Les travailleurs de TRW manifestent à Düsseldorf

Vosges Matin, 14 septembre 2012 :

Les salariés de TRW ne se seront pas déplacés pour rien. Que ce soit à Düsseldorf ou au tribunal de commerce d’Epinal, un pas a été franchi sur les deux terrains : médiatique et judiciaire.

3 h du matin sur le parking de la grande surface de Jeuxey. Deux salariés accompagnés du représentant de l’union départementale de la CGT des Vosges, Bernard Thomassin, attendent patiemment l’arrivée des trois bus affrétés (dont deux à double étage), qui sont passés auparavant par Ramonchamp et Remiremont. TRW, Bihr, Cimest ou encore PSA… tout y passe en attendant leurs camarades venus nombreux. Plus de 220 salariés, tous en chômage partiel ce jour-là, sont du voyage, sans compter la petite quinzaine d’élus. De la vallée de la Moselle, de la Moselotte, mais aussi de Haute-Saône, ils sont venus en bus ou par leurs propres moyens.

Durant ces huit heures de trajet, les salariés auront du mal à trouver le sommeil. On refait le monde, on parle emploi, famille, vacances aussi. Toujours dans la bonne humeur malgré les difficultés. « On se soutient tous pour garder le moral », note Ingrid, employée à la production depuis 15 ans. Il y a bien des jours qui sont plus difficiles que d’autres, « où on est écœuré », ajoute une autre salariée. Écœuré de constater qu’il y a encore quelques mois, on leur attribuait trois nouveaux marchés. « Que du bluff », pour Laurence, dont le compagnon, Haluk, travaille aussi pour le sous-traitant automobile.

La mobilisation, qui se noue autour de leur avenir, soude l’équipe. Ce n’est pas tous les jours que toute une entreprise se déplace à plus de 400 km de son site, qui plus est accompagné d’élus locaux (les maires de Fresse-sur-Moselle, Ramonchamp, Bussang, Saint-Etienne-lès-Remiremont, des élus du Thillot, de Rupt-sur-Moselle, de Château-Lambert, Gerbamont ou encore Saint-Amé…). Membre du comité d’entreprise, Christophe Vanbelle se félicite des soutiens obtenus, tant financiers, politiques, que logistiques. « Pas plus tard qu’hier, une mamie de 72 ans m’a mis un billet dans la boîte aux lettres. »

5h30, premier arrêt au Luxembourg, qui sera suivi de deux autres en Belgique. Les yeux sont un peu rougis par la fatigue. Qu’importe, 313 emplois sont en jeu. « Si on ne fait rien, on les perdra. »

8h45, dernier arrêt avant l’arrivée en Allemagne. Christophe Vanbelle en profite pour demander à ses camarades « de rester calmes là-haut. C’est une vraie forteresse devant l’hôtel de Kaarst où se déroule le comité de groupe européen ». Preuve que les « salariés français ont mauvaise réputation à l’étranger », note l’avocat des salariés, Ralph Blindauer.

10h10, arrivée à Kaarst. La bataille judiciaire menée le matin-même à Epinal se déplace ici sur le terrain médiatique. « Il faut compter sur les médias pour faire connaître les agissements du groupe et faire en sorte que les téléphones se décrochent », explique Christophe Vanbelle. Silencieux jusque-là, les salariés, accueillis par la police et les représentants du puissant syndical allemand, IG Metall, donnent rapidement de la voix à force de tonneaux du Bronx, de trompettes et de pétards. Obélix et Astérix sont aussi de sortie. Près de 260 personnes forment le cortège. « Ça a de la gueule », glisse Ralph Blindauer, donnant rapidement la parole à IG Metall puis à Olivier Sonet. De Ramonchamp, ce dernier s’est invité la veille au comité de groupe européen organisé une fois par an. Au micro, il annonce la première bonne nouvelle de la journée. « On a obtenu le soutien de la dizaine de délégations européennes présentes, qui représentent 37 000 salariés pour 70 sites européens. Même celles des pays de l’Est, qui craignaient qu’on vienne les agresser. » Et les stigmatiser. Le porte-parole des délégations, Paul Rodenfels, sort de l’hôtel pour exprimer sa solidarité : « Les responsables ont peur de vous. Ils n’ont pas envie qu’on parle de vos problèmes. » Trop tard. Les TRW ont réussi à donner une dimension européenne à leur mouvement : « Chaque délégation interpellera son président de ligne » afin de demander des explications claires sur les agissements du groupe dans les Vosges. Avec une inquiétude : que leurs procédés, consistant à assécher un site et « à organiser de manière frauduleuse le dépôt de bilan », ne se déplacent ensuite vers d’autres filiales. « C’est une bataille exemplaire que vous êtes en train de mener. Elle servira à tous les sites. Après ça, plus rien ne sera plus jamais comme avant à TRW », s’enthousiasme Ralph Blindauer, donnant la parole au maire de Ramonchamp, François Cunat. Ceint de son écharpe tricolore, il lit attentivement la motion de soutien qu’il a rédigée dans l’urgence au nom des élus. Le conseiller général, Dominique Peduzzi, et le député, François Vannson, lui emboîtent le pas avant le départ pour le centre-ville de Düsseldorf où se situe le siège technique européen du groupe.

12h, l’heure de la deuxième bonne nouvelle devant le siège. Ralph Blindauer donne des nouvelles de l’audience : « Le procureur de la République a donné un signal fort. Si le groupe ne se met pas à la table des négociations et ne paie pas ses dettes, il demandera à la prochaine audience du 30 octobre que le redressement judiciaire soit étendu à l’ensemble du groupe » (lire ci-dessous). Le message est clair : « Nous voulons que Ramonchamp ait un avenir, avec ou sans TRW. » Pour cela, le géant américain doit accepter de payer la reconversion industrielle du site.

Un pas en avant a été franchi sur les deux terrains : médiatique et judiciaire. La mobilisation s’en sort renforcée. Avant la tenue de la conférence de presse organisée pour les médias allemands, d’autres rendez-vous sont pris avec les salariés, galvanisés par ces annonces. Direction cette fois la Tchéquie et pourquoi pas la Pologne.

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