartiennent, avant de revenir le lendemain sur sa décision « à condition que les mineurs abandonnent leurs armes ». La plus importante compagnie aurifère, Anglo Gold Ashanti, perd actuellement 32 000 onces d’or par semaine en raison d’une grève suivie par 24 000 de ses 35 000 salariés. Son directeur exécutif, Mark Cutifani, a menacé de fermer les mines les moins rentables, affirmant que des hausses de salaires se traduiraient par une réduction de l’emploi dans les mines. Des sociétés plus petites comme la mine de Blyvooruitzicht, avec 4 500 salariés, contrôlée par Village Main Reef, sont également touchées par le mouvement.

Le mouvement revendicatif s’est étendu à d’autre secteurs, le charbon, le minerai de fer, le chrome et le diamant. Kumba, la filiale minerai de fer d’Anglo American, se croyait à l’abri après avoir versé une prime de résultat de 345 000 rands (41 200 dollars) à 6 200 de ses salariés ayant cinq ans d’ancienneté. Il y a pourtant eu 300 travailleurs de sa mine à ciel ouvert de Sishen – sur un total de 4 400, plus 3 800 travaillant pour la sous-traitance – pour débrayer, exigeant un salaire minimum de 12 500 rands. Alors que le syndicat NUM affirmait que la grève qui avait arrêté la mine de Mooinooi était réglée, elle s’est étendue à une autre mine, Kroondal, appartenant également au géant du ferrochrome, Samancor. Ils veulent également obtenir un salaire minium de 12 500 rands, plus diverses primes. Remontés contre le syndicat, les grévistes ont solennellement brulé leurs teeshirts rouges du NUM.

Dans le charbon, deux mines sont en grève, Somkhele, appartenant au groupe Petmin et Mooiplaats, contrôlé par le groupe australien Coal of Africa. Dans le site historique du diamant, Kimberley, c’est le producteur Petra Diamonds, qui est touché. Les grévistes ne veulent pas moins qu’un salaire de 21 500 rands, soit 2 580 dollars, alors que le salaire de début n’est que de 6 000 rands.

La contagion a même touché une usine Toyota à Durban, où les travailleurs demandent une augmentation de 3,22 rands de l’heure. La grève a éclaté après qu’une augmentation importante ait été offerte aux chefs d’équipe. « L’effet Marikana pose problème car les gens ne comprennent pas que chaque circonstance est différente », a déclaré le secrétaire local du syndicat de la métallurgie.

Les entreprises minières doivent aider le syndicat NUM

S’il n’est pas question de rouvrir des négociations salariales, comme l’a martelé la direction de Gold Fields, le dirigeant du syndicat NUM, Frans Baleni, a suggéré un moyen de contourner ce dilemme. Le syndicat est en effet autant attaché au processus de négociation collective centralisé que les dirigeants des entreprises. L’accord en cours, qui court jusqu’à juin 2013, inclut une clause permettant de réévaluer les qualifications des travailleurs. Il suffirait d’éliminer les plus basses qualifications et de changer de catégories des fonctions comme celle de piqueur – ceux qui ont démarré les grèves d’Implats et de Lonmin –, pour répondre, au moins partiellement, aux revendications salariales des grévistes.

Un quart de siècle après la grande grève de 1987, pendant laquelle 360 000 travailleurs des mines avaient suivi l’appel du syndicat NUM, la situation est bien différente aujourd’hui. Cette fois-ci, la Chambre des mines et le syndicat sont associés pour mettre fin à un mouvement que ce dernier n’a pas été capable de prévenir. Pour regagner l’influence perdue sur les mineurs, le NUM doit obtenir des concessions des compagnies minières en termes de salaires. Son secrétaire général rejette la faute sur Implats, coupable à ses yeux d’avoir accordé des augmentations sans l’avoir consulté, en dehors des circuits officiels. S’il concède que de trop importantes augmentations de salaires nuisent à l’emploi, il cherche à convaincre Chambre des mines qu’il est indispensable pour encadrer un mouvement qui lui échappe. Encore faut-il qu’il obtienne des concessions pour restaurer sa crédibilité devant les mineurs.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s