Afrique du Sud : La grève s’étend dans le secteur minier

L’Humanité, 4 septembre 2012 :

Nourrie par un lourd sentiment d’injustice sociale, la colère ouvrière s’étend dans les industries d’extraction. Les salariés d’une grande mine d’or cessent à leur tour le travail.

Des mineurs de Marikana, à leur libération devant le tribunal de Ga-Rankuwa, le 3 septembre 2012.

Envoyé spécial. Près de 12 000 employés de la mine d’or KDC dans le West Rand (banlieue ouest de Johannesburg) se sont mis en grève. La direction de Gold Fields, dont dépend KDC, a aussitôt imputé le mouvement « à des désaccords au sein des organisations syndicales ». Une explication rejetée par Lesiba Seshoka, porte-parole du syndicat des mineurs (NUM), affilié à la Cosatu, qui a listé une partie des revendications des grévistes, notamment le refus d’être forcé de payer une police d’assurance destinée aux obsèques. La compagnie a obtenu une interdiction de la grève en justice. Gold Fields, groupe coté à Johannesburg et New York, produit 3,5 millions d’onces d’or par an et exploite huit mines en Australie, au Ghana, au Pérou et en Afrique du Sud.

La journée de lundi devrait être cruciale, tout le monde ayant en mémoire le drame de Marikana. D’autant que la tension sociale est vive dans toutes les mines du pays. Dans le cadre du Black Economic Empowerment (BEE), le renforcement économique noir (qui a surtout servi à la formation d’une bourgeoisie noire, sans résorber la pauvreté), certains noms apparaissent dans les conseils d’administration tendant à renforcer la perception de collusion entre certains dirigeants et les compagnies minières. C’est le cas d’Aurora, une compagnie dans laquelle on retrouve Zondwa Gadaffi Mandela, petit-fils de Nelson Mandela, et Khulubuse Zuma, neveu de l’actuel président. Aurora a repris deux mines d’or en 2009 mais, malgré les promesses mirobolantes, s’est avérée incapable de payer les mineurs. Non payés depuis trois ans, ces derniers viennent de menacer d’empêcher la production dans toutes mines de l’East Rand, à partir de lundi. La confiance qui s’érode entre ces salariés mal payés, forcés de vivre encore dans des bidonvilles, et les syndicats est un terreau pour les manipulations politiciennes, populistes et démagogiques. Ces mineurs viennent de recevoir le soutien de Julius Malema, ancien dirigeant de la Ligue des jeunes de l’ANC (Ancyl) et exclu de l’ANC après des déclarations tonitruantes contre Jacob Zuma. Il s’en est pris une fois de plus « à nos leaders qui ont perdu tout sens ». Lui-même est pourtant impliqué dans différents scandales financiers. L’outrance sert à faire oublier ses propres comportements. À Marikana, déjà, il avait forcé plusieurs ministres à partir alors qu’ils venaient assister à une cérémonie en hommage aux morts du 16 août.

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